Vendée Globe : un rayon de soleil pour les courageux
On les aime nos marins, mais là, ils poussent le bouchon un peu loin ! Pendant qu’on grelotte dans nos bonnets et nos bas de laine, voilà que nos solitaires nous racontent par le menu cette sensation exquise de refaire découvrir le soleil à ses orteils… Et quel bonheur visiblement, surtout après le contraste saisissant du Grand Sud et de ses glaçons menaçants !
Cette nuit, c’est Guirec Soudée (Freelance.com, 23e) qui a été le plus bavard sur le sujet, lui qui en a bien bavé ces dernières semaines à la barre, et savoure d’autant plus cette petite victoire sous le cagnard !
Qu’est ce que c’est bon de pouvoir se mettre pied nu, en short, en t-shirt, de pouvoir prendre soin de soi, de pouvoir aérer le bateau, de faire des machines… toutes ces choses impossibles dans le Grand Sud ! J’aime bien le froid, mais à bord j’ai pas de chauffage, c’était très humide, j’arrivais à rien sécher, j’ai un peu enchaîné les dépressions, je me suis fait un peu malmener ! Pouvoir souffler comme ça, c’est un moment que j’attendais depuis un bout de temps, il est bien mérité !
Ce sera donc bien au large que le skipper de Freelance.com vivra sa remontée du Brésil, en espérant qu’il ait un peu plus de réussite que ses camarades de devant, le trio mené par Damien Seguin (Groupe Apicil, 18e), qui progresse péniblement. Pour les partisans de l’option Ouest plus proche des côtes brésiliennes, les vitesses ne sont pas beaucoup plus impressionnantes, mais les trajectoires moins hachées laissent penser que le moment est tout de même moins compliqué ! C’est d’ailleurs Isabelle Joschke (MACSF, 15e) qui, malgré son foil en moins, réalise la bonne opération du moment, en prenant la tête de la petite troupe de poursuivants !
" On commence un peu trop penser à la maison parce que ça se rapproche, c’est pas forcément évident, c’est la première fois depuis le début où je trouve le temps un peu long, le fait de savoir que l’arrivée approche, j’essaie de me concentrer sur l’essentiel, le présent, le réglage de voile, de m’occuper de moi-même et du bateau. Je suis très content d’être là et j’ai hâte que ça finisse aussi ! "
Il a d’autant plus hâte que le chemin ne s’annonce pas sans difficultés ! Alors qu’il ferraille avec Jérémie Beyou (Charal, 4e), qui a mis le turbo depuis le passage de l'Equateur, le skipper de VULNERABLE nous racontait le dilemme qui fait actuellement turbiner ses méninges :
Il y a cette dépression qui arrive aux Açores dans trois-quatre jours et nous barre un peu la route avec 50-60 nœuds de vent et 8-9 mètres de mer ! Pour l’instant, on n’a pas besoin de prendre une décision, c’est plutôt samedi-dimanche qu’il faudra choisir. Pour l’instant, il y a trois options : foncer dedans et gérer comme on peut, essayer de passer vers le Sud-Est pour rester dans une mer un peu moins forte, ou ralentir et attendre que le plus fort passe, et choper le train derrière. Mais ça veut dire attendre les copains, et ça ne donne pas très envie ! Mais si c’est ça ou prendre trop de risques, il va falloir le faire…
Voilà pour le menu pas très réjouissant, d’autant que marins et bateaux commencent à souffrir sérieusement. Après Paul Meilhat (Biotherm, 6e) qui a perdu son étai, Nicolas Lunven (Holcim-PRB, 7e) toujours à l’aveuglette, ou encore Thomas Ruyant (VULNERABLE, 9e) et Boris Herrmann (Malizia – Sea Explorer, 10e) avec leurs problèmes de voiles d’avant, tous sont sur le qui-vive pour rester dans la locomotive. Sam Goodchild a d’ailleurs dû affaler hier matin sa grand-voile pour régler un souci de latte, et a plus que jamais conscience que le classement sera déterminé par sa capacité à préserver son destrier jusqu’à la ligne d’arrivée !
En attendant la précieuse délivrance, il continue à profiter de la météo clémente, alors que déjà les degrés commencent à s’égrener, ce qui pour l’heure est plutôt accueilli avec soulagement. « On doit être à 25 degrés plutôt que 30, et ça change quand même la vie à bord, on arrive à dormir mieux, c’est plus agréable ! », nous disait-il, l’inconscient ! Au large de la Bretagne, Sébastien Simon (Groupe Dubreuil, 3e) ne doit pas en dire autant, emmitouflé dans ses couches de vêtements à tirer des bords vers les Glénans. Mais la chaleur humaine devrait vite compenser, pour celui qui est attendu de pied ferme par toute la Vendée, et s'apprête à compléter un podium amplement mérité !
Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.
