
Ce vendredi, Saint-Malo tourne une page de son histoire maritime. Le Joseph Roty II, navire emblématique du port malouin et dernier bateau lié à l’épopée des Terre-Neuvas, quitte définitivement les quais pour son ultime voyage. Direction la Belgique, où il doit être déconstruit. Un départ chargé d’émotion pour les anciens marins, les passionnés du monde de la mer et tous ceux qui voient en lui bien plus qu’un simple chalutier.
Pendant près de 50 ans, le Joseph Roty II a incarné à lui seul une certaine idée de la grande pêche française. Mis en service dans les années 1970, il a longtemps été considéré comme le plus grand chalutier français. À son bord, près de 900 marins se sont succédé au fil des décennies, affrontant les mers du Nord et les campagnes lointaines, dans la lignée des mythiques Terre-Neuvas. Avec sa silhouette massive et son histoire hors norme, le navire s’est imposé comme le symbole d’une époque aujourd’hui révolue.
Le bateau avait d’abord participé à la grande aventure de la pêche à Terre-Neuve avant de se réinventer. À partir des années 1990, il s’était spécialisé dans la pêche au merlan bleu destiné à la fabrication de surimi. Une reconversion qui lui avait permis de prolonger sa carrière, tout en restant un acteur singulier de la filière halieutique française. Mais le temps a fini par rattraper ce géant des mers : son armateur, la Compagnie des Pêches, a mis fin à son activité à la fin de l’année 2023.
Son départ ne marque donc pas seulement la fin d’un navire. Il signe aussi la disparition d’un témoin rare de l’histoire maritime française, un vestige de la grande pêche industrielle et des campagnes au large des eaux froides de l’Atlantique Nord. À Saint-Malo, où la mémoire des marins reste profondément ancrée, ce dernier voyage prend des allures de cérémonie d’adieu. Anciens membres d’équipage, associations de Terre-Neuvas et habitants du port se rassemblent pour saluer une dernière fois celui que beaucoup surnommaient simplement “le Joseph”.
Avec le Joseph Roty II, c’est un pan entier du patrimoine maritime breton qui s’éloigne. Le navire ne reviendra plus, mais son nom, lui, restera attaché à l’histoire de Saint-Malo, à la rudesse des campagnes en mer et à la mémoire de générations de marins. Sur les quais, ce vendredi, ce n’est pas seulement un bateau qui part. C’est tout un monde qui s’efface lentement à l’horizon.
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