Élodie Bonafous, plus forte que les circonstances

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

© Jean-Louis Carli - polaRYSE / Nefsea / SAEM Vendée

Ce mardi 16 juin à 8 h 09, Élodie Bonafous a coupé la ligne d'arrivée de la Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne en quatrième position. Le classement retiendra ce chiffre. Sa course, elle, raconte bien davantage. Car pendant plus de huit jours, la skipper d’Association Petits Princes – Quéguiner a été l'une des grandes animatrices de cette troisième édition. Elle a navigué aux avant-postes, affronté les mers du Grand Nord et franchi le cercle polaire arctique. Elle y a surtout confirmé ce qui fait déjà sa marque de fabrique : une remarquable capacité à élever son niveau lorsque les conditions se durcissent, mais aussi à assumer pleinement ses choix lorsque la course exige d'oser. Une pénalité de douze heures est venue bouleverser l'issue sportive de son aventure. Elle n'efface pourtant rien de la prestation réalisée.

Toujours dans le groupe de tête

Dès les premiers milles, Élodie Bonafous a donné le ton. À bord d'Association Petits Princes – Quéguiner, elle s'est rapidement installée parmi les premiers et n'a pratiquement jamais quitté les avant-postes. Des dépressions de la mer Celtique aux longs bords de retour vers les Sables d'Olonne, elle a constamment répondu présente. Mieux encore, elle a semblé s’épanouir dans cette course aussi physique qu'exigeante. « Même dans les moments les plus difficiles, même lorsque ça tapait très fort, j'avais le sourire », raconte-t-elle. « J'avais confiance dans mon bateau. Je savais que je pouvais pousser. Ça allait vite, ça volait, et je prenais énormément de plaisir. » Cette sérénité à bord lui a permis d'assumer pleinement ses choix stratégiques. Lorsque s'est présentée l'option du canal du Nord, entre l'Irlande et la Grande-Bretagne, là où plusieurs de ses concurrents ont préféré contourner l'obstacle par l'ouest, estimant le passage trop complexe, Élodie a choisi de s'y engager. Un pari ambitieux. Un pari payant, dans un premier temps. Cette trajectoire lui permet de reprendre la deuxième place et de revenir à portée de Sam Goodchild, alors solide leader de l'épreuve. À ce moment-là, la Bretonne confirme surtout qu'elle possède toutes les qualités pour rivaliser durablement aux avant-postes de la course.

Le coup d'arrêt

Puis survient l'épisode qui va profondément marquer sa fin de course. En entrant dans le DST North Channel, une zone de séparation du trafic interdite par les instructions de course, Élodie Bonafous s'expose à une procédure du jury international. Après instruction du dossier, celui-ci décide de lui infliger une pénalité de douze heures à effectuer sur l'eau. Pour la navigatrice, le choc est immense. « Quand j'ai découvert la sanction, cela a été un choc énorme », confie-t-elle. « J'étais persuadée de mon interprétation des instructions de course et je n'ai jamais imaginé être en infraction. » Suivent alors des heures particulièrement éprouvantes. « Toute la tension accumulée pendant huit jours est retombée d'un coup. J'étais épuisée. Je m'endormais, je me réveillais, j'avais l'impression d'être dans une sorte de mauvais rêve. Honnêtement, je ne me souviens même pas de ces douze heures avec beaucoup de précision tellement j'étais sonnée. » Le plus difficile n'est pas seulement l'arrêt lui-même. C'est aussi de voir s'éloigner une bataille sportive qu'elle avait contribué à construire. « Quand j'ai vu que j'étais revenue au niveau des autres avant de devoir m'arrêter, ça a été très dur à accepter. J'avais vraiment l'impression qu'une belle explication sportive m'échappait au dernier moment. »

Repartir et terminer en attaquant

Beaucoup auraient eu du mal à retrouver l'énergie nécessaire pour repartir. Élodie, elle, refuse de baisser les bras, à l'image des enfants malades suivis par l'Association Petits Princes. « Quand j'ai pu reprendre le fil de la course, il a fallu remettre la machine en route. J'ai pensé aux petits princes et petites princesses que l'association accompagne et je me suis accrochée à un nouvel objectif : revenir sur Francesca (Clapcich). J'avais besoin de terminer sur quelque chose de positif. » Alors elle repart à l'attaque. Malgré la fatigue, malgré la déception encore vive, malgré les heures perdues, elle retrouve le rythme de la compétition et finit par reprendre l'avantage sur la skipper de 11th Hour Racing dans les derniers milles pour sécuriser la quatrième place. Une ultime bataille qui ne gomme pas totalement la frustration mais qui illustre parfaitement son tempérament. « J'avais énormément de frustration en moi. Alors réussir à gagner cette dernière petite bataille me fait quand même plaisir. »

Le Grand Nord comme révélateur

Au-delà du classement, cette Vendée Arctique restera comme une formidable source d'enseignements. La plus intense de sa jeune carrière. « Je crois sincèrement que c'est la course la plus intense que j'aie jamais disputée. On a tout connu en huit jours : du vent, de la pétole, de la mer, du froid, des moments magnifiques et d'autres beaucoup plus exigeants. Le rythme n'a jamais ralenti. J'ai eu l'impression de manœuvrer mon IMOCA comme un petit bateau tant les changements de voiles et les ajustements se sont enchaînés. »  Elle restera aussi comme une aventure profondément humaine. Il y a eu les lumières du Nord, les longues journées sans véritable nuit, l'humidité omniprésente, cette « essoreuse à 1 400 tours » comme elle surnommait parfois son IMOCA dans les mers les plus agitées. Cette course s'est également déroulée dans un contexte particulier. Le bateau qu'elle mène aujourd'hui est le sistership de MACIF Santé Prévoyance, celui avec lequel Charlie Dalin avait remporté le Vendée Globe. Disparu alors qu'elle se trouvait en mer, le navigateur n'était jamais très loin. « Je dois beaucoup à Charlie. Sans lui, je n'aurais pas eu la chance de naviguer sur un bateau aussi performant, aussi sain et aussi agréable à mener. J'ai souvent pensé à lui ces derniers jours. » Et puis il y a eu l'Islande. « J'ai même versé une petite larme en découvrant les sommets enneigés islandais. Il y a eu beaucoup d'émotions pendant cette course. Tout était décuplé. » Comme les sept autres marins ayant bouclé le parcours, Élodie Bonafous fait désormais partie du club très fermé des navigateurs ayant franchi le cercle polaire arctique en solitaire à bord d'un IMOCA en course. Une première dans l'histoire de la course au large.

Une quatrième place qui raconte davantage

La frustration est encore présente. Elle le restera sans doute quelque temps. Mais lorsque les émotions se seront apaisées, il restera l'essentiel. Une navigatrice qui a passé la majeure partie de la course aux avant-postes. Un bateau revenu aux Sables d'Olonne en excellent état. Une expérience fondatrice dans la perspective du Vendée Globe. Et surtout la confirmation d'une trajectoire ascendante déjà observée depuis plusieurs saisons. « J'ai passé une grande partie de la course dans le groupe de tête, souvent en deuxième position. C'est probablement encore mieux que ce que j'espérais au départ. J'ai énormément appris et je sais que cette course va compter dans ma préparation au tour du monde. » Le classement affichera une quatrième place. Ceux qui ont suivi cette Vendée Arctique retiendront surtout autre chose : pendant huit jours et demi, Élodie Bonafous a navigué avec audace, lucidité et détermination dans l'un des terrains de jeu les plus exigeants qu'ait jamais proposé la classe IMOCA. Une course qui vaut bien davantage que ce que raconte le classement.

Les chiffres clés
Arrivée le 16 juin 2026 à 08:09:59 FR
Temps de course : 8j 19h 07min 59s
Écart au premier : 05h 02min 09s
Écart au précédent : 02h 46min 06s
Distance parcourue : 3303.31 nm
Vitesse moyenne : 15.6 nds

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.