Dans l’Atlantique, la “Cité perdue” qui intrigue les chercheurs sur les origines de la vie

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

 

À plus de 700 mètres sous la surface de l’océan Atlantique, un paysage irréel se dresse dans l’obscurité : des tours blanches de carbonate, des cheminées hydrothermales, des gaz riches en hydrogène et en méthane, et une vie capable de prospérer sans lumière. Baptisé “Lost City”, ce site sous-marin fascine les scientifiques depuis sa découverte en 2000, car il pourrait éclairer l’une des plus grandes questions de la science : comment la vie est-elle apparue sur Terre ?

À première vue, le nom semble tout droit sorti d’un roman d’aventure. Pourtant, la “Cité perdue” existe bel et bien. Situé dans l’Atlantique, près du massif sous-marin Atlantis et de la dorsale médio-atlantique, ce champ hydrothermal forme un décor spectaculaire, composé de cheminées minérales qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres de haut. La plus célèbre d’entre elles, baptisée Poséidon, dépasse les 60 mètres. Dans le noir absolu des profondeurs, ces structures blanches, couleur crème ou gris pâle, ressemblent à des tours calcaires dressées sur le plancher océanique.

Mais il ne s’agit pas d’une ville engloutie. Lost City est un champ hydrothermal, c’est-à-dire une zone où des fluides chauds remontent depuis les roches profondes et jaillissent dans l’eau froide de l’océan. Sa particularité est de ne pas fonctionner comme les célèbres “fumeurs noirs”, ces cheminées volcaniques très chaudes découvertes dans les années 1970.

Un fonctionnement très différent des fumeurs noirs

Les fumeurs noirs tirent leur énergie de la chaleur du magma. Leurs fluides peuvent atteindre des températures extrêmes et se chargent en minéraux sombres, riches en fer et en sulfures. Lost City, elle, repose sur un autre mécanisme. Ici, ce n’est pas le magma qui joue le rôle principal, mais une réaction chimique entre l’eau de mer et les roches du manteau terrestre. Cette réaction, appelée serpentinisation, transforme les minéraux et libère notamment de l’hydrogène et du méthane.

Les fluides qui s’échappent de Lost City sont beaucoup moins brûlants que ceux des fumeurs noirs, mais ils sont très alcalins et riches en composés chimiques essentiels. C’est précisément cette chimie qui intrigue les chercheurs. À 700 mètres de profondeur, la lumière du soleil ne pénètre plus. Impossible donc, pour les organismes qui vivent là, de dépendre directement de la photosynthèse. Pourtant, Lost City n’est pas un désert biologique.

Des communautés microbiennes se développent dans les cheminées et autour des fluides hydrothermaux. Elles exploitent l’énergie disponible dans les molécules produites par la serpentinisation, notamment l’hydrogène et le méthane. Ce mode de vie repose sur la chimiosynthèse : au lieu d’utiliser la lumière, certains organismes tirent leur énergie de réactions chimiques. Ce point est essentiel. Il montre que la vie peut s’organiser dans des environnements très éloignés de ceux que l’on considère habituellement comme favorables. Pas besoin de soleil, pas besoin de surface, pas besoin de végétation : dans les profondeurs, la chimie suffit à alimenter tout un écosystème.

Pourquoi Lost City parle des origines de la vie

Si la Cité perdue passionne autant les scientifiques, ce n’est pas seulement pour son apparence spectaculaire. C’est parce que son fonctionnement pourrait ressembler à certains environnements présents sur la jeune Terre, il y a plusieurs milliards d’années. Les premières formes de vie ont dû apparaître dans un monde très différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. L’atmosphère, les océans, la température et la chimie de la planète n’étaient pas les mêmes. Dans ce contexte, les sources hydrothermales alcalines comme Lost City offrent un modèle fascinant.

Elles réunissent plusieurs éléments clés : de l’eau liquide, des gradients chimiques, des minéraux capables de servir de support aux réactions, et des molécules carbonées pouvant entrer dans la composition du vivant. Les scientifiques ne disent pas que la vie est forcément née à Lost City, bien sûr. Le site actuel est trop récent à l’échelle de l’histoire de la Terre. Mais il pourrait fournir un équivalent moderne d’un environnement primitif. En clair, Lost City agit comme une fenêtre ouverte sur des processus anciens. Elle permet d’observer aujourd’hui des réactions chimiques qui auraient pu jouer un rôle dans l’émergence des premières formes de vie.

Des briques du vivant produites sans organisme

L’un des aspects les plus frappants de Lost City est la production de molécules carbonées sans intervention biologique directe. Des hydrocarbures peuvent y être formés par des réactions entre l’eau de mer et les roches profondes, sans lumière et sans matière organique venue de la surface. Ces molécules ne sont pas de la vie. Mais elles appartiennent à la grande famille des composés qui peuvent intervenir dans la chimie du vivant. C’est là que le site devient particulièrement intéressant : il montre que certains ingrédients de base peuvent apparaître dans des conditions naturelles, au fond de l’océan, simplement grâce à la géologie et à la chimie.

Cette idée renforce l’hypothèse selon laquelle la vie aurait pu émerger dans des environnements hydrothermaux, là où l’énergie, les minéraux et les molécules nécessaires étaient réunis au même endroit.

Un intérêt qui dépasse la Terre

Lost City ne passionne pas seulement les biologistes et les géologues. Elle intéresse aussi les spécialistes de l’exobiologie, c’est-à-dire la recherche de formes de vie possibles ailleurs dans l’Univers. Pourquoi ? Parce que des environnements comparables pourraient exister, ou avoir existé, sur d’autres mondes. Mars a conservé des traces d’eau ancienne et certaines lunes glacées, comme Europe autour de Jupiter ou Encelade autour de Saturne, pourraient abriter des océans sous leur croûte de glace.

Si de l’eau liquide entre en contact avec des roches profondes, des réactions proches de la serpentinisation pourraient produire de l’hydrogène et nourrir une chimie favorable à la vie. Lost City devient donc un modèle précieux pour imaginer ce que l’on pourrait rechercher ailleurs : non pas des paysages lumineux et accueillants, mais des systèmes chimiques capables d’alimenter une vie microbienne dans l’obscurité.

Un monde fragile, encore peu exploré

Malgré son importance scientifique, la Cité perdue reste difficile à étudier. Les grandes profondeurs imposent des moyens techniques lourds : robots sous-marins, submersibles, navires océanographiques, capteurs spécialisés. Chaque mission représente un défi logistique et financier. Ce site rappelle aussi à quel point les fonds océaniques demeurent méconnus. Une grande partie du plancher océanique reste encore mal cartographiée, et de nombreux écosystèmes profonds pourraient exister sans avoir jamais été observés.

Cette ignorance pose une question de protection. Alors que les grands fonds attirent de plus en plus l’attention pour leurs ressources minérales, les scientifiques insistent sur la nécessité de mieux connaître ces milieux avant d’envisager toute exploitation. Lost City n’est pas seulement un laboratoire naturel : c’est aussi un patrimoine scientifique et écologique exceptionnel.

Une énigme au cœur de l’océan

À plus de 700 mètres de profondeur, Lost City montre que les océans ne sont pas seulement des masses d’eau. Ils sont aussi des machines chimiques, des archives de la Terre et peut-être des clés pour comprendre nos origines. Sous ses cheminées blanches, ce champ hydrothermal raconte une histoire vertigineuse : celle d’une vie possible sans lumière, nourrie par la roche, l’eau et la chimie. Il ne donne pas encore toutes les réponses sur l’apparition du vivant, mais il oblige à regarder les profondeurs autrement.

Dans l’obscurité de l’Atlantique, la “Cité perdue” n’a peut-être jamais été aussi précieuse : elle rappelle que les plus grandes découvertes ne se trouvent pas toujours au-dessus de nos têtes, mais parfois très loin sous la surface, là où l’océan garde encore ses secrets les plus anciens.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.
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