Transat en double : à quelles conditions météo doivent s'attendre les navigateurs en mai sur l'Atlantique ?

Course au large
Mercredi 7 avril 2021 à 16h02

La Transat en Double Concarneau - Saint-Barthélemy, anciennement Transat AG2R LA MONDIALE partira le 9 mai prochain des côtes sud du Finistère. Il s’agit de la 15ème édition qui a lieu tous les 2 ans depuis 1992. C’est une course à armes égales qui verra s’affronter 17 duos de marins sur des Figaro Béneteau 3, pour un parcours de 3890 milles à travers l’océan Atlantique. Le record à battre est de 18 jours 11 heures et 48 minutes, détenu par Thomas Ruyant et Adrien Hardy en 2018.

©Alexis Courcoux / OC Sport Pen Duick
La Transat en Double Concarneau - Saint-Barthélemy, anciennement Transat AG2R LA MONDIALE partira le 9 mai prochain des côtes sud du Finistère. Il s’agit de la 15ème édition qui a lieu tous les 2 ans depuis 1992. C’est une course à armes égales qui verra s’affronter 17 duos de marins sur des Figaro Béneteau 3, pour un parcours de 3890 milles à travers l’océan Atlantique. Le record à battre est de 18 jours 11 heures et 48 minutes, détenu par Thomas Ruyant et Adrien Hardy en 2018.

1ère partie de course : entre flux d’ouest perturbé et anticyclone des Açores

Au printemps, la circulation atmosphérique peut encore être perturbée dans le golfe de Gascogne. Les navigateurs doivent négocier le passage des perturbations océaniques qui circulent dans un flux d’ouest à sud-ouest en lien avec des dépressions évoluant sur le nord de l’Atlantique. Cette configuration génère une alternance de vents de Sud-Ouest à Nord-Ouest plus ou moins forts avec parfois des coups de vent à négocier, et surtout une mer croisée. Les premiers jours de course ne sont donc pas toujours simples.

En l’absence de flux perturbé, la situation peut être radicalement différente, notamment lorsqu’un anticyclone s’installe sur les Iles Britanniques et génère un flux de nord-est sur la Manche et le proche Atlantique. Les vents portants permettront de sortir rapidement de la Manche puis du golfe de Gascogne.

En revanche, dans le cas où une dorsale vient s’installer sur le golfe de Gascogne, il faut contourner la dorsale pour échapper aux vents variables faibles et ne pas se retrouver dans la pétole pendant quelques temps.

En descendant vers le sud, il faudra bien se positionner par rapport à l’anticyclone des Açores avec deux options possibles :

- le contourner par l’est et profiter des alizés portugais, ces vents de nord souvent bien établis au large de la péninsule ibérique.

- le contourner par le nord et l’ouest pour profiter de la circulation d’ouest perturbé le plus longtemps possible avec une route plus directe mais avec des vents plus irréguliers avec une navigation au prés.

2ème partie de course : la route des alizés, pas toujours si tranquille…

Les alizés qui s’établissent en bordure sud de l’anticyclone des Açores sont réputés stables et modérés. C’est loin d’être le cas puisque s’ils soufflent entre 15 et 20 nœuds de moyenne, ils peuvent aussi bien s’essouffler qu’atteindre 40 nœuds sous les grains. Quant à leur direction, elle peut varier d’une centaine de degrés entre le Nord-Nord-est et le Sud-est !

C'est la position de l’anticyclone des Açores qui commande l’alizé. S’il est positionné à proximité des Açores, l’alizé s’établit généralement vers le 30°N, entre Madère et les Canaries. En revanche, si l’anticyclone se décale vers le sud, l’alizé ne s’établit qu’à une latitude beaucoup plus sud en direction du Cap Vert. La force de l’alizé dépend de la puissance de l’anticyclone et du gradient de pression plus ou moins important sur sa bordure. On cherche à rester sur la route directe en multipliant si nécessaire les empannages. L’état de la mer dépend lui beaucoup de la présence ou non d’une houle qui pourra être générée par des dépressions circulant très au nord mais se propageant jusqu’à ces latitudes. Si la houle de nord-ouest est présente, il en résultera une mer croisée avec la mer du vent de nord-est et des conditions de navigation plus inconfortables.

3ème partie de course : plus d’instabilité et des grains à négocier en approche des Antilles

En progressant vers le sud-ouest, les pressions baissent en s’éloignant de l’anticyclone des Açores. L’alizé prend un peu de droite (il est plus Est que Nord-Est) et devient plus irrégulier. Les manœuvres et réglages sont plus fréquents. Le temps devient plus instable en raison d’une masse d’air plus chaude et humide et de pressions moins élevées. Les cumulus prennent plus d’ampleur avec des grains parfois organisés en ligne, observables à distance. Au passage des grains, les vents sont très irréguliers à la fois en force et direction.

Dans la zone de transition entre l’anticyclone des Açores et celui des Bermudes, il arrive qu’un marais barométrique (zone à très faible gradient de pression) s’installe plus ou moins durablement. Il faut donc anticiper la situation et détourner sa route au risque de se trouver empétolé pendant des heures dans les zones de calme. A cela s’ajoutent parfois de mauvaises conditions météo (développement d’orages ou brumes tenaces).

Enfin, il n’est pas rare, sur la route Sud de se faire rattraper par une onde d’Est. Sous ce vocable, on désigne un creux barométrique (thalweg), matérialisé par une inflexion vers le Nord des isobares qui entourent la dépression. Ces lignes de grains orageux violentes et orientées Nord-Sud sont à l’origine de brusques variations de vent.

La traversée de l’Atlantique n’est donc pas un long fleuve tranquille, elle nécessite toute l’expérience des marins pour négocier au mieux les phénomènes météo tout en préservant son voilier.

A la semaine pour un nouvel article météo sur la Transat en Double Concarneau - Saint-Barthélemy, par un expert METEO CONSULT.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.