
Lancé à Glasgow le 2 octobre 1946, le Waverley s’apprête à célébrer ses 80 ans. Huit décennies après sa mise à l’eau, ce navire britannique continue pourtant de transporter des passagers le long des côtes du Royaume-Uni. Sa particularité : il est aujourd’hui considéré comme le dernier bateau à vapeur à roues à aubes encore en service en mer dans le monde.
Ses deux grandes roues battent toujours l’eau, sa machine à vapeur tourne encore et, depuis ses ponts, les passagers continuent d’observer défiler les côtes britanniques. À bientôt 80 ans, le Waverley n’a rien d’une pièce de musée figée derrière une vitrine. Le navire célèbre le 2 octobre 2026 les 80 ans de son lancement, survenu en 1946 dans les chantiers de Pointhouse, à Glasgow. Un anniversaire particulièrement symbolique pour celui qui est aujourd’hui présenté comme le dernier bateau à vapeur à roues à aubes capable de naviguer en mer encore en activité dans le monde. Et pour marquer l’événement, pas question de rester à quai : le Waverley poursuivra ses croisières et sera notamment présent sur la Tamise, à Londres, au début du mois d’octobre.
Un survivant d’une autre époque
Le Waverley appartient à une génération de navires aujourd’hui presque entièrement disparue. Au XIXe siècle et durant une grande partie du XXe, les bateaux à roues à aubes ont pourtant occupé une place importante dans le transport de passagers britannique. Ils assuraient des liaisons côtières et des excursions autour de Londres, dans l’estuaire de la Tamise, sur la côte sud de l’Angleterre ou encore dans le Firth of Clyde, en Écosse.
Le Waverley est construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour la London and North Eastern Railway. Il doit remplacer un précédent navire portant le même nom, coulé lors des opérations de Dunkerque en mai 1940. Sa quille est posée en décembre 1945 avant son lancement, le 2 octobre 1946. Son voyage inaugural aura lieu quelques mois plus tard, le 16 juin 1947. À l’origine, sa mission est relativement modeste : transporter des passagers sur les eaux de l’ouest de l’Écosse, notamment vers Loch Long et Loch Goil. Personne n’imagine alors que le navire naviguera encore huit décennies plus tard.
Une imposante machine à vapeur toujours visible
À bord, le spectacle ne se trouve pas seulement à l’extérieur. Le Waverley est propulsé par une machine à vapeur à triple expansion développant environ 2 100 chevaux, reliée à ses imposantes roues latérales. Contrairement aux systèmes de propulsion modernes dissimulés dans les entrailles des navires, une partie de cette mécanique est visible par les passagers.
Pistons, bielles et roues à aubes participent ainsi pleinement à l’expérience. Le bateau mesure environ 73 mètres de long pour près de 18 mètres de largeur en comptant ses roues. Sa vitesse habituelle avoisine les 14 nœuds, même s’il est capable d’atteindre ponctuellement une vitesse supérieure. Aujourd’hui, sa capacité est limitée à environ 860 passagers. Une mécanique ancienne, certes, mais toujours entretenue selon des normes contemporaines. Chaque hiver, le navire fait d’ailleurs l’objet d’importantes opérations de maintenance afin de pouvoir reprendre la mer la saison suivante.
Vendu pour… une livre sterling
Le Waverley aurait pourtant très bien pu disparaître dans les années 1970. Après plusieurs décennies de service commercial, son exploitation régulière prend fin au début de cette décennie. En 1974, plutôt que de le laisser partir à la démolition, le navire est cédé pour la somme symbolique de 1 livre sterling à la Paddle Steamer Preservation Society. Une nouvelle vie commence alors.
Une organisation caritative est créée pour préserver et exploiter le bâtiment. Après des travaux et une remise en état, le Waverley recommence à transporter des passagers dès 1975. Au fil des années, il est restauré afin de conserver au maximum son apparence historique tout en répondant aux exigences de sécurité modernes. Depuis le début de cette seconde carrière, plus de six millions de passagers ont embarqué à son bord, selon les chiffres rapportés par Euronews.
Devenu un véritable patrimoine maritime navigant
Aujourd’hui, le Waverley ne se contente plus des itinéraires écossais pour lesquels il avait été conçu. Chaque saison, le bateau sillonne différentes régions du Royaume-Uni : Écosse, côtes anglaises, Bristol Channel, estuaire de la Tamise ou encore îles de l’ouest du pays. Il dessert désormais plus de 70 ports et embarcadères au fil de sa saison de navigation.
En septembre 2026 encore, près de 600 passagers se trouvaient à son bord lors d’une navigation entre Newhaven et le Solent, preuve que le vieux vapeur continue d’attirer bien au-delà du cercle des passionnés de patrimoine maritime.
Pour ses 80 ans, le navire doit justement rejoindre Londres. Plusieurs croisières sont programmées sur la Tamise et son estuaire, avec des passages devant Canary Wharf, Greenwich ou encore Tower Bridge. Le 2 octobre, jour exact de son anniversaire, une longue navigation permettra notamment d’observer plusieurs forts maritimes construits pendant la Seconde Guerre mondiale dans l’estuaire de la Tamise.
80 ans… et toujours pas à la retraite
Maintenir en activité un bateau de cette génération représente toutefois un défi permanent. Le Waverley fonctionne aujourd’hui grâce à une organisation à but non lucratif et dépend en partie des dons du public pour financer son entretien. Pour l'hiver 2025-2026, plusieurs grands travaux ont ainsi été engagés, notamment sur ses mâts, ses systèmes de sécurité incendie et l'une des structures supportant ses roues à aubes. Le coût total du chantier dépassait 1,5 million de livres sterling.
La hausse du prix du carburant constitue également un défi supplémentaire : en septembre 2026, l'exploitant estimait qu'il fallait près de 15 livres par minute simplement pour maintenir le Waverley sous vapeur. Pourtant, le navire poursuit sa route.
L'année 2026 doit même constituer sa plus longue saison d'exploitation depuis plus d'une décennie, avec des navigations programmées jusqu'au 18 octobre. Presque disparu avec toute une génération de navires, le Waverley est ainsi devenu bien plus qu'une attraction touristique. Avec le mouvement régulier de ses roues, le bruit de sa machine et les panaches qui s'échappent encore de sa cheminée, il offre surtout quelque chose devenu extrêmement rare : la possibilité de vivre, en pleine mer, une manière de naviguer héritée d'un autre siècle.
vous recommande