Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2026 : Alexis Loison, un débutant qui a déjà tout d’un favori

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

© Mathilde Gosselin

Enfin cocher la case

L’idée traînait dans un coin de sa tête depuis un moment. Huit ans, même. Cette fois, Alexis Loison sera bien à Saint-Malo, dans la configuration qu’il espérait pour découvrir le Rhum. « Je vais enfin cocher cette case et, surtout, je suis hyper content de le faire dans ces conditions : avec un bateau neuf, celui que je voulais, un partenaire à fond derrière moi et un plateau qui réunit à la fois la qualité et la quantité. Ça donne envie ! » Il aura pourtant fallu du temps pour que la reine des transatlantiques en solitaire s’installe véritablement dans son paysage. Pendant près de deux décennies, le Cherbourgeois a eu une obsession autrement envahissante : le Figaro Beneteau. « J’étais tellement obnubilé par la Solitaire que j’avais du mal à regarder ailleurs. » La Route du Rhum, il l’a donc surtout vécue à travers les récits de ses différentes éditions. « J’ai adoré suivre toutes ces histoires. Sans dire que c’est un passage obligé, parce qu’“obligé” est un gros mot, c’est quand même cool de se dire qu’on va prendre le départ de cette épreuve mythique. » Et le paradoxe est savoureux. À 42 ans, après trois Transat AG2R (devenues depuis Transat Paprec), deux Transat Jacques Vabre (aujourd’hui Transat Café L’Or) et une Transat Québec – Saint-Malo, Alexis Loison n’a encore jamais traversé l’Atlantique seul en course. Il s’en amuse volontiers. « Finalement, sur ce coup-là, je suis un vrai bizuth ! » Un bizuth, certes. Mais avec quelques heures de vol.


Un “bac +19” pour accélérer l’apprentissage

Car si le Class40 Groupe REEL est encore jeune, celui qui tient la barre possède un bagage difficile à mettre entre parenthèses. Près de vingt années passées à se frotter à l’une des écoles les plus exigeantes de la course au large ont façonné une manière de naviguer, de décider et surtout de tenir un rythme élevé sans lâcher le morceau. Autant d’automatismes qu’il entend transposer à bord de son monocoque. « Je compte vraiment sur le fait que je viens d’une très bonne école qui s’appelle la Solitaire du Figaro. Être capable d’imposer un rythme et de me l’imposer, ce sont des sensations qui ne dépendent pas du bateau : c’est en soi. Je compte donc sur mes 19 ans d’études, mon “bac +19”, pour gommer une partie de mon manque de connaissance du support. » Le raccourci serait pourtant trompeur : sa victoire sur la 40’ Malouine - La Trinquette, première et jusqu’ici seule course disputée avec le Lift V3 mis à l’eau le 1er juillet, n’a pas subitement livré toutes les clés de la machine. Loison le sait mieux que personne. « Le mode d’emploi n’est pas encore complètement écrit. J’aurais aimé avoir davantage de temps pour découvrir le bateau. Début octobre, par exemple, on a navigué pour la première fois dans 30 à 35 nœuds de vent, alors que jusque-là, on n’avait jamais dépassé les 25 nœuds. On continue donc à apprendre et à découvrir ses réactions. » Et le Normand n’attend pas que les réponses lui tombent dessus. À chaque sortie, il observe, interroge, consigne. Les entraînements menés au Pôle Finistère Course au Large de Port-la-Forêt, au contact de skippers comme Corentin Douguet ou Vincent Riou et sous le regard de spécialistes de la performance, participent pleinement à cette montée en compétence. Une occasion supplémentaire de confronter ses sensations, d’affiner ses réglages et d’accélérer sa prise en main du Lift V3. « J’ai pris soin de m’entourer de marins qui avaient tous une solide expérience du Class40 et qui avaient navigué à haut niveau. À chaque sortie, j’étais une véritable éponge : j’écoutais, j’observais, je prenais des notes. » Ce déficit relatif de milles, il compte aussi le compenser avec ce qu’il maîtrise depuis longtemps : l’engagement. Une Route du Rhum en Class40 ressemble à cet égard à un drôle d’animal, trop longue pour être attaquée comme une régate côtière, trop courte et trop dense pour accepter de lever franchement le pied. « On lit partout que le Rhum est un sprint. Il ne faut donc pas se louper dès le début. Mais c’est un sprint qui va quand même durer quinze jours : il va falloir se gérer. » Trouver le curseur entre attaque et préservation, ne pas se précipiter, ne pas davantage tomber dans la retenue : l’ancien Figariste connaît la musique. « Ce que je veux, c’est naviguer propre et ne pas faire de bêtises parce qu’on aura voulu aller trop vite. »

 

« J’aime bien bousculer les hiérarchies »

Reste cette fameuse étiquette. Celle que sa récente victoire à Saint-Malo a encore un peu mieux collée dans son dos. Dans une flotte où Corentin Douguet et Guillaume Pirouelle ont accumulé les références ces deux dernières saisons, Alexis Loison refuse de se placer tout en haut de l’affiche. Mais il ne joue pas davantage à celui qui viendrait simplement voir. « J’ai envie d’avoir des objectifs élevés. La Route du Rhum, c’est tous les quatre ans et j’ai envie de la réussir sportivement. Mettre une place dessus, c’est difficile, même si j’ai envie d’y croire et de me dire : pourquoi pas moi ? Le solitaire et l’exercice jamais anodin d’une transat remettent pas mal de choses à plat. C’est moins écrit sur le papier, ça ouvre des opportunités. Et moi, ça me va. » Pour l’heure, sa course se joue encore à terre. Chaque journée est utilisée pour grappiller ce qui peut l’être : fiabiliser Groupe REEL, naviguer, travailler physiquement et mentalement, décortiquer le parcours. Avec Dominique Vittet, il l’a déjà retourné « en long, en large et en travers ». Pierrick Letouzé, Benoît Hantzperg, Gildas Mahé mais aussi Yoann Richomme, vainqueur de la dernière édition de la course chez les monocoques de 40 pieds, sont venus partager leurs expériences. Le préparateur mental est lui aussi de la partie. « Je pense que ma grosse carte à jouer, elle est maintenant : réussir à optimiser le temps jusqu’au jour J. Après, ce sera à moi de jouer avec les armes que j’aurai. La partie qui se joue avant le départ est ultra importante et j’essaye de tout cocher. » Tout, y compris une case moins spectaculaire mais essentielle : arriver frais. Là encore, le marin a sa propre façon de compter. « Mon préparateur me dit : “Ça va, on est encore à deux semaines du départ.” Moi, je lui réponds : “Non, on est à quatre jours de l’entrée dans le bassin !” Ce n’est pas du tout la même façon de voir les choses. » Parce que le village fait déjà partie de la dépense énergétique et que, lorsque Saint-Malo lâchera enfin sa flotte, il n’y aura plus beaucoup de temps à perdre. La victoire de septembre a, elle, déjà rempli son office. « Gagner la 40’ Malouine, c’était un bon signal. Aller vite à l’entraînement contre quelques favoris aussi. Maintenant, l’idée, c’est de mettre un peu de doute dans la tête des concurrents. » Il sourit de l’étiquette de favori, désigne volontiers Douguet et Pirouelle comme les hommes à battre et préfère se ranger dans la meute qui les talonne. « Derrière, il y a un paquet de fauteurs de trouble. Je me mets dans cette catégorie. J’aime bien bousculer les hiérarchies. » Voilà sans doute la définition la plus juste de ce drôle de bizuth : suffisamment neuf dans l’exercice pour avoir encore beaucoup à découvrir, beaucoup trop expérimenté pour qu’on lui accorde le moindre droit à l’innocence. Et avec un « bac +19 » en poche, Alexis Loison n’arrive certainement pas sur le Rhum pour suivre les cours.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.