
Une gigantesque onde océanique se propage actuellement le long de la façade pacifique du continent américain. Invisible à l’œil nu, cette « onde de Kelvin » devrait atteindre la Californie dans les prochains jours et provoquer une hausse temporaire du niveau de la mer d’environ 30 centimètres, avec à la clé un risque accru d’inondations côtières et d’érosion.
Ce n’est pas une vague spectaculaire comme celles que recherchent les surfeurs, mais ses effets pourraient être bien réels sur le littoral. Depuis plusieurs jours, une vaste onde de Kelvin remonte le long de la côte ouest du continent américain après avoir traversé une grande partie du Pacifique. Selon les informations rapportées par Le Monde et TF1 Info, le phénomène devrait atteindre San Diego au cours de la semaine du 5 octobre, avant de poursuivre sa progression vers le nord, potentiellement jusqu’en Alaska. Sur son passage, le niveau de la mer pourrait temporairement s’élever d’une trentaine de centimètres.
Une « vague » de plusieurs milliers de kilomètres
Le terme peut prêter à confusion. Une onde de Kelvin n’a rien d’un mur d’eau déferlant sur la côte. Le phénomène s’étend sur plusieurs milliers de kilomètres et se manifeste plutôt par le déplacement lent d’une immense masse d’eau.
D’après l’océanographe Dillon Amaya, de l’université de Caroline du Nord, cité par TF1 Info, l’onde progresse actuellement à environ 10 km/h. Elle se situait récemment au nord de Cabo, au Mexique, dans le golfe de Californie.
Son passage entraîne une élévation progressive du niveau marin qui, prise isolément, n’a rien d’un tsunami. Mais la situation devient plus délicate lorsque cette surélévation se combine avec d’autres phénomènes : fortes marées, houle importante ou tempêtes. Selon le chercheur, quelques centimètres supplémentaires peuvent déjà suffire à augmenter nettement le risque d’inondation côtière. Avec une trentaine de centimètres attendus dans certains secteurs, les zones basses et les plages les plus exposées seront donc particulièrement surveillées.
Un phénomène directement lié à El Niño
Pour comprendre l’origine de cette onde, il faut regarder beaucoup plus loin vers l’ouest du Pacifique. Lorsque les alizés équatoriaux faiblissent, les eaux très chaudes habituellement accumulées dans l’ouest du bassin pacifique peuvent commencer à se déplacer vers l’est. Elles forment alors de vastes pulsations sous la surface de l’océan : les fameuses ondes de Kelvin.
Celles-ci traversent progressivement le Pacifique équatorial jusqu’aux côtes de l’Amérique du Sud. Lorsqu’elles atteignent le continent, elles peuvent ensuite se propager le long du littoral, vers le nord comme vers le sud.
Le phénomène entretient également El Niño. En avançant vers l’est, cette masse d’eau chaude limite la remontée vers la surface d’eaux profondes plus froides, contribuant ainsi à maintenir des températures océaniques anormalement élevées dans le Pacifique tropical. Dillon Amaya décrit ainsi ces ondes comme à la fois une conséquence et un moteur du développement d’El Niño.
Inondations et érosion sous surveillance en Californie
La Californie devrait être l’une des prochaines régions concernées. L’onde est attendue à San Diego durant la semaine du 5 octobre et pourrait accentuer localement le risque de submersion et d’érosion des plages.
Le contexte est d’autant plus surveillé que certaines portions du sud de la Californie ont récemment subi de fortes tempêtes. Une mer temporairement plus haute offre alors un point de départ supérieur aux vagues et aux surcotes, qui peuvent pénétrer plus facilement à l’intérieur des terres.
Cette hausse d’environ 30 cm ne doit toutefois pas être confondue avec l’élévation durable du niveau moyen des océans liée au changement climatique. L’onde de Kelvin constitue ici un phénomène transitoire, appelé à se déplacer puis à s’atténuer.
Elle intervient néanmoins dans un contexte de hausse à long terme du niveau des mers. Selon les données de Copernicus rapportées fin septembre par Le Monde, l’élévation moyenne mondiale a atteint environ 4,2 mm par an entre 2012 et 2025, contre 2,6 mm par an entre 1993 et 2011. Cette tendance de fond peut accentuer les conséquences des phénomènes temporaires sur les littoraux.
Une onde invisible, mais un marqueur puissant de l’état du Pacifique
Pas de vague géante visible depuis les plages donc, ni de phénomène comparable à un tsunami. Pourtant, sous la surface, cette immense pulsation océanique témoigne des bouleversements actuellement en cours dans le Pacifique.
Avec l’installation d’un épisode El Niño particulièrement marqué en 2026 et des températures océaniques exceptionnellement élevées, ces mouvements de masses d’eau sont suivis de près par les climatologues et les océanographes.
L’arrivée de l’onde de Kelvin sur la côte californienne en offre une illustration très concrète : à plusieurs milliers de kilomètres de son point de départ, une anomalie née dans le Pacifique tropical peut finir par modifier temporairement le niveau de la mer sur toute une façade continentale.
vous recommande