
Un nageur de 63 ans a été tué vendredi 18 septembre par un grand requin blanc au large de Perth, en Australie-Occidentale. Face aux circonstances particulièrement violentes de l’attaque, les autorités ont pris une décision rarissime : autoriser la capture et l’abattage du requin. Une mesure qui n’avait plus été prise depuis une dizaine d’années dans cet État australien. La baignade a viré au drame en quelques instants.
Vendredi matin, Greg O’Neill nage avec un ami au large de Sorrento Beach, une plage très fréquentée située dans la banlieue nord de Perth. Les deux hommes évoluent encore à proximité du rivage lorsque l’un d’eux est attaqué par un requin. Des témoins racontent avoir vu le nageur être entraîné à plusieurs reprises sous la surface avant de disparaître. Son compagnon parvient, lui, à rejoindre la plage. Très rapidement, la police, les secours maritimes et des moyens aériens sont mobilisés. Une vaste opération de recherche est lancée le long de la côte, mais le corps de Greg O’Neill n’a pas été retrouvé.
Un grand requin blanc d’environ trois mètres
Les autorités australiennes soupçonnent rapidement un grand requin blanc d’environ trois mètres. L’animal aurait été aperçu et formellement identifié peu après l’attaque par la police maritime, avant d’être perdu de vue. Cette observation joue un rôle déterminant dans la décision prise le lendemain par Jackie Jarvis, ministre des Pêches d’Australie-Occidentale.
Samedi 19 septembre, elle autorise officiellement la capture et l’abattage du requin. Une décision suffisamment inhabituelle pour être qualifiée d’« extraordinaire » par les autorités elles-mêmes. Selon la ministre, un tel ordre n’avait plus été prononcé depuis environ dix ans en Australie-Occidentale.
Pourquoi ordonner l’abattage d’un animal pourtant protégé ?
La décision est d’autant plus remarquable que le grand requin blanc est une espèce protégée en Australie et au niveau international. Il ne s’agit donc pas d’une campagne générale contre les requins, ont insisté les autorités, mais d’une autorisation visant spécifiquement l’animal soupçonné d’avoir tué Greg O’Neill. Jackie Jarvis a justifié sa décision par plusieurs éléments : les circonstances exceptionnelles de l’attaque, le danger potentiel représenté par le requin après sa localisation à proximité de la plage et la possibilité de retrouver des éléments utiles à l’enquête médico-légale.
La ministre a toutefois rapidement écarté l’idée d’un abattage plus large des grands requins blancs présents au large de l’Australie-Occidentale. L’épisode ravive néanmoins un débat ancien dans le pays : jusqu’où faut-il aller pour protéger les baigneurs et les surfeurs sans remettre en cause la protection de grands prédateurs essentiels aux écosystèmes marins ?
Un piège installé à 1,5 km de la plage
Pour tenter de retrouver le requin, les services du Department of Primary Industries and Regional Development ont installé du matériel de capture à environ 1,5 kilomètre au large de Sorrento Beach. Le dispositif ressemble à une « drum line », une ligne munie d’un appât habituellement utilisée dans la région pour capturer temporairement des requins afin de les marquer et de suivre leurs déplacements.
Cette fois, l’objectif était différent : si le requin correspondant à celui recherché avait été capturé, l’ordre gouvernemental autorisait sa mise à mort. Mais l’opération n’a rien donné. Dimanche après-midi, les autorités ont finalement retiré le matériel après n’avoir constaté aucun nouveau signe de présence du requin dans le secteur. Elles ont estimé que les chances de retrouver précisément l’animal responsable de l’attaque étaient désormais devenues très faibles.
« Une aiguille dans une botte de foin »
Cette opération a aussi suscité des critiques parmi les spécialistes. Interrogé par ABC News, le biologiste Culum Brown, spécialiste du comportement des poissons à l’université Macquarie, estime qu’identifier puis retrouver le même grand requin blanc plusieurs heures après une attaque revient pratiquement à chercher « une aiguille dans une botte de foin ». Les grands requins blancs peuvent parcourir d’importantes distances et rester constamment en mouvement. Quelques heures après l’attaque, celui de Sorrento pouvait ainsi se trouver très loin de la plage.
Pour ce scientifique, renforcer l’utilisation des drones de surveillance serait plus efficace : ils permettent de repérer des requins avant qu’ils ne s’approchent trop près des baigneurs et évitent les captures accidentelles d’autres espèces associées aux filets ou à certains dispositifs de pêche.
Près de 12 kilomètres de plages fermés
Dans les heures suivant l’attaque, les autorités avaient pris une autre mesure spectaculaire : fermer près de 12 kilomètres de littoral, entre Marmion et Iluka, au nord de Perth. Le service SharkSmart d’Australie-Occidentale avait demandé aux habitants de respecter strictement ces interdictions et de faire preuve d’une vigilance accrue dans tout le secteur de Sorrento. Après plusieurs jours de recherches et en l’absence de nouvelle activité du requin, ces plages ont finalement été autorisées à rouvrir à partir de lundi 21 septembre. Le dispositif destiné à capturer l’animal avait, lui, déjà été retiré la veille.
Trois morts en Australie-Occidentale cette année
Le décès de Greg O’Neill intervient dans une période particulièrement marquée par les attaques de requins en Australie-Occidentale. Il s’agit du troisième décès lié à une attaque de requin dans cet État depuis le début de l’année 2026, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2020. Quelques jours seulement avant le drame de Sorrento, un surfeur avait déjà été grièvement blessé par un requin près de Geraldton, environ 400 kilomètres plus au nord.
Ces événements poussent désormais le gouvernement d’Australie-Occidentale à réexaminer son dispositif de prévention. Celui-ci repose aujourd’hui notamment sur le marquage et le suivi des requins, les alertes aux baigneurs, des barrières de protection sur certaines plages ou encore l’application SharkSmart. L’utilisation de davantage de drones figure également parmi les pistes envisagées.
La ministre des Pêches reconnaît toutefois qu’aucun dispositif ne pourra supprimer totalement le risque. Sur les milliers de kilomètres de côtes australiennes, la cohabitation entre l’homme et les grands prédateurs marins restera toujours une question d’équilibre entre sécurité des usagers et protection de la faune sauvage.
vous recommande