Nouvelle jauge IMOCA 2021-25 : « une évolution et non une révolution »

Courses
Samedi 1 mai 2021 à 7h12

©Jean-Louis Carli / Alea

Cet hiver, les marins du Vendée Globe ont offert une compétition palpitante et partagé des valeurs de solidarité qui ont beaucoup touché le public. Adversaires sur l’eau, ces skippers IMOCA et leurs équipes forment un groupe solide qui travaille aussi beaucoup, à l’année, sur l’évolution de leur sport et de leur machine. C’est ainsi que, pendant le tour du monde, l’avenir des bateaux, actuels et futurs, s’est dessiné en coulisses. Coordonné par la Classe IMOCA (International Monohull Open Class Association), le Comité Technique qui représente actuellement quinze équipes, a proposé, étudié et débattu les règles de la jauge 2021-25 qui ont été toutes approuvées le 15 avril dernier.

Les grandes orientations de travail avaient déjà été votées fin août mais une partie des réponses allait forcément émerger durant le Vendée Globe. Tout l’enjeu pour les ingénieurs était de savoir réagir en temps réel aux faits de course, tout en gardant le cap fixé avant le départ, notamment par les skippers. Près de 100 heures de réunions (virtuelles…) ont été menées pour aboutir au projet final qui a été voté en Assemblée Générale.

#1 Vers une performance plus durable

1 – La jauge favorise l’utilisation de matériaux bio-sourcés pour les éléments non structurels et démontables du bateau (table à cartes, sièges, bannettes, cales, etc.) qui seront supprimés du poids de jauge du bateau dans la limite de 100 kilos. C’était déjà le cas pour les panneaux solaires, les systèmes d’énergie verte et les instruments scientifiques.

2 – D'ici 2023, chaque concurrent devra embarquer une ‘Green Sail’ parmi les 8 autorisées sur les courses du Championnat IMOCA Globe Series. Cette voile pourra être en matériaux alternatifs ou/et entièrement recyclable. Sur le Vendée Globe, Pip Hare et Ari Huusela ont bouclé le tour du monde avec une voile, certifiée ISO 14040 et 100 % recyclable.

3 – Un IMOCA actuel navigue autour du monde quasiment en autonomie énergétique grâce aux hydrogénérateurs et à l’énergie solaire et éolienne. Le moteur diesel est gardé pour la sécurité, mais la règle permettra désormais à une équipe qui aurait une solution de motorisation alternative de la proposer en étude pour obtenir une exception à la jauge.

4 – Il devient désormais obligatoire pour les équipes de procéder à une Analyse de Cycle de Vie pour toute construction d’un nouveau bateau ou de nouveaux éléments (pièces standards, coque, pont, bôme, safran, bulbe). L’objectif est de récolter des données comparables afin de mieux connaître notre impact et de déterminer, de façon concrète, les objectifs de réduction. L’IMOCA travaille avec un partenaire technologique sur le sujet qui sera bientôt dévoilé.

5 – Enfin, la Classe a rédigé la ‘Charte Teams IMOCA’ qui se concentre sur sept thématiques de la vie quotidienne des projets. Une obligation de mise en place de moyens au sein des équipes a été adoptée dans un premier temps.

#2 Limitation des foils

1 – Garder une puissance raisonnable en termes de sécurité : plus les foils sont grands, plus le bateau devient puissant donc plus il sera renforcé, alourdi et complexe à mener, notamment en solitaire.

2 – Plus les foils sont grands, plus ils sont complexes, longs et coûteux à fabriquer.

La règle adoptée propose ainsi un mode de calcul permettant de comparer les foils entre eux afin qu’ils entrent dans une ‘boîte’ (box rule), tout en restant de design et de géométrie différentes. Cette règle permettra de voir sur le prochain Vendée Globe des foils encore relativement grands, équivalents par exemple à ceux des actuels Charal ou Hugo Boss, mais pas au-delà.

#3 Sécurité renforcée

Il y a eu peu d’accidents sur ce Vendée Globe, ce qui démontre la fiabilité générale des bateaux. Néanmoins, Kevin Escoffier a perdu son bateau et trois autres concurrents ont abandonné suite à des collisions. Ces faits de course ont conduit à des évolutions des règles de sécurité parmi lesquelles :

1 – Les équipements de sécurité du skipper ainsi que leur emplacement de stockage ont été revus afin de gagner encore plus en efficacité en cas d’avarie majeure.

2 – Les règles d’insubmersibilité des bateaux ont été encore augmentées (de 105 à 110% du poids du bateau en volume de flottabilité) afin qu’en cas d’accident grave, le skipper puisse rester le plus longtemps possible à bord de son bateau.

3 – Les critères de résistance au choc de la coque au niveau de la quille et des foils ont été encore relevés. Par ailleurs, un groupe de travail multi-Classes réfléchit depuis plusieurs mois à la prochaine génération d’outils de détection anticollision adaptés aux bateaux de course.

#4 Plus de performance des bateaux

Afin d’avoir une attitude un peu plus 4x4 dans le Grand Sud, la quête du mât passe de 4 à 6 degrés (d’avant en arrière), c’est-à-dire que les skippers pourront encore mieux adapter leur plan de voilure aux conditions extrêmes. Un changement d’équipement sur le mât permettra aussi d’utiliser plus et différemment le tourmentin (voile de tempête).

#5 Maîtrise des coûts

La force de la Classe IMOCA réside dans la diversité des tailles de projets. Maîtriser les dépenses est un sujet complexe mais doit permettre de garder un cadre dans lequel chacun peut continuer à évoluer.

1 – L’électronique embarquée (télémétrie) s’est beaucoup développée ses dernières années et il est important de veiller à ne pas creuser de fossé technologique trop profond au sein de la flotte. Ainsi, tout capteur au-delà de 10k euros doit provenir du commerce et appartenir à une liste autorisée, homologuée par l’IMOCA et qui restera dynamique dans le temps.

2 – Un système de limitation du nombre de voiles sur une campagne a aussi été votée dans le but de maximiser le temps d’utilisation d’une voile en courses.

3 – Des règles touchent également à la construction avec une liste limitée de matériaux d’âme (mousses, nomex…) et grammages de carbone autorisés, ce qui doit permettre de réduire aussi le temps et le coût de production.

4 – Enfin, afin de simplifier la liste des sujets de R&D des équipes, de nouvelles pièces seront standardisées. Actuellement cela concerne le mât, le voile et le vérin de quille. A l’avenir, la bôme et l’intégralité du gréement dormant seront aussi standards ainsi que le système de communication satellite via Iridium-Certus, avec l’antenne Thales (sauf sur The Ocean Race).

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.