
"J'ai trouvé une dent!", s'écrie Aleksandar Denkov en montrant un fragment d'os jaunâtre qui affleure dans le sable près de Ryahovo, dans le nord de la Bulgarie. Photographe amateur de 30 ans, il est venu ce jour de fin août avec un espoir bien précis: trouver un mammouth. Ou plutôt des traces de ce pachyderme disparu depuis des milliers d'années.
Autour de lui, une vingtaine d'autres personnes, enfants, adolescents et adultes, scrutent le lit du Danube, dont le niveau a atteint des seuils exceptionnellement bas après une période prolongée de sécheresse et de fortes chaleurs en Europe.
La prospection est organisée par le Musée régional d'histoire de Roussé, en raison du déchainement d'intérêt provoqué par la découverte fortuite fin juillet d'ossements de mammouth dans une portion à sec du fleuve.
La première trouvaille du groupe, une dent de mammifère, est photographiée, numérotée puis soigneusement placée dans un sachet scellé pour être examinée ultérieurement. A première vue, rien d'exceptionnel.
"Après la découverte du mammouth, j'ai commencé à recevoir des dizaines d'appels de gens qui me racontaient ce qu'ils avaient trouvé", explique Krassimir Kirov, responsable de l'écomusée de Roussé qui a identifié les ossements.
"Nous avons donc décidé d'organiser cette prospection pour apprendre aux gens à reconnaître les différentes trouvailles (...) et leur donner des conseils de sécurité", explique-t-il à l'AFP.
Annoncée sur les réseaux sociaux, l'initiative suscite rapidement un vif intérêt et les demandes affluent déjà pour une prochaine sortie.
La recherche commence par quelques consignes : les volontaires doivent avancer en ligne et, si quelqu'un repère quelque chose, lever la main afin que tout le groupe s'arrête. Surtout, ne pas toucher aux objets métalliques, qui pourraient être des munitions ou des explosifs.
Mais à peine la marche commencée, la ligne se disloque: l'enthousiasme l'emporte sur la discipline.
"Venus pour l'aventure"
"C'est une occasion très rare de se sentir aussi proche de l'Histoire", sourit Ekaterina Yordanova, psychologue de 34 ans.
"Voir le Danube dans cet état est inquiétant, mais cela nous donne aussi la possibilité de découvrir de nouvelles choses", ajoute-t-elle.
"Pour être franc, nous n'avions pas de grandes attentes, mais nous avons quand même trouvé un os fossilisé", raconte Vladimir Tsvyatkov, un entrepreneur 44 ans, venu avec sa femme et leurs deux enfants. "Nous sommes surtout venus pour l'aventure, pas vraiment pour trouver des dinosaures ou des mammouths. Mais on garde toujours un peu d'espoir".
Lui qui a grandi au bord du fleuve assure n'avoir "jamais vu le Danube aussi asséché".
"On espère trouver un mammouth", lance en riant Milen Angelov, étudiant en géodésie de 19 ans, venu avec des amis.
"Nous avons un chalet un peu plus en aval et on nous a raconté qu'en 1966, des défenses de mammouth avaient été trouvées là-bas."
"Beaucoup de pierres sont apparues et nous avons trouvé toutes sortes de choses. Moi, j'ai même trouvé une ancre artisanale", s'enthousiasme-t-il.
La quête dure deux heures et demie. Certains volontaires en profitent pour nettoyer les berges, remplissant des sacs de vestiges nettement plus récents: bouteilles en plastique, verre et autres déchets.
Un enfant, lui, a fini par perdre tout intérêt pour les fossiles. Armé du téléphone de sa mère, il cherche désormais des Pokémon.
Au terme de la prospection, Krassimir Kirov fait l'inventaire des trouvailles les plus intéressantes: des restes d'un mammifère, "probablement un aurochs ou un bison d'Europe", une mandibule de cheval à l'état de subfossile et un ensemble d'huîtres fossilisées datant d'environ 60 à 65 millions d'années.
La baisse exceptionnelle des eaux du Danube, qui a entraîné des restrictions d'eau dans certains des pays qu'il traverse et l'arrêt de l'unique centrale nucléaire roumaine, a fait surgir d'autres vestiges.
En Autriche, près d'Ardagger, deux épaves de navires de guerre allemands de la Seconde Guerre mondiale dépassent à nouveau des eaux.
En Serbie, près de Prahovo, des épaves de navires allemands sont également réapparues, parmi des dizaines sabordés par les forces nazies en retraite en 1944.
En Hongrie, à Budapest, les dépouilles de deux soldats allemands ont été retrouvées.
Cette sécheresse a aussi permis aux archéologues du Musée régional d'histoire bulgare de Pleven de documenter les fondations du pont romain long de plus de 2 kilomètres, qui reliait Oescus à Sucidava, dans l'actuelle Roumanie. L'ouvrage avait été inauguré sous l'empereur Constantin Ier en 328.
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