Figure majeure du nautisme français, Jean-Pierre Jouët est décédé. Constructeur naval, entrepreneur et homme de salons, il avait notamment participé à la création, au début des années 1960, du rendez-vous nautique parisien qui allait devenir pendant des décennies la grande vitrine de la plaisance française.
C’est une page de l’histoire du nautisme français qui se tourne. Le Paris Nautic Show a annoncé ce lundi 14 septembre la disparition de Jean-Pierre Jouët, l’un des hommes qui ont accompagné l’essor de la plaisance en France et profondément marqué l’histoire du Salon nautique de Paris. Son parcours est d’abord indissociable d’un grand nom de la construction navale française. Fils de Paul Jouët, Jean-Pierre Jouët reprend au début des années 1950 les destinées des célèbres chantiers Jouët de Sartrouville, sur les bords de Seine. Une entreprise alors réputée pour la qualité de ses constructions et le savoir-faire de ses compagnons, au point d'avoir parfois été surnommée le « Dior de la construction navale ».
Jean-Pierre Jouët arrive aux commandes à un moment charnière. La plaisance française change d'échelle, de nouveaux matériaux apparaissent et la pratique de la voile commence progressivement à toucher un public beaucoup plus large. Les chantiers de Sartrouville participent à cette évolution, notamment avec le Golif, petit voilier qui rencontrera un important succès au début des années 1960.
Aux origines du grand rendez-vous nautique parisien
Mais Jean-Pierre Jouët va également laisser son empreinte bien au-delà de la construction des bateaux. En 1962, alors âgé d'une trentaine d'années, il fait partie des acteurs qui participent à la création au CNIT de La Défense d'un nouveau Salon de la Navigation de Plaisance. L'objectif est alors de donner davantage de place à une industrie et à une pratique en plein essor. Aux côtés notamment de Pierre Lavat, Jacques Derkenne et Paul Jacob, Jean-Pierre Jouët contribue ainsi à poser les fondations de ce qui deviendra l'un des grands rendez-vous nautiques internationaux.
Cette aventure accompagne également la structuration de toute une profession. Le groupe à l'origine du salon participe à la création du Syndicat National des Constructeurs et Négociants en Matériel de Navigation et de Plaisance, qui deviendra en 1964 la Fédération des Industries Nautiques.
Cette même année, le nouveau rendez-vous fusionne avec le salon nautique historique. Au fil des décennies, l'événement prend une ampleur considérable et devient une vitrine incontournable pour les chantiers, équipementiers et professionnels de la plaisance. Jean-Pierre Jouët en est président de 1962 à 1970, avant de retrouver plus tard son organisation et d'en devenir commissaire général jusqu'au milieu des années 1990. Plus de soixante ans après cette aventure fondatrice, le Paris Nautic Show souligne que son nom restera profondément attaché à l'histoire du salon.
Bien au-delà du nautisme
Jean-Pierre Jouët ne s'est toutefois pas limité à l'univers maritime. Après avoir cédé les chantiers familiaux, il fonde OIP et développe une activité d'organisation de grands salons. Son parcours va alors croiser des événements devenus eux-mêmes des institutions. La FIAC, le Salon du Livre, Rétromobile, Musicora ou encore Expolangues figurent parmi les manifestations qu'OIP a contribué à organiser ou à concevoir. Il vendra finalement l'entreprise à Reed Exhibitions en 1994.
Malgré cette nouvelle carrière, le lien avec la mer et le patrimoine nautique ne disparaîtra jamais vraiment.
En 2015, Jean-Pierre Jouët revient ainsi sous les projecteurs du Nautic autour de l’Aimée Hilda, ancien canot de sauvetage construit en 1949 dans les ateliers Jouët de Sartrouville. Après avoir retrouvé le bateau et navigué à son bord, il avait souhaité le faire revenir sur le site de son ancien chantier avant de le présenter au Salon nautique de Paris. Une manière, plusieurs décennies plus tard, de faire dialoguer l'histoire de la construction navale avec celle du salon qu'il avait contribué à faire naître.
Une figure de l'histoire de la plaisance française
Constructeur, organisateur et défenseur du patrimoine maritime, Jean-Pierre Jouët aura ainsi traversé plusieurs grandes périodes de la plaisance française : celle des chantiers traditionnels, celle de sa démocratisation à partir des années 1960, puis celle de la professionnalisation et de l'internationalisation de toute une industrie.
Sa disparition intervient alors que le rendez-vous nautique parisien, désormais incarné par le Paris Nautic Show, a retrouvé le chemin du Bourget et s'apprête à tenir sa deuxième édition du 25 au 29 novembre 2026. Une continuité qui donne une résonance particulière à la disparition de l'un de ceux qui avaient participé, plus de six décennies auparavant, à écrire les premières pages de cette histoire.
Toute l'équipe de Figaro Nautisme adresse ses pensées les plus sincères à la famille de Jean-Pierre Jouët, à ses proches ainsi qu'à tous ceux qui ont partagé avec lui sa passion pour la mer et le nautisme.
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