Vendée Globe : les skippers dispersés autour d’un monstre austral

Par Figaronautisme.com

Ils sont désormais trente navigateurs à affronter l’implacable Océan Indien. À l’avant de la flotte, les leaders se sont dispersés autour des Terres Australes et Antarctiques Françaises, chacun cherchant la meilleure trajectoire pour contourner un redoutable système de vents violents et de houle massive qui domine la région.

Cette nuit encore - la vingt-sixième de ce Vendée Globe pour les apothicaires pointilleux sur les comptes - les marins n’ont pas ménagé leurs efforts. Et les messages envoyés à la terre, en sont, de fait, inversement proportionnels. Alors commence le grand jeu des devinettes, celui que connaît par cœur l’arpenteur zélé de cartographie. On se surprend à scruter leurs vitesses en y cherchant des indices de ce qu’ils peuvent bien vivre dans l’instant, à faire défiler les réglages météo et les heures à venir quitte à frôler la crise d’épilepsie, à interpréter les mouvements de trajectoire comme un haruspice dans les entrailles d’un poulet…

Verdict ? Une chose est sûre, c’est que devant, ils sont dans le dur. Enfin non, Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance), qui continue à filer à près de 23 nœuds de moyenne, continue de donner cette impression de facilité. Non seulement le bonhomme est en train de gagner son bras de fer avec une tempête australe, mais il semble en même temps adresser un petit « coucou » espiègle à ses camarades-concurrents. Parce qu’en plus de réussir à se maintenir à l’avant de la dépression et d’en bénéficier de ses vents puissants sans subir sa mer déchaînée, le second du dernier Vendée Globe creuse l’écart. Et spectaculairement !

« Je ne tiens pas les routages »
Son poursuivant, Sébastien Simon, n’a pas réussi à tenir la cadence du Havrais. Déjà décroché de 80 milles hier, le skipper de Groupe Dubreuil accuse ce matin plus du double de retard sur le leader. Surtout, le marin est désormais passé de l’autre côté du système dépressionnaire, en arrière de son centre, et ne bénéficie donc plus des mêmes conditions que son prédécesseur : " Ça caille vraiment depuis le passage du front ce matin, j’ai mis un peu de chauffage. J’essaie d’être précautionneux du bateau ce qui m’a quand même poussé à ralentir un peu. Je me suis fait un peu bouffer par l’œil de la dépression qui m’a bloqué pendant presque deux heures, c’était très étonnant, j’avais jamais eu cette expérience-là ! Le vent a commencé à revenir avec l’arrière de la dépression, je commence à avoir une mer assez forte, assez croisée, et surtout un vent très froid, très dense et très rafaleux. Là j’ai que 24-25 nœuds, mais des fois ça monte à 30-31 nœuds sans prévenir, le bateau fait des accélérations à 35 nœuds… "
Malgré ces conditions complexes, le skipper sablais ne regrette pas d’être resté dans le Sud : "On a eu 40 nœuds max en avant du front, c’était je pense le bon choix. Le noyau de mer je vais le prendre maintenant alors que le groupe du Nord l’a déjà depuis plusieurs heures. De toutes façons il n’y avait pas d’escape, on était trop Sud. Je ne tiens pas les routages, mais je veux traverser cet Océan Indien sans encombre donc je suis très prudent, c’est pas le moment de tirer sur la machine je pense, je saurai le faire à d’autres moments, je fais la course à mon rythme !"

Reste que cela est « un peu frustrant » de voir Charlie Dalin s’échapper, lui qui se livre décidément à une démonstration de maîtrise à un rythme infernal. Vraiment, si son brushing est impeccable à la prochaine vacation, on crie à la machination !

Voilà pour le groupe « Kerguelen » et les garçons. Car si nos marins n’ont que peu de temps pour nous envoyer des cartes postales, ils ont la sympathie de nous faire réviser notre géographie. Au Nord, c’est en effet les cailloux de Saint-Paul et Amsterdam, sortis de mer voilà près de 100 000 années, que nos marins vont approcher. Yoann Richomme (PAPREC-ARKÉA, 3e) en tête, qui bataille déjà avec 7 mètres de vague selon les fichiers, suivi, 80 milles derrière, par Thomas Ruyant (VULNERABLE, 4e). Pour tout ce paquet, qui s’étire plus Sud jusqu’à Paul Meilhat (Biotherm, 8e) et Yannick Bestaven (Maître CoQ V, 9e), c’est l’état de la mer qui va leur faire vivre une épreuve qu’on ne souhaite pas à grand monde, puisque, déjà, ils sont croqués par l'anticyclone derrière la dépression.

Nautisme Article
© Damien Seguin

« C’est une galère en plus ! »
La visite des TAAF se poursuit ensuite avec le groupe mené par Justine Mettraux (TeamWork – TEAM SNEF, 10e), qui fonce droit vers l’archipel Crozet ! Une perspective qui ravit déjà Clarisse Crémer (L’Occitane en Provence, 12e), toujours aussi exaltée par le spectacle environnant : "Normalement demain dans la journée, j’arrive avant qu’il fasse nuit au vent de l’île aux Cochons donc je devrais la voir, je suis trop contente. Il y a déjà des tonnes d’albatros, hier j’en avais une douzaine autour de moi, ça c’est assez stylé, je sais pas si j’en avais déjà vu autant d’un coup ! Ils paraissent irréels tellement ils sont gros, c’est vraiment très étrange, on dirait des dessins animés ! Quand je vais prendre un ris ou affaler quelque chose, faut toujours s’armer de courage mais en général on est toujours récompensé par des belles apparitions comme ça ! Mais j’ai toujours tendance à avoir envie de ralentir pour les regarder, ce qui n’est pas tout à fait le plan ! "

Le plan de la navigatrice a tout de même été un peu compromis aussi par son avarie. Le support de son vérin de foil a rendu l’âme, et avec lui la possibilité de régler convenablement son appendice pourtant bien utile. Pour elle, les prochains jours devraient être relativement simples à aborder, même si « c’est jamais tout droit comme dans les bouquins ». « Il va forcément y avoir un moment désagréable avec une dépression qui passe d’ici à ce qu’on remonte de la zone des glaces, mais si tout va bien c’en est pas une trop creuse », raconte Clarisse Crémer, qui expérimente à nouveau quelques sensations du Grand Sud rencontrées voilà quatre ans : "J’ai retrouvé le froid, il fait 10 degrés dans le bateau, c’est pas horrible mais quand t’essaies de dormir t’as vite froid ! Tu sais quand t’as tellement dormi et écrasé que tu te réveilles t’es trempée comme les bébés qui dorment. T’es toute transpirante de sueur du sommeil lourd du début de nuit, et il faut sortir de ta couette pour aller renvoyer un ris, c’est un petit moment désagréable (rires) ! Par contre la sensation d’aller se mettre sous sa couette, est tellement agréable ! "

« On a eu jusqu’à 45-47 nœuds »
Pas sûr que le groupe suivant ait beaucoup eu le temps d’aller à la banette ces dernières heures, avec un passage de la pointe sud-africaine réalisée dans des conditions bien engagées. A l’image de Sébastien Marsset (Foussier, 26e), qui raconte : "La nuit a été hyper active, on est toujours en avant du front. On a eu jusqu’à 45-47 nœuds, il a fallu réduire au fur et à mesure de la nuit ! J’ai pris le ris 3, joué avec la trinquette… et pour couronner le coup, j’ai pris un truc dans ma quille et j’ai dû faire deux marches arrières avec trois mètres de houle et une mer courte ! Mais ça s’est bien passé, j’ai pu retrouver ma vitesse. "

Vers quel TAAF choisira-t-il de pointer l'étrave ? Pour l'heure, ses prédécesseurs, à commencer par Jean Le Cam (Tout Commence en Finistère - Armor-lux, 20e), talonné de près par Alan Roura (Hublot, 21e) ont mis le cap au Nord, longeant encore la côte sud-africaine, comme un dernier au revoir au continent africain. Avant le prochain !

Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…