Batteries plus performantes, intelligence artificielle, e-méthanol, hydrogène et nouveaux records sur l’eau : la 13e édition du Monaco Energy Boat Challenge a confirmé l’accélération des innovations dans le nautisme. Pendant quatre jours, étudiants, chercheurs et industriels ont confronté leurs technologies aux réalités de la navigation.

Pendant quatre jours, le port de Monaco s’est transformé en laboratoire à ciel ouvert. Du 8 au 11 juillet, 54 équipes venues de 21 pays se sont retrouvées à l’occasion du Monaco Energy Boat Challenge, organisé par le Yacht Club de Monaco. Plus de 600 étudiants ont côtoyé chercheurs, ingénieurs, constructeurs et grands noms du yachting autour d’un objectif commun : imaginer des bateaux moins énergivores et accélérer la transition du secteur maritime.
Bien plus qu’une compétition, l’événement permet de tester en conditions réelles des technologies encore en développement. Batteries, foils, propulsion électrique, hydrogène, intelligence artificielle ou carburants alternatifs ne sont plus seulement présentés sur des stands : ils sont embarqués, sollicités et comparés directement sur l’eau.
Swiss Solar Boat domine le classement général
Au terme de cette 13e édition, Swiss Solar Boat, l’équipe de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, s’est imposée au classement général. Engagée en SeaLab Class, la formation suisse a affiché une grande régularité pendant toute la semaine, aussi bien lors des épreuves sportives que dans le E-Championship. Elle s’est également distinguée sur le plan technique en remportant les prix du design et de l’éco-conception. Une performance complète qui illustre parfaitement l’esprit du Challenge : ne pas seulement aller vite, mais concevoir un bateau cohérent, efficace et plus sobre.
Dans les différentes catégories, l’University of Bologna Argonauts Team a remporté l’Energy Class, tandis que l’Adria Autonomous Boat Team s’est imposée en AI Class. La victoire en SeaLab Class est revenue à l’équipe italienne Red Wave.
Moins de puissance, mais davantage de vitesse
Les performances enregistrées cette année montrent à quel point les technologies progressent. Malgré une réduction volontaire de près de 30 % de la puissance autorisée, les vitesses moyennes ont augmenté d’environ 8 %. Autrement dit, les bateaux ont réussi à aller plus vite tout en disposant de moins d’énergie. Cette évolution témoigne des progrès réalisés dans l’optimisation des coques, la gestion de l’énergie, le rendement des systèmes de propulsion et la conception générale des prototypes.
La Championship Race a donné lieu à une arrivée particulièrement serrée, les deux premiers équipages n’étant séparés que d’une trentaine de centimètres. Autre temps fort de la semaine : le Frauscher x Porsche 790 Spectre a établi un nouveau record avec une vitesse moyenne de 51,05 nœuds. Les batteries développées par les étudiants ont elles aussi franchi un cap. Certaines utilisent désormais des systèmes de régulation thermique à changement de phase, capables de maintenir les cellules à une température optimale lors des fortes sollicitations. Un enjeu essentiel pour améliorer à la fois les performances, l’autonomie et la sécurité.
L’e-méthanol fait son apparition sur l’eau
Parmi les innovations les plus remarquées figure l’utilisation de l’e-méthanol par le SURGE Methanol Foiling Team Twente, venu de l’université néerlandaise de Twente. Produit à partir d’hydrogène renouvelable et de CO₂ capté, ce carburant peut ensuite être reconverti à bord en hydrogène afin d’alimenter une pile à combustible. Il offre surtout un avantage important pour le stockage : à volume équivalent, sa densité énergétique serait environ trois fois supérieure à celle de l’hydrogène gazeux.
Cette solution ne constitue pas encore une réponse unique à la décarbonation du nautisme, mais elle illustre la diversité des pistes actuellement explorées. Le futur du secteur devrait en effet reposer sur plusieurs technologies complémentaires, adaptées aux usages, aux tailles de navires et aux zones de navigation.
L’intelligence artificielle gagne aussi le nautisme
Sur les pontons comme pendant les conférences, l’intelligence artificielle a occupé une place croissante. Elle est désormais envisagée comme un outil capable d’améliorer les trajectoires, d’optimiser les consommations, d’affiner la conception des bateaux ou encore d’exploiter les données collectées à bord. Cette montée en puissance s’accompagne toutefois de nouveaux défis. La cybersécurité doit être intégrée dès la conception des navires, tandis que l’expertise humaine reste indispensable pour interpréter les données et garantir la fiabilité des systèmes.
Les échanges organisés pendant l’Advanced Yachting Technology Conference ont ainsi montré que la transition du yachting ne dépend plus uniquement du remplacement des moteurs thermiques. Elle passe également par une amélioration globale de l’efficacité énergétique, des outils de conception et de la gestion du bateau.
Pas une solution unique, mais un ensemble de technologies
Hydrogène, e-méthanol, batteries, propulsion vélique et même énergie nucléaire ont alimenté les débats de l’Alternative Fuels & Sustainable Yachting Conference. Un constat s’est dégagé : aucune technologie ne pourra, à elle seule, répondre à tous les besoins du transport maritime et du yachting. Les solutions devront être combinées en fonction des contraintes opérationnelles.
La difficulté ne réside d’ailleurs plus uniquement dans la mise au point technique. Le développement des infrastructures de recharge, la production de carburants alternatifs, les investissements industriels et l’évolution des réglementations seront déterminants pour permettre leur déploiement à grande échelle. Le partenariat annoncé entre NatPower Marine et Aqua superPower s’inscrit dans cette logique. Les deux entreprises veulent accélérer le développement d’un réseau mondial de bornes de recharge pour les bateaux électriques dans les ports et les marinas.
Une passerelle entre étudiants et industriels
Le Monaco Energy Boat Challenge joue également un rôle de tremplin professionnel. Pendant deux jours, son Job Forum a donné lieu à près de 300 entretiens entre étudiants et entreprises, ouvrant la voie à des stages, des recrutements et de futures collaborations. Les liens se nouent parfois bien avant l’événement grâce au Corporate Mentoring Programme. Plusieurs acteurs majeurs de l’industrie accompagnent ainsi les équipes pendant l’année, en partageant leur expertise et en les aidant à transformer une idée universitaire en projet techniquement crédible.
Cette proximité entre enseignement supérieur et industrie constitue l’une des grandes forces du rendez-vous monégasque. Elle permet aux étudiants d’acquérir une expérience concrète, mais offre aussi aux entreprises un accès direct aux futurs ingénieurs et concepteurs du secteur.
Le Challenge prépare déjà son expansion internationale
Après treize éditions, le Monaco Energy Boat Challenge veut désormais changer d’échelle. À partir de 2027, une World Series sera lancée pour la classe Energy, avec un système de qualifications internationales. Une première étape doit se dérouler sur le lac de Côme, en Italie, avant une autre à Darwin, en Australie, destinée aux équipes de la région Asie-Pacifique. D’autres rendez-vous pourraient ensuite voir le jour sur différents continents.
L’objectif est d’élargir le nombre de participants tout en maintenant le niveau sportif et technologique de la finale monégasque. Car derrière les podiums et les records, le Challenge poursuit une ambition plus vaste : faire sortir les innovations des laboratoires, les confronter à la mer et accélérer leur passage vers le nautisme de demain.
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