
Le sujet peut paraitre un brin terre à terre quand on évoque le grand large. Pourtant, « bien gérer l'alimentation est synonyme de bonne croisière », affirme Marc Patarroni, professeur au lycée maritime de La Rochelle, fondateur de l'école de croisière Yakapartir. Outre leur évidente dimension énergétique, « les repas comptent au niveau de l’ambiance. Quand les conditions sont difficiles, que l’on dort mal, les plaisirs du goût et du partage sont essentiels », enchérit Yann Lenotte, responsable technique national de l’école des Glénans. Dans ses cursus d’apprentissage, l’alimentation intervient d’emblée, « c’est un point essentiel de nos stages. On incite les participants à s’organiser en bordées et à prendre l’habitude de tourner au niveau des postes : pilotage, navigation, nettoyage, préparation des repas… »
L’avitaillement fait partie du voyage
En juin, Elisabeth et Gaël Lacord prennent la mer pour une croisière de trois mois en Méditerranée avec leurs deux ados de treize et quinze ans. « Des ronds dans l’eau », évoque modestement la mère de famille. Il est vrai que l’aventure n’aura rien de comparable avec leur transatlantique de 2016. Elle se souvient notamment de la dimension « alimentaire » du voyage, surtout avec de jeunes enfants à bord. « Jusqu’aux Canaries, on faisait nos courses de frais à terre. Même si on est dans une démarche d’adaptation, plus on s’éloignait plus il était compliqué de se ravitailler. Il faut stocker en amont, prévoir des conserves. »
Naviguer c’est prévoir. Dès lors que l’on s’embarque pour plusieurs jours de mer, avec ou sans escale, il faut penser avitaillement en estimant les quantités. Un savant calcul qui intègre le nombre de jours, la météo, la morphologie des équipiers… L’eau est le sujet principal : les professionnels évaluent le besoin à 1,5 litre voire 2 litres par personne et par jour pour la seule boisson et 1,5 litre quotidien pour la préparation culinaire. « Pour chaque membre, les rations doivent être supérieures de 20 % à ce que l’on mange à terre, indique Yann Lenotte. Sur un bateau on est toujours en train de compenser les mouvements de la mer. On consomme plus d’énergie. » Marc Patarroni prévoit 75 g de riz et semoule par jour pour une personne de 70 kg, 125 g de pâtes... Il conseille en outre de prévoir ses menus à l’avance pour s’assurer de l’apport calorique suffisant.
Les fiches pratiques de MAIF recensent les conseils de l’expert : https://www.navigation-accompagnee.fr
La mer pour faire son marché
Sur un espace réduit, coupé du monde et soumis aux éléments comme un bateau, le stockage des denrées est une clé. « Pour l’eau, il faut surtout éviter de tout mettre dans un seul grand réservoir, ajoute le marin. Des bouteilles d’eau sous les planchers sont une bonne solution. » Pour les croisières de longue durée, l’utilisation d’un dessalinisateur est préconisée par les pros. Côté stockage des produits frais, tous conseillent de les protéger de la lumière, de veiller à l’aération, d’enlever les emballages plastiques qui provoquent le pourrissement, d’utiliser des filets suspendus … Les frigos sont souvent réduits, on peut conserver ses produits en les salant ou en faisant des bocaux.
Pour améliorer l’ordinaire et profiter pleinement de l’environnement la pêche est une activité tout indiquée en croisière, si elle est raisonnée. « Je n’étais pas tellement attirée par cette pratique avant le départ, raconte Elisabeth Lacord. J’ai bien changé. Dans certain coin rêvé, la mer est un véritable marché. On plonge et on ramène des langoustes… En arrivant aux Canaries on a pêché une dorade coryphène d’1,20 mètre. On l’a partagée avec 37 personnes sur la plage ! » La méthode la plus classique consiste à laisser une traine derrière le bateau. C’est l’assurance de ramener du maquereau, le plus souvent… ou de la dorade comme ici. La cuisine est une activité plus qu’indiquée à bord. Elle est même nécessaire à tous égards. Marc Patorroni invite à la prudence : « Attention au danger de brûlure à bord. Quand on cuisine sur une mer agitée, c’est forcément en salopette ! Le mieux est d’utiliser une bouilloire ou une cocotte-minute, de préférer la semoule et la purée en flocons. Un four fermé est aussi bien pratique. »