
Un gigantesque ruban de sargasses progresse dans l’Atlantique tropical, ravivant l’inquiétude aux Antilles et dans toute la Caraïbe. Selon les dernières observations scientifiques, 2026 pourrait devenir une année majeure, voire record, pour ces algues brunes dont les échouages massifs empoisonnent régulièrement les littoraux.
Un phénomène devenu impossible à ignorer
Vue du ciel, la scène a quelque chose d’irréel : des nappes brunes, parfois étirées sur des kilomètres, dérivent au gré des vents et des courants dans l’Atlantique. Ces radeaux de sargasses ne sont pas nouveaux, mais leur ampleur inquiète de plus en plus les scientifiques. Depuis 2011, ces algues flottantes forment régulièrement une vaste ceinture dans l’Atlantique tropical, entre l’Afrique de l’Ouest, la Caraïbe et le golfe du Mexique. L’Université de Floride du Sud parle même d’une « Great Atlantic Sargassum Belt », longue d’environ 8 000 km lors des grands épisodes.
Ce qui frappe cette année, c’est la quantité observée et la dynamique du phénomène. Dans son bulletin publié le 31 mai 2026, le laboratoire d’océanographie optique de l’Université de Floride du Sud indique que les volumes de sargasses ont continué d’augmenter en mai dans la plupart des régions surveillées. Plusieurs zones affichaient même des niveaux records pour un mois de mai, tandis que des échouages importants étaient déjà signalés autour de la Caraïbe, des Petites Antilles, des Keys de Floride et de la côte est de la Floride.
Des algues utiles en mer, problématiques à terre
En pleine mer, les sargasses ne sont pas seulement un problème. Elles constituent un habitat flottant pour de nombreuses espèces : poissons, crabes, crevettes ou jeunes tortues y trouvent abri et nourriture. Elles participent aussi à la vie de l’océan, en formant de véritables radeaux biologiques à la surface.
La situation change radicalement lorsqu’elles atteignent les côtes. Une fois échouées, ces algues s’accumulent sur les plages, dans les criques, les ports ou les mangroves. Sous l’effet de la chaleur, elles se décomposent rapidement et dégagent notamment du sulfure d’hydrogène et de l’ammoniac, responsables d’odeurs fortes et de gênes sanitaires possibles. Les autorités guadeloupéennes recommandent d’éviter les zones d’accumulation, de ne pas manipuler les algues et de s’éloigner lorsque l’odeur caractéristique d’œuf pourri devient perceptible.
Pour les habitants des secteurs exposés, le sujet dépasse largement la gêne touristique. Les échouages peuvent perturber la pêche, compliquer la navigation côtière, dégrader les eaux littorales, affecter les plages et rendre certains sites difficiles à vivre au quotidien. En Guadeloupe, plusieurs épisodes récents ont déjà conduit à une vigilance sanitaire sur des zones touchées par les émanations liées à la décomposition des algues.
Pourquoi les sargasses prolifèrent autant ?
Les chercheurs avancent plusieurs facteurs pour expliquer cette explosion des sargasses dans l’Atlantique tropical. Les eaux chaudes, l’ensoleillement, les apports en nutriments venus des grands fleuves comme l’Amazone ou le Congo, les poussières sahariennes et certains phénomènes d’upwelling peuvent favoriser leur croissance. Les activités humaines, notamment la déforestation et l’usage d’engrais dans certains bassins versants, pourraient également contribuer à enrichir l’océan en nutriments.
Il ne s’agit donc pas d’un simple épisode isolé. Depuis plus de 10 ans, les scientifiques observent une installation durable du phénomène dans l’Atlantique tropical. Les causes précises restent complexes, car elles mêlent circulation océanique, vents, température de l’eau, disponibilité des nutriments et variabilité climatique. Mais une chose semble désormais claire : les sargasses font partie des grands défis environnementaux de la Caraïbe.
Une saison 2026 sous surveillance
Les prochaines semaines seront scrutées de près. D’après le Sargassum Tracker relayant les données scientifiques, les quantités devraient encore augmenter en juin dans la plupart des régions, avec des échouages appelés à se poursuivre, voire à s’intensifier, autour de la Caraïbe et du sud-est des États-Unis. L’année 2026 est déjà considérée comme une année majeure pour les sargasses, avec la possibilité d’un record d’ici l’été.
Pour les Antilles, l’enjeu est donc double : anticiper les arrivées pour limiter les accumulations à terre, tout en développant des solutions de collecte et de valorisation capables de répondre à des volumes parfois considérables. Car face à ces radeaux bruns venus du large, l’urgence n’est plus seulement de nettoyer les plages. Elle est aussi de comprendre un phénomène océanique devenu récurrent, massif et profondément révélateur des déséquilibres qui traversent l’Atlantique tropical.
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