Elodie Bonafous : du rythme, des repères et du travail

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

© Manon Le Guen

Elle voulait des manœuvres, de l’intensité et une vraie dose de compétition. Elle a été servie. Ce samedi, peu avant 14 heures, Élodie Bonafous a bouclé les 550 milles des 48 Heures du Défi Azimut – Lorient Agglomération en sixième position, après 1 jour, 22 heures et 26 minutes d’une course menée tambour battant dans le nord du golfe de Gascogne, entre l’estuaire de la Gironde et la pointe Bretagne. Avec seulement quelques heures de navigation au compteur depuis la remise à l’eau de son IMOCA Association Petits Princes – Quéguiner, à l’issue de son chantier estival, la navigatrice savait qu’elle devrait retrouver certains automatismes en chemin et composer avec quelques réglages encore à affiner. Un problème d’aérien survenu peu après le départ l’a rapidement séparée du groupe de tête, mais la suite lui a offert exactement ce qu’elle était venue chercher : de la vitesse, des changements de rythme, une multitude de manœuvres et quelques casse-têtes stratégiques. De quoi franchir la ligne épuisée, légèrement frustrée de n’avoir pu rester davantage au contact des premiers, mais avec le sentiment d’avoir pleinement exploité ces 46 heures. À six semaines de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, la machine est bel et bien relancée.

 

Quarante-six heures pour tout rallumer

« Une étape de Solitaire du Figaro en IMOCA : c’était exactement ça ! » À l’arrivée, Élodie Bonafous ne cherchait pas longtemps la comparaison. Il faut dire que le menu a eu de quoi réveiller les organismes. Depuis la remise à l’eau de son bateau à l’issue du chantier estival, la skipper n’avait que très peu navigué. Avec quelques détails techniques encore à régler et de nouvelles voiles à découvrir, elle savait donc qu’elle abordait ces 48 Heures avec moins de repères qu’elle ne l’aurait souhaité. Elle avait pris soin, avant même le départ, de remettre ses ambitions immédiates à leur juste place. « Je me suis dit : relativise et ne t’enflamme pas sur ce que tu vises. L’objectif était vraiment de remettre le bateau en route. Et vu le rythme et le nombre de manœuvres, ça a été un énorme entraînement. » « La reprise pique ! Il y a plein de petits automatismes à retrouver. Certaines choses demandent un peu plus d’énergie, certaines astuces ou certains réflexes ne reviennent pas immédiatement. Repasser par tout ça fait énormément de bien. » La dernière matinée en a fourni une illustration assez radicale. À l’approche de la Bretagne, pas question d’attendre tranquillement la ligne. « J’ai manœuvré non-stop. Je roulais, je déroulais, je changeais de voile… vraiment en mode Solitaire du Figaro ! À la fin, j’étais éclatée, mais je me disais : ce n’est pas grave, tu arrives tout à l’heure, alors continue. C’est exactement pour ça qu’on vient faire ces courses. » Et au milieu de cette débauche d’énergie, il y a aussi eu de vrais moments de plaisir. La Finistérienne retient notamment la descente vers la bouée BXA, au large de l’estuaire de la Gironde. « Ce bord était vraiment génial. Le bateau allait vite, il fallait être constamment dessus et ce sont des conditions que j’adore. » La suite, plus légère et instable, lui a laissé moins de répit qu’espéré. Le sommeil, surtout, s’est fait rare. « Même quand le vent a molli, c’était difficile d’en profiter pour dormir. J’ai très peu dormi. J’espère que je ne vais pas tenir ce rythme-là sur la Route du Rhum, sinon je vais arriver dans un sacré état ! », plaisante-t-elle. Sur un format aussi court et intense, elle pouvait se permettre de puiser profondément dans ses réserves. Sur une transatlantique, l’équation sera évidemment tout autre.

 

Chasser, apprendre, décortiquer

Légèrement décrochée du groupe de tête dans les premières heures, Élodie s’est ensuite retrouvée à courir après. Son problème d’aérien lui a coûté cher au moment où il fallait précisément rester accroché au bon wagon. « Je me suis retrouvée face au vent, en marche arrière, au milieu de tout le monde. J’y ai laissé quelques plumes et, pendant ce temps-là, ça partait devant. » D’autant que le scénario météo n’a guère favorisé les retours : à plusieurs reprises, les premiers ont touché plus tôt la pression ou les nouvelles conditions, accentuant encore l’écart avec ceux qui naviguaient derrière. « Après ça, j’ai cravaché tout du long. Je revenais un peu, puis ça repartait par devant, puis je revenais encore. J’ai vraiment essayé de tout donner pour ne pas me faire trop décrocher. » Une chasse frustrante, mais sans faute majeure ensuite et avec quelques épisodes à décortiquer. Exactement le genre de matière qu’Élodie était venue chercher à Lorient. La baie d’Audierne lui en a offert un exemple presque caricatural. Une voile pas forcément adaptée pour revenir au portant, une situation météo différente de celle anticipée et voilà la trajectoire qui commence à prendre quelques libertés. « Finalement, c’est l’accumulation de tous pleins de détails qui fait de cette course une vraie reprise sur beaucoup de plans. » À six semaines du départ de Saint-Malo, c’était précisément le but. Le Défi Azimut ne ressemblait pas à la transatlantique à venir et ne prétendait pas le faire. Mais en 46 heures, il a comprimé tout ce dont la navigatrice avait besoin pour relancer la machine : la fatigue, la confrontation, les décisions à chaud, les réglages, les manœuvres et cette obligation permanente de rester engagée jusqu’au dernier mille.

 

Un autre rêve à bord

Ce dimanche, il sera encore question de régate, mais pas seulement. Pour le traditionnel Tour de l’île de Groix qui refermera le Défi Azimut – Lorient Agglomération, la Bretonne accueillera à bord d’Association Petits Princes – Quéguiner une adolescente dont le rêve était précisément de naviguer à ses côtés. Accompagnée d’un bénévole de l’association, elle prendra donc part à cette dernière journée. « Elle navigue déjà un peu et, demain, elle va pouvoir découvrir les sensations à bord d’un monocoque de 60 pieds. Ça va être vraiment chouette », se réjouit la skipper. Un moment qui touche directement au cœur du projet solidaire porté aux côtés de l’Association Petits Princes. Depuis 1987, celle-ci réalise les rêves d’enfants et d’adolescents gravement malades pour leur apporter du courage et de l'énergie dans leur combat contre la maladie. Élodie et le Team Quéguiner s’attachent à faire vivre cet engagement au fil de leur aventure sportive, en ouvrant régulièrement leur univers aux enfants accompagnés par l’association. Après 550 milles menés à plein régime, le bateau offrira donc demain à une jeune fille quelques heures au cœur de cet univers qu’elle souhaitait tant découvrir. Parce que les milles parcourus servent aussi à cela.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.