Turquie : un lac unique au monde menacé par sa popularité

Escales
Samedi 1 mai 2021 à 17h04

Avec ses eaux turquoises et son sable blanc, le lac de Salda, dans le sud-ouest de la Turquie, recèle des secrets qui pourraient aider à résoudre les mystères de Mars. Mais sa popularité croissante menace aujourd'hui son existence.

Cette vaste étendue d'eau est devenue célèbre lorsque des scientifiques de la Nasa ont commencé à l'étudier il y a quelques années pour préparer le déploiement du rover Perseverance sur Mars.

Avant l'atterrissage de l'engin sur la planète rouge en février, l'agence spatiale américaine avait même partagé une photo du lac de Salda, illustrant son importance pour les préparatifs de la mission.

Tirant parti de cette exposition, le président Recep Tayyip Erdogan a choisi d'intégrer ce lac d'une superficie de 45 km2 dans un vaste programme visant à créer plus d'espaces verts accueillant du public.

Mais face à cet engouement, les activistes locaux redoutent que le double intérêt de la Nasa et de M. Erdogan ouvre les vannes du tourisme de masse et signe l'arrêt de mort du lac en détruisant son écosystème.

"L'avenir du lac est en péril si des millions de touristes viennent", s'alarme Gazi Osmak Sakar, dirigeant de l'Association de préservation du lac de Salda.

Le lac est surtout renommé pour ses "îles blanches", des îlots d'un blanc brillant, ainsi que sa faune et sa flore uniques, comme le poisson-grenouille de Salda.

Des minéraux rares attirent également l'attention de la Nasa, comme l'hydromagnésite qui ressemble à des substances repérées dans le cratère de Jezero, où Perseverance a atterri.

Les scientifiques pensant que l'hydromagnésite présent le long du rivage du lac de Salda est un résidu de blocs de microbialites, des roches formées avec l'aide de microbes.

Cette matière capte l'attention des chercheurs qui se demandent si de la vie a existé sur Mars sous forme de microbes il y a plusieurs milliards d'années.

Mais ce qui fait vraiment la spécificité du lac de Salda, explique l'ingénieur géologue Servet Cevni, c'est son écosystème fermé.

"Ce qui le rend si spécial, ce sont les bactéries, les organismes unicellulaires qui y vivent. Comme on est sur du vivant, c'est très fragile face aux influences extérieures", dit-il à l'AFP.

Mais cette influence est déjà en train de se matérialiser sous la forme de neufs baraques en train d'être construites à proximité d'un jardin public en cours d'aménagement près du lac.

"Il faut annuler ce projet. Le lac ne peut pas être protégé s'il est exploité", estime M. Sakar.

Si la baignade est interdite dans la zone des "îles blanches", les visiteurs peuvent piquer une tête ailleurs dans le lac.

Ses défenseurs estiment qu'il faudrait interdire toute baignade dans le lac pour protéger son écosystème fragile.

"Si un organisme unicellulaire s'éteint, Salda est fichu", prévient M. Cevni, l'ingénieur. "Les îles blanches ne peuvent pas être recréées", dit-il.

Si des mesures sont prises dès aujourd'hui, le lac pourrait se régénérer en 150 à 200 ans, estime M. Cevni. "Sinon, il ne s'en remettra jamais", dit-il.

Mais la mission est ardue. L'Association de préservation du lac de Salda a ainsi été déboutée par un tribunal qu'elle avait saisi pour stopper l'aménagement du jardin public.

M. Sakar en appelle désormais à l'Unesco qu'il exhorte à classer le lac à son patrimoine mondial de l'humanité, gage de protection.

"Salda est en train de mourir", dit-il.

Mais ces efforts entrent en collision avec l'intérêt économique suscité par la popularité du site, dont nombre de riverains espèrent bien profiter.

Suleyman Kilickan, un serveur qui travaille dans un café situé au bord du lac, explique que le nombre de visiteurs a explosé depuis que la Nasa s'y intéresse.

"S'il y a du tourisme, il y a de la vie", dit-il, tout en indiquant que les visiteurs sont appelés à être responsables. "On leur dit de ne pas emporter de sable ou de terre".

Ces flux de touristes ont déjà commencé à transformer le visage de Salda.

"Notre lac et notre village étaient bien plus propres il y a quelques années", indique ainsi Aysel Cig, un berger qui habite près de Salda.

Visiblement conscient du danger, le ministère de l'Environnement a indiqué le mois dernier vouloir limiter le nombre de visiteurs par an à 570.000.

En 2019, 1,5 millions de personnes s'y étaient rendues, et 800.000 en 2020, malgré la pandémie.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.