Mer Rouge, Somalie, Malacca : le nouvel atlas des mers à éviter pour les plaisanciers

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

En grande croisière, la météo n’est plus le seul paramètre à surveiller. Depuis quelques années et encore plus depuis le début 2026, la géopolitique s’est invitée dans les routages des plaisanciers, jusqu’à bouleverser des itinéraires autrefois considérés comme classiques. Mer Rouge, golfe d’Aden, golfe de Guinée, détroit de Malacca : pour les voiliers de voyage, ces passages imposent désormais une lecture nouvelle du risque, entre menaces armées, tensions régionales et contraintes d’assurance. Préparer un grand départ, c’est aussi savoir où il vaut mieux ne pas passer.

En grande croisière, la météo n’est plus le seul paramètre à surveiller. Depuis quelques années et encore plus depuis le début 2026, la géopolitique s’est invitée dans les routages des plaisanciers, jusqu’à bouleverser des itinéraires autrefois considérés comme classiques. Mer Rouge, golfe d’Aden, golfe de Guinée, détroit de Malacca : pour les voiliers de voyage, ces passages imposent désormais une lecture nouvelle du risque, entre menaces armées, tensions régionales et contraintes d’assurance. Préparer un grand départ, c’est aussi savoir où il vaut mieux ne pas passer.

Une nouvelle carte mentale du monde pour les grands voyageurs

La grande croisière s’est longtemps pensée à partir des saisons et des vents dominants. On parlait d’alizés, de moussons, de fenêtres météo, de cyclones et de bons mouillages. Cette lecture reste bien sûr indispensable, mais elle ne suffit plus. Aujourd’hui, certains passages doivent être abordés comme de véritables zones de sûreté dégradée, avec des logiques proches de celles du transport maritime commercial, même si les moyens d’un voilier de plaisance n’ont évidemment rien de comparable.

C’est ce décalage qui rend la situation actuelle particulièrement délicate. Un grand navire marchand dispose d’une passerelle nombreuse, de procédures strictes, d’une veille renforcée, de dispositifs de suivi et d’un contact permanent avec des centres de sûreté. Un voilier de 12 ou 15 mètres, même parfaitement préparé, reste lent, bas sur l’eau, visible de près et vulnérable. Il ne peut ni accélérer franchement, ni se défendre, ni absorber une dégradation brutale de la situation. En d’autres termes, ce qui peut sembler “tenable” pour un cargo ne l’est pas forcément pour un plaisancier.

Cette réalité a changé la manière de préparer un tour du monde. Depuis 2024, des équipages ont renoncé au passage par Suez et choisi de contourner l’Afrique par le cap de Bonne Espérance. Ce détour est long, plus engagé, parfois éprouvant, mais il relève encore d’une logique de navigation hauturière classique. Il impose de la prudence, un bon calendrier, un bateau préparé et un équipage solide. Il ne dépend pas, en revanche, d’une brusque montée de tension dans un couloir stratégique où le plaisancier ne maîtrise plus rien.

Mer Rouge et Bab el Mandeb : une route devenue dissuasive

La mer Rouge concentre à elle seule la transformation du risque maritime pour la plaisance. Depuis les attaques menées dans la région, ce passage n’est plus perçu comme un secteur simplement délicat, mais comme une zone instable dont l’évolution peut être rapide et difficile à anticiper. Même lorsqu’une période plus calme semble s’installer, l’incertitude demeure. C’est précisément ce caractère imprévisible qui pose problème à un voilier. Pour le circumnavigateur, le sujet n’est pas seulement l’existence d’une menace directe. Il faut aussi tenir compte du brouillage général de la zone. Un skipper isolé peut se retrouver confronté à des informations contradictoires, à des consignes changeantes, à des communications radio inhabituelles, à un climat de tension permanente qui altère la qualité de la décision à bord. Or, dans un passage aussi resserré, le simple doute devient un facteur de danger. En pratique, la mer Rouge n’est donc pas redevenue une route ordinaire pour la plaisance. Elle reste un axe que beaucoup considèrent désormais comme dissuasif. Ce n’est pas une interdiction formelle au sens juridique pour chaque voilier de voyage, mais c’est une zone où le rapport entre le gain de route et le niveau d’exposition ne paraît plus raisonnable pour un équipage civil autonome. La conséquence est claire : Suez n’est plus une évidence. Pour de nombreux navigateurs, le cap de Bonne Espérance est redevenu l’alternative la plus cohérente, non par goût du détour, mais par rationalité.

Golfe de Guinée : la violence reste la vraie mesure du danger

Dans l’imaginaire des grands voyageurs français, le golfe de Guinée est parfois moins présent que la mer Rouge, simplement parce qu’il se situe hors de l’itinéraire classique d’un tour du monde par les tropiques et Suez. Pourtant, il reste l’un des espaces maritimes les plus sensibles de la planète dès lors que l’on raisonne en niveau de violence. Ici, le risque ne se résume pas à l’intrusion opportuniste ou au vol rapide de matériel. Il peut prendre une dimension beaucoup plus grave, avec des attaques armées, des prises d’otages, des opérations menées loin des côtes et une pression durable sur les équipages. Pour un plaisancier, cela change radicalement la lecture du danger. Dans une telle zone, il ne s’agit plus seulement de fermer le bateau la nuit ou de renforcer la veille. C’est toute la pertinence de la route qui doit être interrogée. Un voilier de croisière n’a rien à gagner à improviser dans le golfe de Guinée. Caboter de port en port, modifier son itinéraire au dernier moment ou choisir une escale secondaire peu documentée peut rapidement augmenter la vulnérabilité. Dans ce type d’espace, la prudence commence bien avant la navigation elle-même. Elle passe par la collecte d’informations récentes, le signalement aux organismes compétents, l’analyse du contexte local et, surtout, la capacité à renoncer si le schéma de route ne paraît pas suffisamment lisible.

Détroit de Malacca : le piège du passage “normal”

À l’inverse, le détroit de Malacca et le secteur de Singapour souffrent d’un autre malentendu. Comme il s’agit d’une route très fréquentée, intensément empruntée par le commerce mondial, certains plaisanciers ont tendance à considérer qu’elle est forcément encadrée, sécurisée, presque banale. C’est précisément cette impression de normalité qui peut devenir trompeuse. Le danger y est d’une autre nature que dans la mer Rouge ou au large de la Somalie. Il s’agit moins d’une menace militarisée que d’une insécurité opportuniste, dans un espace saturé de trafic, de mouvements nocturnes, de croisements serrés, de pêche et de transits côtiers. Pour un voilier, l’usure mentale y est forte. Il faut barrer proprement, maintenir une veille irréprochable, anticiper les manœuvres des navires marchands, surveiller les approches rapides et rester lucide dans un environnement qui laisse peu de place à l’erreur. Le détroit de Malacca rappelle une chose essentielle : une zone peut être dangereuse sans être spectaculaire. Un plaisancier n’y est pas exposé au même scénario qu’en mer Rouge, mais il peut y accumuler fatigue, relâchement et petites vulnérabilités jusqu’à créer les conditions d’un incident. Dans ce type de passage, la sécurité repose sur la discipline.

Ce qu’un plaisancier doit faire avant même d’approcher une zone sensible

La première décision utile n’est pas technique. C’est une décision de route. La vraie compétence d’un skipper consiste à accepter qu’un itinéraire historiquement logique n’est plus raisonnable. Renoncer à un passage n’est pas une faiblesse. C’est souvent la preuve que l’on a correctement hiérarchisé les risques. Lorsqu’un transit sensible reste malgré tout envisagé, la préparation doit changer de niveau. Cela signifie d’abord se signaler auprès des structures de suivi adaptées. Cette démarche, encore trop négligée par certains plaisanciers, permet pourtant d’exister dans le paysage de sûreté de la zone. Un bateau qui n’est connu de personne est un bateau seul. Dans certaines régions, cette solitude informationnelle est déjà une fragilité. Il faut ensuite regarder de très près la question de l’assurance. Beaucoup de plaisanciers préparent soigneusement leur bateau, mais découvrent trop tard que leur contrat ne couvre qu’imparfaitement certains risques liés à la guerre, au terrorisme, à la piraterie ou à l’assistance dans une zone classée sensible. Avant un grand départ, il est indispensable de vérifier précisément l’étendue des garanties, les exclusions, les surprimes éventuelles et les obligations déclaratives. Une route n’est pas seulement faisable sur le plan marin. Elle doit aussi être supportable sur le plan juridique et financier. 

Enfin, la préparation pratique doit être pensée avec simplicité et rigueur. À bord, tout ce qui réduit le temps de réaction compte : moyens de communication opérationnels, téléphone satellitaire chargé, documents prêts, procédure d’alerte claire, répartition des rôles, cockpit rangé, accès verrouillables, projecteur disponible immédiatement, discipline radio, prudence face aux appels inhabituels. Dans ces zones, la sûreté ne repose pas sur des gestes héroïques. Elle repose sur des habitudes cohérentes, répétées et intégrées par tout l’équipage.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.