Vendée Globe : des skippers touchés mais pas coulés

Courses
Samedi 24 octobre 2020 à 14h32

©B.Gergaud

Incendie dévastateur, sponsors qui lâchent, déconvenues, crise du Covid-19, des mois sans salaire : les petits budgets du Vendée Globe accusent les coups mais ne renoncent en rien à leur rêve.

"C'est au-delà d'un rêve, c'est un projet professionnel. J'ai une chance incroyable: je ne sais pas d'où elle me vient, mais ça ne me fait jamais peur de m'engager dans des projets monstrueux. C'est exceptionnel de vivre sa vie comme ça", lance à l'AFP Alexia Barrier (TSE - 4MYPLANET), qui n'a pourtant pas bouclé son budget à trois semaines du départ.

"Si je voulais pouvoir me payer et payer normalement les gens qui travaillent avec moi, il faudrait qu'on soit à 800.000 euros par an. Et là on est à 500.000 à peu près. Les deux années précédentes, on a fonctionné avec 200.000 euros maximum, on s'est endetté".

Depuis fin 2017, Alexia Barrier se consacre à son premier Vendée Globe. Sollicitée alors par un gros sponsor qui entendait se lancer dans la construction d'un bateau neuf nouvelle génération, elle a travaillé pendant 6 mois pour leur présenter un projet.

"Ce sponsor m'a lâchée du jour au lendemain, on avait tellement bossé... Intellectuellement, je ne pouvais plus faire marche arrière", raconte la Sudiste, qui a pris contact avec 3 personnes pouvant lui prêter de l'argent.

Elle a alors acheté pour 300.000 euros un Imoca - les monocoques-stars du Vendée Globe (18 mètres/60 pieds) -, un bateau de 1998 ayant déjà six tours du monde à son actif. Elle a lancé un financement participatif pour les frais de fonctionnement et continue sa quête de partenaires.

"On a eu des déconvenues. Juste avant le Covid, on a vraiment cru signer un partenariat-titre à 1 million mais avec le Covid, ça ne s'est pas fait", dit la skipper, qui, faute de trésorerie suffisante, n'a fait aucune course préparatoire au tour du monde en solitaire.

"Si tu attends que tout soit parfait pour démarrer un projet, tu ne fais jamais rien!", relativise-t-elle.

Clément Giraud (Compagnie du Lit/Jiliti) a su, lui aussi, prendre du recul. Le Toulonnais a lancé son projet il y a 4 ans, autour d'une table avec plusieurs amis. Ils achètent un bateau début 2018. Les courses s'enchaînent avec bonheur puis vient la Transat Jacques Vabre en octobre 2019. "Cinq jours avant le départ, le bateau subit un incendie. Voilà. Plus de bateau", explique Giraud. Avant de poursuivre: "un mois après l'incendie, le sponsor a dit stop, il y a eu une perte de confiance". "Tu n'as pas envie de lâcher. Tu cherches des solutions, tu tournevires, tu dors mal la nuit, tu te réveilles tôt. Et puis c'est la rencontre avec Erik (Nigon)".

Le navigateur Erik Nigon propose son Imoca à Giraud. "On n'avait plus de bateau, plus de sponsor, et là on repart de zéro mais en ayant une histoire", relève Giraud, tellement heureux de rester dans le jeu.

Avec ses fidèles compères, il lance une campagne de financement participatif. "On a ratissé partout, on nous a prêté un peu d'argent. On n'a pas été payé depuis l'incendie. On a tous continué à tenir, tous bénévoles".

Et début septembre, à deux mois du départ, comme un cadeau, deux sponsors-titres entrent dans la danse. Pour le quadragénaire, même s'il manque encore un peu d'argent, la victoire est déjà là. "Je n'ai jamais autant grandi que ces 3, 4 dernières années", souffle-t-il.

Entré il y a seulement 5 ans dans le monde de la course au large, Benjamin Dutreux (OMIA - Water Family), à la tête d'un chantier naval, s'est projeté il y a 3 ans sur le Vendée Globe. Son entreprise investit dans l'achat d'un Imoca datant de 2007. Reste le budget de fonctionnement.

"Après la Transat Jacques Vabre (fin 2019), on a trouvé un nouveau sponsor qui entrait à hauteur de 40%, sauf qu'il y a eu le Covid donc on l'a perdu aussi vite qu'il est arrivé, c'était un groupe hôtelier", souligne le marin de 30 ans.

En août, Omia rejoint le projet à hauteur de 30%. "On s'estime vraiment heureux et chanceux d'être là", insiste Dutreux, qui cherche toujours les 10% manquant à son budget.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.