La deuxième étape de la Solitaire du Figaro Paprec tient toutes ses promesses. À moins de 30 milles de l’arrivée à Pornichet, impossible encore de désigner un vainqueur tant les écarts restent infimes entre les leaders. Après plusieurs heures marquées par des zones de molle et des vents très instables, la flotte a pu bénéficier cette nuit du retour d’un vent salvateur qui a poussé les marins dans la bonne direction. Mais le retour de la pétole dans la matinée pourrait rebattre une nouvelle fois les cartes.

Depuis le début de cette étape entre Vigo et Pornichet, les concurrents naviguent dans une météo piégeuse où chaque option peut faire gagner… ou perdre gros. Plusieurs changements sont déjà intervenus en tête de flotte ces dernières heures, preuve que rien n’est figé dans ce final particulièrement tactique. Les « Nordistes » et les « Sudistes » ne font désormais presque plus qu’un et, au jeu des placements, avantage ce matin au bizuth Paul Loiseau sur Région Bretagne CMB Espoir, qui réalise une magnifique course.
Lors de la vacation radio ce matin, Paul se disait heureux de son début de course et même un peu surpris : « Je pense ne pas avoir trop mal navigué. Je n’ai pas vraiment suivi la même trajectoire que les anciens, du coup ça m’a valu de perdre quelques cheveux. Là, au petit matin, ça a l’air de payer parce que j’arrive par au-dessus avec un meilleur angle, donc c’est pas mal pour l’instant, ça me plaît. Je vais vite, je préfère ne pas trop penser à ce que ça pourrait donner si ça tient jusqu’au bout parce que c’est un truc de dingue. C’est vrai que depuis ma petite bêtise, où je m’étais endormi il y a deux jours maintenant, je me fais mal comme pas possible pour essayer de remonter. En plus, j’ai quelques problèmes sur le bateau donc c’est vraiment génial et incroyable d’être devant comme ça ce matin. Franchement, il n’y a pas un moment où tu peux te dire : “Voilà, c’est bon, c’est fait.” Il faut sans arrêt être dessus à régler le bateau parce que dès que tu ne fais pas l’effort, tu vas 0,1 ou 0,2 nœud moins vite que les autres. Je rêve de faire la Solitaire depuis toujours, alors réussir à être là et, en plus, devant pour le moment, c’est juste dingue. »
L’enthousiasme de Paul Loiseau fait plaisir à entendre, mais le jeune homme reste très conscient de la dureté de La Solitaire du Figaro Paprec. Actuellement premier au classement provisoire, il est sous la pression de Nicolas Lunven (PRB), qui réalise une course quasi parfaite. Toujours dans son rôle de marin expérimenté, Nicolas fait sa route : « Le retour du vent dans la nuit a été salvateur, il nous permet de faire route tout droit jusqu’à l’arrivée. Avant que le vent ne rentre, ça a été un peu compliqué parce qu’il jouait un peu avec nous en faisant des 360 dans tous les sens et pas très fort. Et puis là, c’est rentré, un peu plus établi, et ça fait un bien fou d’aller vers le but, tout droit, à une vitesse correcte. Mais le vent est déjà en train de mollir doucement, donc je crains que l’approche vers la côte et la bouée d’atterrissage soit à nouveau très, très compliquée », confiait Nicolas Lunven, skipper de PRB.
Au petit matin, après une quatrième nuit sans réel repos, les corps fatiguent et commencent vraiment à accuser le coup. Mais c’est le moment de jeter toutes ses forces dans cet ultime sprint vers Pornichet. « Je crois que j’ai rarement eu autant de pétole sur La Solitaire, c’est rare. Mais du coup ce n’est pas fini, il reste encore quelques milles quand même. C’est un bon casse-tête cette météo. J’ai l’impression depuis le départ que ce qu’il y a sur les fichiers et ce que nous avons sur l’eau est assez différent. Ce qu’il faut maintenant, c’est faire avancer le bateau le plus vite possible et aller vers le but. Après, le reste, on le subit un peu. J’essaie de me dire que je prendrai ce qu’on me donne. J’ai la même philosophie depuis le début, celle de Maître Yoda, et j’essaie de rester dans cette dynamique. Ça m’a plutôt bien réussi pour l’instant, donc je ne vais pas changer. J’ai réussi à pas mal me reposer cette nuit et dans la journée quand ça avançait un peu, donc je suis plutôt d’attaque pour la fin », commentait Martin Le Pape (Paprec) à la vacation radio de ce matin.

À qui l’avantage ?
Tous évoluent quasiment de front dans une arrivée qui s’annonce extrêmement serrée. Mais le vent nocturne devrait s’estomper au fil des heures et des milles gagnés vers l’arrivée. La disparition progressive de ce vent dans la journée pourrait encore ralentir les bateaux et maintenir le suspense jusqu’aux derniers milles.
Premier au classement général après une étape, l’Irlandais Tom Dolan reste bien dans le coup. Depuis le départ de Vigo, Tom joue devant. Discret, il avance, suit sa route et sa tactique, et pointe ce matin en sixième position à 2,4 milles du leader. Au jeu des pronostics, Tom Dolan dispose de 33 minutes d’avance sur Loïs Berrehar (Banque Populaire), 41 minutes sur Paul Morvan (Foricher – French Touch) et 51 minutes sur Martin Le Pape (Paprec). Tom Dolan pourrait bien conforter son avance, mais pour les places d’honneur, le jeu reste très ouvert.
Derniers instants avant le repos
Après plusieurs jours d’une étape usante, la fatigue commence également à peser lourdement sur les organismes. Entre manœuvres incessantes, changements de voiles et vigilance permanente dans ce vent erratique, les skippers tirent sur les réserves. Tous n’ont désormais qu’une envie : apercevoir enfin la ligne d’arrivée et retrouver un peu de repos après cette traversée éprouvante. « J’ai réussi à faire quelques petites siestes, forcément pas autant que je l’aurais aimé, mais là il est temps qu’on arrive et qu’on aille se mettre en position horizontale dans un vrai lit qui ne bouge pas et sans voile qui se mette à claquer », confiait Nicolas Lunven.
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