Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2026 : une nouvelle génération de skippers prête à bousculer les favoris
La Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026 pourrait bien marquer un tournant générationnel dans la course au large. Sur la ligne de départ, les navigateurs de moins de 30 ans et les trentenaires seront particulièrement nombreux, avec des ambitions qui dépassent largement la simple traversée de l'Atlantique. Formés sur le circuit Mini, en Figaro ou sur d'autres grandes courses océaniques, plusieurs d'entre eux possèdent déjà des palmarès capables de faire trembler les figures historiques de la discipline.
Pour autant, les vétérans n'ont pas dit leur dernier mot. À 70 ans, Francis Joyon (Oceans) sera notamment au départ en Vintage Multi, aux côtés de Charlie Capelle, 71 ans (Acapella – Proludic – La Chaîne de l'Espoir). En Vintage Mono, Jean Le Cam, 67 ans (Alegria), et Gilles Colubi, 66 ans (SNSM Guilvinec), comptent également défendre leur place. Une confrontation entre générations qui promet d'animer cette nouvelle édition.
C'est peut-être dans la classe Ocean Fifty que le renouvellement générationnel est le plus visible. Face à des marins expérimentés comme Thibault Vauchel-Camus, 47 ans, plusieurs jeunes navigateurs arrivent avec de solides références et l'envie de jouer aux avant-postes. À seulement 24 ans, Basile Bourgnon (Edenred) possède déjà une belle expérience de la compétition, notamment en Mini et en Figaro, avec une deuxième place sur La Solitaire du Figaro en 2023. Erwan Le Draoulec, 29 ans (Lazare), a remporté la Mini-Transat en 2017, tandis que Baptiste Hulin, également âgé de 29 ans (Viabilis), s'est illustré en terminant deuxième de la Route des Terres Neuvas.
À leurs côtés, Pierre Quiroga, 32 ans (Wewise), vainqueur de La Solitaire du Figaro en 2021, et Léonard Legrand, 32 ans (Sodebo), membre de l'équipage détenteur du Trophée Jules Verne, viennent renforcer un plateau particulièrement compétitif. Cette arrivée de nouveaux talents ne passe pas inaperçue auprès des navigateurs plus expérimentés. Thibault Vauchel-Camus reconnaît qu'il faudra « s'employer face à tous les jeunes fougueux qui n'ont peur de rien ! ».
Pour Basile Bourgnon, cette émulation profite à l'ensemble de la classe. Les nouveaux venus ont déjà acquis une solide expérience dans d'autres séries, ce qui contribue à élever le niveau général. La bataille pour les premières places s'annonce donc particulièrement disputée.
Dans la catégorie reine des Ultim, Tom Laperche fait figure d'exception. À 29 ans, le skipper de SVR-Lazartigue s'apprête à disputer sa première Route du Rhum – Destination Guadeloupe, mais son jeune âge ne l'empêche pas de figurer parmi les sérieux candidats à la victoire. Intégré à l'équipe depuis 2023, il a progressivement acquis une solide maîtrise de son trimaran géant. Ses succès sur la Fastnet Race et la Transat Café L'Or en 2025 témoignent de sa capacité à rivaliser avec les meilleurs navigateurs de la discipline.
Face à lui, les écarts d'âge sont impressionnants. Armel Le Cléac'h, 49 ans (Maxi Banque Populaire XI), Charles Caudrelier, 52 ans (Maxi Edmond de Rothschild), et Thomas Coville, 58 ans (Sodebo Ultim 3), possèdent tous une expérience considérable de la course au large. Mais Laperche a déjà montré qu'il pouvait tenir tête à ses aînés. Sur des trimarans aussi exigeants, où la maîtrise technique, l'anticipation météorologique et la gestion des risques sont déterminantes, son sang-froid pourrait faire la différence.
Le constat est similaire en Class40, catégorie qui réunira le plus grand nombre de concurrents, avec 49 skippers annoncés au départ. À 31 ans, Guillaume Pirouelle (Sogestran Seafrigo) s'impose comme l'un des hommes à suivre. Deuxième de La Solitaire du Figaro en 2022 et vainqueur de la Rolex Fastnet Race en IRC en 2021, le navigateur enchaîne les performances depuis son arrivée sur le circuit Class40.
Après ses victoires sur la 40 Malouine et la Transat Café L'Or en 2025, il a confirmé sa domination cette saison en remportant la Trin'40 et la CIC Normandy Channel Race.
Derrière lui, plusieurs skippers de moins de 30 ans tenteront également de se faire une place. Timothé Polet, 26 ans (Team Zeiss), Matéo Le Calvic, 26 ans, Pep Costa, 27 ans (VSF Sport), Théa Khelif, 27 ans (Women of Course), et Matteo Sericano, 28 ans (Lucente), incarnent cette nouvelle vague qui entend se mesurer aux navigateurs les plus aguerris. Dans une classe réputée pour la densité de son plateau et la proximité des performances entre les bateaux, la régularité et les choix stratégiques pourraient compter autant que l'expérience.
Chez les IMOCA, les jeunes navigateurs ne se contentent plus d'apprendre. Plusieurs d'entre eux disposent désormais de bateaux performants et des compétences nécessaires pour viser les premières places. À 25 ans, Violette Dorange (Initiatives-Cœur) symbolise parfaitement cette évolution. Quatre ans après avoir assisté à la Route du Rhum – Destination Guadeloupe en quête de partenaires, la navigatrice revient avec un projet structuré et un foiler compétitif.
Ses résultats du début de saison confirment sa progression : troisième de la 1000 Race et de la Vendée Arctique, elle s'est installée parmi les navigatrices capables de rivaliser avec les meilleurs. Autre talent à suivre, Élodie Bonafous, 30 ans (Association Petits Princes – Quéguiner), poursuit une ascension rapide. Son IMOCA, mis à l'eau en février 2025 et conçu sur les mêmes plans que MACIF, lui permet désormais de se confronter aux références du circuit.
La concurrence sera toutefois particulièrement relevée. Ambrogio Beccaria, 34 ans (Allagrande Mapei), arrive avec une victoire récente sur la Vendée Arctique. Sébastien Simon, 36 ans (Groupe Dubreuil – Air Caraïbes), deuxième du dernier Vendée Globe, fait également partie des prétendants sérieux, tout comme Corentin Horeau, 37 ans (MACSF), et Francesca Clapcich, 38 ans (11th Hour Racing). Cette génération de trentenaires, déjà expérimentée mais encore en pleine progression, pourrait bien redistribuer les cartes dans une catégorie où la performance des bateaux et la maîtrise des foils jouent un rôle essentiel.
Si certains jeunes skippers prennent le départ avec la victoire en ligne de mire, d'autres abordent la Route du Rhum – Destination Guadeloupe comme une aventure sportive et humaine hors du commun. C'est notamment le cas de Titouan Pilliard, 20 ans, qui sera le plus jeune concurrent de cette édition. Engagé en Vintage Mono à bord d'Use it Again for Youth, il prendra la barre d'un monocoque dessiné par Finot-Conq, avec lequel Sidney Gavignet avait remporté la catégorie Rhum Mono en 2018.
Dans cette même catégorie, Kieran Le Borgne, 28 ans (Aito), naviguera sur un bateau tout aussi emblématique : l'ancien PRB, seul IMOCA à avoir remporté deux éditions du Vendée Globe, en 2001 et 2005.
Pour ces deux navigateurs, l'objectif sera avant tout de réussir leur traversée et de mener jusqu'en Guadeloupe des bateaux chargés d'histoire. Une manière de prolonger l'héritage de la course au large tout en écrivant leur propre aventure.
De l'Ultim au Class40, en passant par les Ocean Fifty et les IMOCA, la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026 met en lumière une évolution profonde de la course au large. Les jeunes skippers arrivent de plus en plus tôt sur des bateaux performants, avec une préparation technique et sportive déjà très aboutie.
Mais l'expérience reste une arme précieuse sur une transatlantique en solitaire. Entre les conditions météorologiques parfois difficiles, la fatigue, les choix de trajectoire et la gestion du matériel, les navigateurs les plus aguerris conservent de sérieux arguments.
La confrontation promet donc d'être passionnante. Car si les jeunes ont désormais les moyens de gagner, leurs aînés possèdent encore cette connaissance de l'océan qui ne s'acquiert qu'au fil des milles. Reste à savoir qui, de l'audace ou de l'expérience, aura le dernier mot à Pointe-à-Pitre.

