1000 Race : les nerfs à l’épreuve avant le changement de rythme

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Partis tambours battants hier à la mi-journée de la baie de La Forêt, les sept solitaires de la 1000 Race ont rapidement changé de rythme pour entrer dans une toute autre séquence. La nuit a étiré le temps : peu d’air, du courant, des cargos à surveiller et une route piégeuse à négocier à proximité du DST d’Ouessant. Ce lundi prolonge ce scénario exigeant. Une large zone de molle, solidement installée entre la pointe Bretagne et les Scilly, ralentit toujours la flotte et impose une nouvelle phase de transition laborieuse avant l’arrivée attendue d’un flux de nord-est en soirée. D’ici là, il faut accepter d’avancer à pas comptés, rester attentif au moindre souffle et composer avec une part d’incertitude inhérente à ces conditions.

Une nuit technique, sous surveillance constante

La première nuit a obligé chacun à rester pleinement engagé. Les variations de vent, parfois brutales, ont demandé une attention de tous les instants, d’autant que la zone n’offrait aucun répit, et ce constat reste valable ce lundi. « Les conditions ont été très instables, avec des changements permanents, à la fois en force et en direction. Il fallait vraiment être dessus, bien régler les voiles et faire attention aux cargos », a expliqué Violette Dorange (Initiatives Cœur). « J’ai réussi à dormir un petit peu, mais dans ce type de situation, on sait que tout peut évoluer très vite, alors il n’y a pas beaucoup de place pour le relâchement. »  Même vigilance du côté de Arnaud Boissières, toujours confronté à ce contexte instable ce matin : « Il y a beaucoup de trafic, du courant, un peu de pluie… Ça demande de rester attentif. A un moment, on s’est retrouvés quasiment arrêtés dans le rail, ce qui n’est jamais très confortable. » Au-delà de la sécurité, c’est la performance elle-même qui devient difficile à maintenir. « J’ai eu du mal à trouver de la vitesse dans le vent faible », a-t-il reconnu lors d’un échange téléphonique avec l’organisation. « Par moments, je n’arrive pas à faire marcher le bateau. » Une sensation largement partagée dans la flotte.

Lundi sous pression lente

Cet après-midi s’inscrit dans la continuité, avec une progression hachée et une météo encore peu lisible à court terme. Un minimum dépressionnaire entretient cette zone de transition, sans véritable dynamique. « Ça devrait rester assez mou vraiment toute la journée », anticipe Corentin Horeau (MACSF). « On essaie de faire avancer le bateau comme on peut et de comprendre comment se positionner au mieux pour la suite. » Une approche que partage Violette Dorange : « On a un tout petit flux qui nous permet d’avancer tant bien que mal. Ensuite, il y aura encore une phase de transition avant de s’en sortir vers ce soir, sans doute aux environs de 22 heures. En attendant, il faut rester patient. » Dans ce contexte, la moindre risée devient exploitable et précieuse. « Il faut être opportuniste », insiste Arnaud Boissières. « Ce n’est pas rapide, mais il se passe toujours quelque chose. »

Se placer avant l’accélération

Tous ont désormais en tête le même objectif : capter le nouveau flux de nord-est le plus tôt possible. C’est lui qui doit relancer la course et installer un tout autre rythme. « Une fois que l’on va récupérer ce vent, ça va accélérer franchement », a confirmé Violette Dorange. « On sera sur un bord rapide vers le Fastnet, ça va vraiment changer par rapport à aujourd’hui. » Les projections annoncent une nette montée en régime, avec 15 à 18 nœuds de vent au reaching, avant une rotation progressive obligeant à finir au près pour rallier le mythique phare irlandais, que les premiers pourraient atteindre demain matin entre 8 et 9 heures. Le choix de trajectoire reste toutefois ouvert. Un passage au sud des Scilly semble se dessiner dans certains scénarios, sans toutefois complètement exclure d’autres options. L’enjeu est clair : anticiper au mieux l’arrivée du vent pour être idéalement placé au moment de la bascule. « Chacun joue son placement pour la suite, on verra ce qui paye ou pas », glisse Corentin Horeau, lucide sur ce moment charnière.

Une hiérarchie encore exposée

Pour l’heure, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) conserve les commandes, mais avec une avance encore limitée. Derrière, Nico d’Estais (Café Joyeux) se montre particulièrement à l’aise dans ces conditions. En restant au plus près de la route directe, il parvient à faire progresser sa monture régulièrement et à grappiller mètre après mètre au pointage, exploitant pleinement le potentiel de son IMOCA à dérives dans le petit temps. Avec si peu de vent, rien n’est verrouillé et tout peut encore évoluer rapidement. Les écarts restent contenus, les positions vulnérables. Dans ce contexte, il s’agit moins de creuser que de ne pas céder. En attendant que le vent s’installe, chacun avance avec ses propres équilibres : rester lucide, saisir les opportunités, accepter de temporiser. La 1000 Race, pour l’instant, se joue à bas bruit, mais prépare déjà son prochain emballement.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.