Route du Rhum - Destination Guadeloupe : Élodie Bonafous prête à vivre le grand frisson

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

© Manon Le Guen

Dans moins d'une semaine, le village de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe ouvrira ses portes à Saint-Malo. Pour Élodie Bonafous, qui s’apprête à y faire son entrée à la barre de l’IMOCA Association Petits Princes – Quéguiner, le rendez-vous aura forcément quelque chose de particulier. À 31 ans, la Bretonne découvrira non seulement l’une des courses les plus emblématiques de la voile océanique, mais s’élancera aussi, le 1er novembre prochain, pour sa toute première traversée de l’Atlantique en solitaire. Deux grandes premières d’un seul coup, avec leur lot d’inconnues, d’excitation et de défis à relever. De quoi nourrir quelques interrogations, certainement pas entamer son enthousiasme. Depuis des mois, la navigatrice construit patiemment les bases de cette aventure, accumule les expériences et affine ses automatismes. L’essentiel est là : un bateau qu’elle connaît, des acquis solides, une équipe mobilisée et cette envie, intacte, de repousser un peu plus ses propres limites. Avant de larguer les amarres, il lui reste toutefois un premier exercice à négocier : traverser l’effervescence malouine sans y laisser trop d’énergie.

 

Saint-Malo, ou l’art de profiter sans se disperser

Des quais noirs de monde, des sollicitations à n’en plus finir, des émotions qui montent à mesure que l’échéance approche… Le village de la Route du Rhum possède cette faculté assez unique de transformer les derniers jours de préparation en un véritable tourbillon. Élodie Bonafous en connaît la réputation, pas encore la réalité. « J’ai déjà participé à de grands événements et je sais gérer tout ce qui les entoure. Mais la Route du Rhum a une dimension particulière, avec son lot d’inconnues : le grand nombre de bateaux au départ, l’ampleur de la fête, l’agitation des derniers jours… Je vais découvrir pas mal de choses ! » Pas question pour autant de subir le programme. En amont, la skipper a minutieusement organisé son séjour malouin, découpant ses journées en séquences bien définies : rendez-vous techniques, obligations médiatiques, rencontres avec les partenaires, échanges avec l’équipe et, surtout, plages de tranquillité. Un programme réglé presque à la minute, avec l'appui de son entourage pour lui permettre de se consacrer pleinement à ce qui compte. « J’ai essayé d’être très rigoureuse sur la gestion de mon planning pour réussir à tenir le coup et ne pas partir fatiguée. Une fois à Saint-Malo, il faudra aussi accepter de ne plus tout maîtriser. Ce ne sera plus le moment de révolutionner quoi que ce soit, mais plutôt de prendre les choses comme elles viennent et de me focaliser progressivement sur ma course. » Le tout sans oublier de savourer l’événement. « J’aime bien profiter de ces moments-là, même si ça peut aussi coûter beaucoup d’énergie. On verra comment je le vis. Et puis, de toute façon, ce sont des expériences qui apprennent. La prochaine fois, ce sera le village du Vendée Globe ! » Une manière bien à elle de considérer chaque nouveauté comme une étape supplémentaire dans son apprentissage.

 

Des milles, des acquis et quelques ajustements

Sur l’eau aussi, les dernières semaines ont demandé de composer avec le temps disponible. Après une sortie de chantier estival légèrement retardée, le calendrier s'est singulièrement resserré entre la remise à l'eau, le Défi Azimut – Lorient Agglomération et les derniers préparatifs avant Saint-Malo. « Le temps de préparation entre la remise à l’eau et le départ de la Route du Rhum est trop court à mon goût. C’est un peu frustrant. On a fait le gros du travail en début d’année et, depuis, on court un peu après le temps. » Il y a quelques jours, un stage de 48 heures avec le Pôle Finistère Course au Large lui a notamment permis de retrouver de bonnes sensations, de valider plusieurs nouvelles voiles et de reprendre confiance. « Ça s’est hyper bien passé. Ça m’a vraiment fait du bien au moral, j’ai retrouvé mes marques sur le bateau et entériné pas mal de choses. » Une sortie dans la brise a notamment permis de pousser un peu plus la machine, quitte à faire apparaître une liste de travaux supplémentaires. De quoi occuper l’équipe technique jusqu’au départ pour la cité corsaire, sans laisser le temps d’envisager de nouvelles navigations. Pas de quoi, cependant, s'attarder sur les frustrations. Fidèle à son pragmatisme, Élodie préfère concentrer son énergie sur ce qui reste à faire. « Le plus important, c’est de partir avec un bateau propre sur lequel je peux compter. Maintenant, il faut aussi se recentrer sur tout ce qu’on a acquis en début d’année, ne pas oublier ce qu’on a appris. Je vais notamment refaire de l’imagerie mentale pour dérouler les manœuvres, les configurations, les enchaînements que je n’aurai pas le temps de retravailler sur l’eau. » Une autre manière de naviguer, sans quitter la terre ferme, et de consolider les réflexes indispensables à l’exercice qui l’attend. « On aura fait au mieux avec les éléments et les aléas qu’on a rencontrés. Il n’y aura pas de regrets sur la préparation. »

 

Une première à la hauteur de ses ambitions

Car derrière l’agitation des derniers préparatifs se profile un sacré morceau. Si la Finistérienne a déjà traversé l’Atlantique à plusieurs reprises, notamment deux fois en course en double, elle n’a encore jamais effectué une telle traversée seule en compétition, ni disputé une transat sans marque de parcours imposée. Un saut dans l’inconnu qu’elle aborde avec autant de lucidité que d'appétit. « C’est génial de pouvoir cocher cette nouvelle case ! De toute façon, avec le Vendée Globe comme objectif final, c’est un peu la folie des grandeurs en permanence. Il y a toujours de la nouveauté. Cette année est vraiment rythmée par la découverte, l’apprentissage et la validation de beaucoup de choses. » L'expérience accumulée en Figaro Beneteau, sa transat en double de l'automne dernier avec Yann Eliès à bord de son IMOCA et surtout sa participation à la Vendée Arctique – Les Sables d’Olonne en juin dernier constituent autant de repères précieux. Reste à mettre toute cette expérience au service d'un exercice inédit, où elle devra assumer seule chaque décision, chaque manœuvre et chaque changement de rythme. « Il va falloir réadapter la gestion du sommeil, les manœuvres, les choix de voiles et trouver le bon équilibre dans l’engagement. La Vendée Arctique a été le meilleur entraînement possible pour ça. Je me dis que j’ai fait ce qu’il fallait pour avoir les bons outils, notamment dans la prise de décision et la manière de doser les choses. » Ce qui l'interroge le plus ? Moins la durée de la traversée que ses premiers milles. « Il y aura forcément le stress du départ, peut-être une météo un peu musclée qu’il faudra gérer toute seule. Le gros enjeu sera de bien me mettre dedans et de trouver le bon rythme dès le début. C’est ce que j’appréhende le plus. Une fois dans ma bulle, avec ma routine, je me sentirai beaucoup mieux. » Une fois la course lancée et le bon tempo trouvé, elle espère renouer avec ce qu'elle aime tant dans la navigation en solitaire : la liberté de s'organiser et de mener son propre jeu.

D'ici là, une autre belle rencontre l'attend à Saint-Malo : celle d'Augustin, 12 ans, un enfant malade accompagné par l'Association Petits Princes. Passionné de voile, il rêve de partager un moment avec elle dans les coulisses de cette course mythique. Elodie l'accueillera à bord quelques jours avant le grand départ. Une parenthèse qui donnera encore un peu plus de sens à cette aventure. Et si l’impatience commence à se faire sentir, la perspective de troquer bientôt la grisaille bretonne contre la chaleur des alizés n’y est pas étrangère. « Il commence à faire froid et gris. L’ambiance devient un peu lugubre… Bientôt, on sera aux Antilles ou dans les alizés. Vivement qu’on parte pour aller au chaud ! » Reste à canaliser toute cette envie pour écrire, entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre, les premières lignes d'une histoire qui n'appartiendra qu'à elle.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.