
Sans coup férir, précises dans leur tempo, efficaces dans leurs trajectoires, Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) sont, à grands coups d’empannages, passées du vent de Sud aux flux de Nord Nord Ouest en avant de ce centre de basse pression qui va désormais les propulser en droite ligne vers les rivages chiliens, et à court terme, le cap Horn.
Elles laissent ce matin en leur bâbord le point Nemo, ce "pôle maritime d’inaccessibilité", la position géographique, située en plein milieu de l'Océan Pacifique, qui indique le point le plus éloigné de toute terre. Elles ont aussi dépassé le lieu précis aux relents de drame où, il y a 27 ans, le premier équipage 100% féminin, celui de la Britannique Tracy Edwards, voyait ses rêves de tour du monde historique s’effondrer en même temps que le mât de leur catamaran Royal&Sun Alliance. Les filles de The Famous Project CIC sont à présent les seules navigatrices à être parvenues si loin dans un Trophée Jules Verne.
Nulle gloire dans cet état de fait, juste un rappel de ce que Dee et Alexia ne cessent de marteler ; leur présence n’est ici que tolérée, et malgré la dureté des conditions de vie, la fatigue désormais omniprésente, c’est à ce moment de la course que toute leur indomptable énergie est plus que jamais mobilisée à la vigilance et à l’écoute du bateau.
1 900 milles, soit sur leur vitesse actuelle, moins de 4 jours de navigation, les séparent désormais du fameux Horn, synonyme de retour en Atlantique et de sortie du pays de l’ombre. 4 jours de mer forte et désordonnée, de vent fort, de froid et même de neige. Mais 4 jours d’envies, de détermination, de conviction, à marquer à jamais l’histoire de leur sport.
Alexia Barrier :
"On connait un Pacifique très physique. Le vent est plus soutenu, parfois très irrégulier, avec des rafales violentes, allant jusqu’à 50 nœuds, et surtout une mer croisée qui secoue en permanence. Les vagues sont hautes, 5 mètres, puissantes, pas toujours bien rangées, et le bateau vit beaucoup. Ça demande une vigilance constante, réduire, ré-accélérer, anticiper.
On est dans l’engagement. Bien que cela reste majestueux, mystique, hypnotique.
La stratégie est assez simple à dire, beaucoup plus complexe à tenir : il nous faut rester dans le bon tempo.
Ne pas se faire enfermer par les hautes pressions, attraper les bons systèmes sans aller trop au sud, et surtout préserver le bateau et l’équipage.
On a encore quelques heures très difficiles, puis ça va se calmer jusqu’à l’approche du Horn. Et là, on verra. Il est trop tôt pour savoir comment ça va se passer.
Le Horn ne se gagne pas à l’attaque frontale, mais à la régularité. On joue le long jeu.
Le mouvement du bateau est ce qu'il y a de plus pénible à vivre. Pour le froid, on s’équipe. Pour l'humidité, on compose.
Mais le mouvement permanent, les accélérations, les chocs, ça ne s’arrête jamais. Le corps est toujours en adaptation, même au repos. C’est usant mentalement autant que physiquement.
Mon souhait pour 2026 est qu'on continue à oser. Oser les projets ambitieux, les équipes engagées, les aventures collectives.
Et qu’on prenne le temps de faire les choses bien, en restant alignées avec ce qu’on est, en mer comme à terre."
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