
Ce mardi 16 juin à 8 h 09, Élodie Bonafous a coupé la ligne d'arrivée de la Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne en quatrième position. Le classement retiendra ce chiffre. Sa course, elle, raconte bien davantage. Car pendant plus de huit jours, la skipper d’Association Petits Princes – Quéguiner a été l'une des grandes animatrices de cette troisième édition. Elle a navigué aux avant-postes, affronté les mers du Grand Nord et franchi le cercle polaire arctique. Elle y a surtout confirmé ce qui fait déjà sa marque de fabrique : une remarquable capacité à élever son niveau lorsque les conditions se durcissent, mais aussi à assumer pleinement ses choix lorsque la course exige d'oser. Une pénalité de douze heures est venue bouleverser l'issue sportive de son aventure. Elle n'efface pourtant rien de la prestation réalisée.
Toujours dans le groupe de tête
Dès les premiers milles, Élodie Bonafous a donné le ton. À bord d'Association Petits Princes – Quéguiner, elle s'est rapidement installée parmi les premiers et n'a pratiquement jamais quitté les avant-postes. Des dépressions de la mer Celtique aux longs bords de retour vers les Sables d'Olonne, elle a constamment répondu présente. Mieux encore, elle a semblé s’épanouir dans cette course aussi physique qu'exigeante. « Même dans les moments les plus difficiles, même lorsque ça tapait très fort, j'avais le sourire », raconte-t-elle. « J'avais confiance dans mon bateau. Je savais que je pouvais pousser. Ça allait vite, ça volait, et je prenais énormément de plaisir. » Cette sérénité à bord lui a permis d'assumer pleinement ses choix stratégiques. Lorsque s'est présentée l'option du canal du Nord, entre l'Irlande et la Grande-Bretagne, là où plusieurs de ses concurrents ont préféré contourner l'obstacle par l'ouest, estimant le passage trop complexe, Élodie a choisi de s'y engager. Un pari ambitieux. Un pari payant, dans un premier temps. Cette trajectoire lui permet de reprendre la deuxième place et de revenir à portée de Sam Goodchild, alors solide leader de l'épreuve. À ce moment-là, la Bretonne confirme surtout qu'elle possède toutes les qualités pour rivaliser durablement aux avant-postes de la course.
Le coup d'arrêt
Puis survient l'épisode qui va profondément marquer sa fin de course. En entrant dans le DST North Channel, une zone de séparation du trafic interdite par les instructions de course, Élodie Bonafous s'expose à une procédure du jury international. Après instruction du dossier, celui-ci décide de lui infliger une pénalité de douze heures à effectuer sur l'eau. Pour la navigatrice, le choc est immense. « Quand j'ai découvert la sanction, cela a été un choc énorme », confie-t-elle. « J'étais persuadée de mon interprétation des instructions de course et je n'ai jamais imaginé être en infraction. » Suivent alors des heures particulièrement éprouvantes. « Toute la tension accumulée pendant huit jours est retombée d'un coup. J'étais épuisée. Je m'endormais, je me réveillais, j'avais l'impression d'être dans une sorte de mauvais rêve. Honnêtement, je ne me souviens même pas de ces douze heures avec beaucoup de précision tellement j'étais sonnée. » Le plus difficile n'est pas seulement l'arrêt lui-même. C'est aussi de voir s'éloigner une bataille sportive qu'elle avait contribué à construire. « Quand j'ai vu que j'étais revenue au niveau des autres avant de devoir m'arrêter, ça a été très dur à accepter. J'avais vraiment l'impression qu'une belle explication sportive m'échappait au dernier moment. »
Repartir et terminer en attaquant
Beaucoup auraient eu du mal à retrouver l'énergie nécessaire pour repartir. Élodie, elle, refuse de baisser les bras, à l'image des enfants malades suivis par l'Association Petits Princes. « Quand j'ai pu reprendre le fil de la course, il a fallu remettre la machine en route. J'ai pensé aux petits princes et petites princesses que l'association accompagne et je me suis accrochée à un nouvel objectif : revenir sur Francesca (Clapcich). J'avais besoin de terminer sur quelque chose de positif. » Alors elle repart à l'attaque. Malgré la fatigue, malgré la déception encore vive, malgré les heures perdues, elle retrouve le rythme de la compétition et finit par reprendre l'avantage sur la skipper de 11th Hour Racing dans les derniers milles pour sécuriser la quatrième place. Une ultime bataille qui ne gomme pas totalement la frustration mais qui illustre parfaitement son tempérament. « J'avais énormément de frustration en moi. Alors réussir à gagner cette dernière petite bataille me fait quand même plaisir. »
Le Grand Nord comme révélateur
Au-delà du classement, cette Vendée Arctique restera comme une formidable source d'enseignements. La plus intense de sa jeune carrière. « Je crois sincèrement que c'est la course la plus intense que j'aie jamais disputée. On a tout connu en huit jours : du vent, de la pétole, de la mer, du froid, des moments magnifiques et d'autres beaucoup plus exigeants. Le rythme n'a jamais ralenti. J'ai eu l'impression de manœuvrer mon IMOCA comme un petit bateau tant les changements de voiles et les ajustements se sont enchaînés. » Elle restera aussi comme une aventure profondément humaine. Il y a eu les lumières du Nord, les longues journées sans véritable nuit, l'humidité omniprésente, cette « essoreuse à 1 400 tours » comme elle surnommait parfois son IMOCA dans les mers les plus agitées. Cette course s'est également déroulée dans un contexte particulier. Le bateau qu'elle mène aujourd'hui est le sistership de MACIF Santé Prévoyance, celui avec lequel Charlie Dalin avait remporté le Vendée Globe. Disparu alors qu'elle se trouvait en mer, le navigateur n'était jamais très loin. « Je dois beaucoup à Charlie. Sans lui, je n'aurais pas eu la chance de naviguer sur un bateau aussi performant, aussi sain et aussi agréable à mener. J'ai souvent pensé à lui ces derniers jours. » Et puis il y a eu l'Islande. « J'ai même versé une petite larme en découvrant les sommets enneigés islandais. Il y a eu beaucoup d'émotions pendant cette course. Tout était décuplé. » Comme les sept autres marins ayant bouclé le parcours, Élodie Bonafous fait désormais partie du club très fermé des navigateurs ayant franchi le cercle polaire arctique en solitaire à bord d'un IMOCA en course. Une première dans l'histoire de la course au large.
Une quatrième place qui raconte davantage
La frustration est encore présente. Elle le restera sans doute quelque temps. Mais lorsque les émotions se seront apaisées, il restera l'essentiel. Une navigatrice qui a passé la majeure partie de la course aux avant-postes. Un bateau revenu aux Sables d'Olonne en excellent état. Une expérience fondatrice dans la perspective du Vendée Globe. Et surtout la confirmation d'une trajectoire ascendante déjà observée depuis plusieurs saisons. « J'ai passé une grande partie de la course dans le groupe de tête, souvent en deuxième position. C'est probablement encore mieux que ce que j'espérais au départ. J'ai énormément appris et je sais que cette course va compter dans ma préparation au tour du monde. » Le classement affichera une quatrième place. Ceux qui ont suivi cette Vendée Arctique retiendront surtout autre chose : pendant huit jours et demi, Élodie Bonafous a navigué avec audace, lucidité et détermination dans l'un des terrains de jeu les plus exigeants qu'ait jamais proposé la classe IMOCA. Une course qui vaut bien davantage que ce que raconte le classement.
Les chiffres clés
Arrivée le 16 juin 2026 à 08:09:59 FR
Temps de course : 8j 19h 07min 59s
Écart au premier : 05h 02min 09s
Écart au précédent : 02h 46min 06s
Distance parcourue : 3303.31 nm
Vitesse moyenne : 15.6 nds
vous recommande