Cri d'alarme sur la banquise de la plus grande expédition en Arctique

Escales
Mercredi 14 octobre 2020 à 14h25

©AFP

La plus grande expédition jamais menée au pôle Nord a regagné l'Allemagne lundi après avoir constaté l'ampleur du réchauffement climatique en Arctique et la menace qui plane sur une banquise menacée de "disparaître" l'été.

A l'issue de 389 jours en mer, le brise-glace Polarstern de l'institut allemand Alfred-Wegener a retrouvé son port d'attache de Bremerhaven, dans le nord-ouest de l'Allemagne. "Nous avons repoussé les limites de ce que nous pouvons faire en matière de recherche dans l'Arctique (...) L'expédition marque une étape historique dans la recherche au pôle Nord", s'est félicité le chef de l'expédition Markus Rex, lors d'une conférence de presse. Mais le responsable de cette expédition internationale baptisée MOSAIC a aussi lancé un appel urgent pour tenter de sauver la banquise d'été "en train de disparaître".

"Ce monde est menacé", a assuré ce climatologue et physicien. "Si le changement climatique se poursuit comme cela, alors dans quelques décennies, nous aurons un Arctique libéré des glaces durant l'été", a-t-il ajouté. "Nous devons tout faire pour préserver (...) la banquise dans l'Arctique pour les générations futures et nous devons tenter de saisir la petite chance que nous avons encore de le faire", a-t-il lancé, décrivant une région "fascinante et d'une exceptionnelle beauté".

Lors des sorties sur la banquise pour y effectuer des mesures ou des prélèvements, toute l'expédition a pu constater cette évolution. "Directement au pôle Nord, nous avons trouvé (en été) de la glace fondue, mince, friable", a témoigné M. Rex, évoquant aussi "des surfaces d'eau liquide à perte de vue, jusqu'à la ligne d'horizon".

Un diagnostic confirmé par des observations satellites aux Etats-Unis qui ont révélé que la banquise d'été avait fondu jusqu'à la deuxième superficie la plus petite jamais enregistrée, après 2012.

En hiver, où ils ont affronté la nuit absolue pendant plusieurs mois et la visite d'une soixantaine d'ours polaires, les scientifiques ont également mesuré des températures beaucoup plus chaudes qu'il y a quelques décennies.

Au total, plusieurs centaines d'experts et scientifiques de 20 pays différents ont séjourné en se relayant sur le navire qui s'est laissé glisser avec les glaces selon la dérive polaire, ce courant océanique qui s'écoule d'est en ouest dans l'océan Arctique.

Le Polarstern a parcouru au total 3.400 km en zigzag, soit une distance à vol d'oiseaux de 1.923 km, se retrouvant à un moment donné à 1.500 km de distance de la zone de peuplement la plus proche. Pour mener à bien les recherches, un camp a été établi, amarré à un morceau de banquise et composé de quatre stations scientifiques dans un rayon allant jusqu'à 40 km autour du bateau. Les experts ont récolté plus de 150 térabites de données ainsi que de nombreux échantillons de glace et d'eau. Ils promettent de livrer des informations précieuses pour comprendre "les processus complexes" en jeu au pôle Nord qui conduisent à un réchauffement climatique plus accéléré encore dans cette région que dans le reste du monde. Pendant un an, ils ont ainsi pu observer plus d'une centaine de paramètres. Cela a permis "une percée dans la compréhension du système climatique de l'Arctique", selon Markus Rex.

La mission, partie de Tromsø, en Norvège, le 20 septembre 2019 et dotée d'un budget de 140 millions d'euros, a étudié à la fois l'atmosphère, l'océan, la banquise et l'écosystème pour recueillir des données évaluant l'impact du changement climatique.

L'analyse complète jusqu'à leur diffusion dans des publications scientifiques devrait prendre un ou deux ans.

L'objectif est de mettre au point des modèles de prédiction du climat pour déterminer à quoi ressembleront les vagues de canicule, les pluies diluviennes ou les tempêtes dans 20, 50 ou 100 ans.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.