Tom Laperche sur le Trimaran SVR-Lazartigue chez les Ultim, Basile Bourgnon sur Edenred chez les Ocean Fifty : les deux skippers ont remporté ce samedi matin la 5e édition des 24H Ultim, au terme d’une régate menée à un rythme effréné. Derrière les sourires des vainqueurs, les mines étaient fatiguées sur les pontons de Lorient La Base. Peu ou pas de sommeil, des manœuvres à répétition, des vitesses folles et des batailles à tous les étages : les 15 solitaires ont tout donné sur des parcours rallongés en cours de course tant les compteurs s’affolaient. À un mois de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, difficile de rêver meilleure répétition générale.
À peine les bateaux amarrés, les visages racontaient déjà la course. Une nuit blanche ou presque, des bras qui ont beaucoup tourné les manivelles, une vigilance permanente et, surtout, très peu de temps pour souffler. « Je suis forcément un peu fatigué parce que je n’ai pas dormi et qu’on a vraiment beaucoup enchaîné. » souriait Tom Laperche après avoir coupé la ligne en vainqueur sur le Trimaran SVR-Lazartigue. Même constat chez Basile Bourgnon : « J’ai mis beaucoup d’intensité, je n’ai pas dormi et j’ai beaucoup manœuvré. »
Partis vendredi à 13h dans un vent encore léger, les 4 Ultim et les 11 Ocean Fifty ont rapidement changé de braquet. Le vent a forci, les vitesses se sont envolées et la direction de course a même décidé dans la soirée de rallonger de 85 milles les deux parcours. Au total : 441,6 milles pour les Ultim et 354,8 milles pour les Ocean Fifty.
À plus de 40 nœuds sous la lune
Du près, du portant, du reaching, des virements, des empannages, des changements de voiles… Le parcours a offert un concentré pimenté idéal pour les solitaires en vue de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Avec, en prime, des conditions dont ils se souviendront. Au portant, les Ocean Fifty ont régulièrement dépassé les 30 nœuds quand les Ultim ont franchi la barre des 40. Tom Laperche raconte ces heures assez irréelles : « Le soleil se couchait, la lune se levait, ça scintillait, c’était vraiment beau. Ces bateaux sont merveilleux. » Puis la cadence s’est encore accélérée : « Au vent de travers, ça allait vraiment vite : on était souvent entre 40 et 45 nœuds. »
Anthony Marchand, troisième sur Actual Ultim 4, a lui aussi savouré : « Le portant, c’était juste fabuleux, avec les Ultim bord à bord à pleine vitesse. On a dû faire 46 nœuds au vent de travers. » Avant de résumer : « Une belle lune toute la nuit, pas trop froid, pas trop de mer : c’était juste parfait ! » Derrière la beauté des images, il fallait tenir physiquement. Armel Le Cléac’h, deuxième sur Maxi Banque Populaire XI, raconte cette mécanique incessante : « À chaque fois qu’on terminait une manœuvre, il fallait déjà préparer la suivante. Dès qu’on ne tournait plus les manivelles, on regardait à quel moment arrivait le prochain waypoint. »
Des batailles partout dans les deux flottes
Chez les Ocean Fifty, Basile Bourgnon a rapidement trouvé le bon tempo sur Edenred. « C’était dingue dès le départ ! C’étaient des conditions parfaites pour le bateau et des conditions que j’apprécie vraiment. Le portant ensuite était génial. » Surtout, le skipper repart de Lorient avec une certitude importante à quelques semaines du Rhum : « Je n’ai rien cassé. Je voulais remercier toute l’équipe qui a bossé sur ce bateau. Il est fin prêt. »
Derrière lui, Matthieu Perraut prend la deuxième place sur Elvest et retient lui aussi l’intensité de cette nuit : « On a surtout fait un joli portant, c’est allé à toute vitesse. Le reaching était cool, j’avais de super sensations. On était à 30-35 nœuds. »
Troisième sur Sodebo Fifty, Léonard Legrand a dû batailler jusqu’au bout. « Les gars carburaient, le niveau de jeu était élevé, il fallait tenir la cadence. » Une phrase qui résume bien cette édition, tant les écarts sont restés serrés dans toute la flotte. Jusqu’à l’arrivée : 33 secondes seulement séparent Baptiste Hulin sur Viabilis Océans et Luke Berry sur Le Rire Médecin-Lamotte.
Des bateaux prêts pour le grand rendez-vous
À un mois du « Rhum », ces 24H Ultim étaient la dernière occasion de se confronter avec la concurrence, mais aussi de valider les bateaux, les réglages et toute l’organisation autour des solitaires. « Tout le monde prenait cette course à la fois comme une vraie compétition et une répétition générale : l’organisation, la mise au point, les timings, prendre un départ, faire en sorte que tout le monde soit rôdé », confirme Tom Laperche. Armel Le Cléac’h repart lui aussi rassuré : « C’était surtout important de voir que tout fonctionne parfaitement sur le bateau. On n’a pas de problème particulier et la job-list ne va pas se rallonger ! » Quant à Matthieu Perraut, il résume simplement : « C’était vraiment super pour se mettre en forme pour le Rhum. »
Cette 5e édition avait commencé jeudi par une journée de runs sous le soleil, permettant à 130 invités de découvrir de l’intérieur ces multicoques hors normes, avec les meilleurs chronos pour Maxi Banque Populaire XI chez les Ultim et Sodebo Fifty chez les Ocean Fifty.
Du partage à terre, une formidable bataille sur l’eau et, au bout de la nuit, des marins rincés mais des bateaux prêts : les 24H Ultim confirment leur place singulière et désormais bien installée dans le calendrier des multicoques de course au large, à quelques semaines du grand rendez-vous transatlantique de l’automne. Et Anthony Marchand avait sans doute trouvé les mots les plus simples au retour à Lorient : « On ne peut pas rêver mieux comme format. »
Rendez-vous l’année prochaine, le dernier week-end de septembre sur les pontons de Lorient La Base pour la 6e édition des 24H Ultim… en double, quelques semaines avant la Transat Café L’Or.
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