
Dans le golfe du Morbihan, une petite révolution maritime prend forme. Avec Pass’Avel, la compagnie Le Passeur des Îles s’apprête à mettre en service un bateau de transport de passagers qui combine propulsion à la voile et assistance électrique. Une première en France pour un monocoque de ce type, pensé pour relier Port Navalo à Locmariaquer tout en ouvrant une voie plus sobre pour les mobilités maritimes locales. Le projet attire l’attention parce qu’il ne ressemble à aucun autre actuellement en exploitation dans le transport de passagers. Pass’Avel a été conçu pour embarquer 58 passagers sur une liaison quotidienne entre Port Navalo et Locmariaquer, mais aussi pour proposer des croisières dans le golfe du Morbihan à destination des particuliers et des entreprises. Ce monocoque hybride se distingue surtout par son ambition : remettre la voile au cœur d’un service régulier, sans renoncer aux contraintes d’exploitation d’un bateau de transport.
Une réponse concrète aux enjeux de sobriété
L’idée n’est pas née d’un simple effet d’annonce. Au départ, la compagnie avait étudié une solution autour de l’hydrogène. Mais les contraintes techniques, le coût financier, la puissance du courant dans le golfe et les difficultés de recharge ont rapidement montré les limites de cette piste. Le projet a alors basculé vers une autre logique, plus en phase avec le terrain : s’appuyer sur le vent comme moyen de propulsion naturel, avec une assistance électrique pour les manœuvres et les phases où cela s’impose.
Dans le golfe du Morbihan, ce choix a du sens. La navigation y est marquée par les courants, les distances courtes et des traversées qui exigent à la fois régularité, sécurité et souplesse. Pass’Avel n’a donc pas été imaginé comme un objet expérimental, mais comme un vrai bateau de travail, capable d’assurer un temps de trajet comparable à celui de la liaison actuelle, soit environ 20 à 25 minutes. Sur le plan technique, Pass’Avel a été pensé pour rester simple dans son usage tout en intégrant une vraie logique de performance adaptée à son territoire. Le bateau mesure 16 m de long pour 6 m de large, avec un tirant d’eau de 1 m. Il dispose d’une quille relevable, d’un génois sur enrouleur autovireur pour faciliter les manœuvres, et de 2 hélices entraînées par des moteurs électriques utilisées notamment pour l’accostage, le départ du quai et l’assistance à la propulsion vélique. La surface de voile atteint 90 m², avec un système pensé pour permettre une mise en œuvre rapide sur une liaison courte.
Le choix des matériaux traduit aussi cette recherche d’équilibre. La coque est en aluminium, tandis que la superstructure est entièrement en bois afin de limiter le poids. À bord, des bancs en cyprès du Morbihan prolongent cette volonté de sobriété avec un style rétro assumé, dans la continuité visuelle de la flotte de la compagnie.
Une aventure 100 % morbihannaise
Ce qui donne aussi du relief au projet, c’est son ancrage local. Pass’Avel a été imaginé, dessiné et construit avec l’appui d’un réseau d’entreprises largement implantées dans le Morbihan. L’architecture navale a été confiée à L2O Naval, déjà connu pour avoir signé Grain de Sail II. Autour de ce noyau, 12 entreprises locales ont participé au chantier, de la coque aluminium à la charpente marine, de la voilerie à l’électricité, de la motorisation à l’équipement de sécurité.
Cette dimension territoriale dépasse le simple argument de communication. Elle raconte une manière de produire autrement, avec des compétences de proximité et une vraie cohérence entre le bateau, son usage et son bassin de navigation. Pass’Avel n’est pas un prototype hors sol. C’est un navire conçu pour travailler dans le golfe, par des acteurs qui connaissent précisément les contraintes de ce plan d’eau.
Un héritage maritime revisité
Le projet s’inscrit aussi dans une histoire plus ancienne. Avant l’ère du tout moteur, les premiers passeurs du golfe assuraient déjà leurs liaisons à la voile. En réintroduisant cette propulsion dans un service de transport de passagers, Le Passeur des Îles ne cherche pas à faire du passé un décor, mais à en tirer une solution contemporaine. Le nom même du bateau, Pass’Avel, qui renvoie à l’idée de “passe au vent” en breton, résume bien cet esprit.
Depuis sa création en 2007, la compagnie a construit son identité autour d’une navigation attentive aux courants du golfe et à des capacités de transport relativement modestes. Avec Pass’Avel, elle prolonge cette philosophie en affirmant une autre manière de desservir un territoire sensible, fréquenté et particulièrement exposé aux questions environnementales.
Une première qui sera observée de près
L’arrivée de ce bateau ouvre forcément une question plus large. Un navire à voile et électrique peut il trouver sa place dans une exploitation régulière, avec des horaires, des passagers, des contraintes de sécurité et une exigence de fiabilité quotidienne ? C’est tout l’intérêt de Pass’Avel. Son lancement sera observé de près, parce qu’il ne promet pas seulement une traversée plus originale. Il teste, à échelle réelle, une autre idée du transport maritime local.
Dans un moment où les mobilités cherchent des solutions plus sobres sans perdre en efficacité, le golfe du Morbihan devient ici un terrain d’expérimentation très concret. Et si l’essai est concluant, Pass’Avel pourrait bien compter davantage qu’une curiosité régionale : il pourrait devenir un signal fort pour d’autres territoires maritimes
vous recommande