Route du Rhum 2026 : Halvard Mabire contraint de renoncer à sa dernière transat en solitaire
Pour Halvard Mabire, cette Route du Rhum devait avoir une saveur toute particulière. À 70 ans, le marin de Barneville-Carteret s'apprêtait à retrouver une dernière fois l'Atlantique en solitaire et à refermer, en Guadeloupe, plus d'un demi-siècle d'une carrière hors norme. Mais à quelques semaines du départ, le projet s'arrête brutalement. L'armateur de « GDD », l'ORC 52 sur lequel il devait participer à l'épreuve dans la catégorie Vintage Multi, a décidé de mettre le bateau en vente.
Une décision qui laisse le navigateur profondément déçu. « Nous avons vraiment tout essayé pour trouver une solution, mais rien n'a pu le faire changer d'avis. Je suis profondément déçu et triste pour tous ceux qui ont cru en ce projet », confie-t-il.
Le forfait est d'autant plus difficile à accepter que tout semblait jusque-là réuni pour prendre le départ. Halvard Mabire travaillait avec l'armateur depuis cinq ans et le bateau avait encore reçu des voiles neuves en juin dans la perspective de la Route du Rhum. Le Normand avait également décroché sa qualification en remportant la Drheam Cup, tandis que les organisateurs de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe lui avaient accordé une « wildcard » pour rejoindre la catégorie Vintage Multi.
Lorsque la vente du bateau a été annoncée, le navigateur a tenté de trouver une porte de sortie. Un partenaire fidèle était prêt à financer l'ensemble des dépenses liées à la transatlantique. Un groupe de copropriétaires avait également été constitué afin de présenter une offre de rachat du bateau. Sans succès. « Ce revirement a pris tout le monde de court », regrette Halvard Mabire, qui se dit « sincèrement désolé et profondément déçu pour tous ceux qui ont investi et soutenu ce projet ».
Au-delà du forfait, c'est surtout le symbole qui rend la décision particulièrement douloureuse. Cette édition 2026 devait être sa sixième Route du Rhum et probablement sa dernière grande traversée en solitaire. Halvard Mabire avait participé à sa première Route du Rhum en 1990. Trente-six ans plus tard, il espérait notamment y retrouver Francis Joyon, déjà présent lors de cette première participation.
« Tout cela avait du sens. C'était aussi ma façon à moi de tirer ma révérence », explique-t-il. À 70 ans, le navigateur voulait également démontrer qu'il était encore possible de « batailler en solitaire sur une épreuve aussi exigeante ». Attendre 2030 pour retenter l'aventure ? Le Normand ne l'envisage pas. Cette Route du Rhum devait bel et bien constituer le dernier grand chapitre de sa carrière en solitaire.
Car derrière ce forfait se trouve surtout l'un des grands noms de la course au large française. Halvard Mabire était déjà au départ de la toute première Mini Transat, en 1977. Il a ensuite navigué aux côtés d'Éric Tabarly sur « Côte d'Or », participé à cinq Whitbread et sept Solitaire du Figaro, avec deux podiums à la clé.
Son parcours compte également une quarantaine de transatlantiques, deux victoires sur la Transat Québec–Saint-Malo et trois succès dans la Course de l'Europe. Au total, le navigateur estime avoir parcouru plus de 400 000 milles en course au large. Une expérience accumulée sur presque cinquante ans, des monocoques aux multicoques, et qu'il n'entend pas laisser derrière lui avec ce forfait.
S'il ne prendra pas le départ de Saint-Malo, Halvard Mabire ne compte donc pas tourner complètement la page de la course au large. Passionné par la technique autant que par la navigation, il a suivi pendant toute sa carrière l'évolution des bateaux, des matériaux et des innovations qui ont transformé la discipline. Une connaissance qu'il souhaite désormais mettre au service d'autres marins et de nouveaux projets.
« J'aimerais rester en contact avec le monde de la course au large et transmettre ce que j'ai pu apprendre en un demi-siècle de courses sur toutes les mers du monde », explique-t-il. La Route du Rhum 2026 ne sera donc pas le dernier tour de piste dont rêvait Halvard Mabire. Mais après près d'un demi-siècle passé à naviguer, courir et observer les transformations de la course au large, le Normand n'a manifestement pas encore dit son dernier mot.