Ces méduses immortelles qui défient la science

Culture nautique
Charline David
Par Charline David

À peine plus grande qu’un ongle, Turritopsis dohrnii possède une faculté unique : lorsqu’elle est blessée, affamée ou soumise à un stress, sa méduse adulte peut revenir à un stade fixé proche de sa jeunesse et recommencer son cycle. Cette prouesse lui vaut le surnom de « méduse immortelle ». Elle ne la protège pourtant ni des prédateurs, ni des maladies, ni de tous les accidents.

À peine plus grande qu’un ongle, Turritopsis dohrnii possède une faculté unique : lorsqu’elle est blessée, affamée ou soumise à un stress, sa méduse adulte peut revenir à un stade fixé proche de sa jeunesse et recommencer son cycle. Cette prouesse lui vaut le surnom de « méduse immortelle ». Elle ne la protège pourtant ni des prédateurs, ni des maladies, ni de tous les accidents.

© AdobeStock - Alexander Reitter

Une minuscule méduse au cycle extraordinaire

Turritopsis dohrnii appartient aux hydrozoaires. Comme beaucoup de méduses, elle commence sa vie sous forme de larve nageuse, la planula. Celle-ci se fixe sur un support et devient un polype. La colonie de polypes produit ensuite de petites méduses libres qui grandissent, se reproduisent et, normalement, finissent par mourir.

Chez cette espèce, le chemin peut s’inverser. Une méduse soumise à certaines conditions défavorables se contracte, perd progressivement sa forme et se transforme en une masse de tissus qui donne naissance à un nouveau stolon puis à des polypes. Ceux-ci bourgeonnent à leur tour des méduses génétiquement identiques.

Revenir en arrière grâce aux cellules

Cette inversion repose sur une reprogrammation cellulaire souvent décrite par le terme transdifférenciation. Des cellules spécialisées changent d’identité ou retrouvent une plasticité qui permet de reconstruire d’autres tissus. Un organisme sexuellement mature revient ainsi à une phase antérieure de son développement.

Le phénomène ne ressemble pas à une simple cicatrisation. La méduse réorganise son corps et relance son cycle biologique. Des études génétiques ont identifié des différences touchant notamment la réparation de l’ADN, la protection contre le stress oxydatif, le maintien des télomères et les mécanismes de reprogrammation. Aucun gène unique de l’immortalité n’explique à lui seul cette capacité.

Une immortalité biologique et théorique

Le surnom est séduisant, mais il doit être compris avec précision. Turritopsis dohrnii peut théoriquement éviter la mort liée au vieillissement en répétant son retour au stade polype. Cela correspond à une forme d’immortalité biologique, c’est-à-dire à l’absence de limite interne évidente au nombre de cycles.

Dans la nature, la plupart des individus ne vivent pas indéfiniment. Ils peuvent être mangés, parasités, infectés ou détruits avant d’achever la transformation. Le retour en arrière peut aussi échouer. La méduse immortelle ne défie donc pas toutes les causes de mort ; elle échappe potentiellement à la trajectoire ordinaire du vieillissement.

Une découverte difficile à observer

La capacité de rajeunissement a été décrite à la fin du XXe siècle grâce à des élevages en laboratoire. L’animal est minuscule, transparent et difficile à distinguer d’espèces proches. Suivre toutes les étapes impose de maintenir des cultures délicates et d’observer des transformations qui se déroulent sur plusieurs jours.

Le biologiste japonais Shin Kubota a joué un rôle majeur en entretenant pendant des années des colonies de Turritopsis. Les travaux actuels utilisent le séquençage et la comparaison avec des espèces parentes qui ne possèdent pas la même aptitude. L’objectif consiste à comprendre comment un animal adulte peut reprogrammer ses tissus sans perdre le contrôle de leur développement.

Ce que les chercheurs espèrent comprendre

Les mécanismes de Turritopsis intéressent la biologie du vieillissement, la régénération et la médecine cellulaire. Savoir comment les cellules réparent leur ADN, modifient leur identité et reconstruisent un organisme peut éclairer des processus fondamentaux que les mammifères maîtrisent beaucoup moins bien.

Il serait toutefois abusif d’annoncer une application directe à l’être humain. Le corps d’une méduse comporte peu de types cellulaires et une organisation très différente de la nôtre. Chez l’humain, provoquer une reprogrammation incontrôlée peut favoriser des tumeurs. Entre comprendre une méduse et rajeunir un organe, les obstacles biologiques restent immenses.

Une voyageuse devenue presque mondiale

Probablement originaire de Méditerranée, Turritopsis dohrnii a été observée dans plusieurs régions du monde. Ses polypes peuvent se fixer sur des coques, tandis que les larves ou méduses voyagent dans les eaux de ballast. Le transport maritime a vraisemblablement contribué à sa dispersion.

Cette diffusion complique encore l’identification des populations et leur histoire évolutive. Elle montre aussi qu’une espèce spectaculaire par sa biologie peut passer largement inaperçue : elle ne forme pas les grandes échoueries visibles associées à d’autres méduses et mesure seulement quelques millimètres.

Une exception qui oblige à redéfinir le vieillissement

La découverte ne signifie pas que l’évolution a trouvé une recette universelle de vie éternelle. Elle révèle plutôt qu’un cycle animal, souvent représenté comme une ligne allant de la naissance à la mort, peut devenir une boucle dans certaines conditions.

Turritopsis dohrnii fascine parce qu’elle ne suspend pas le temps : elle change de stade. Son secret n’est pas de conserver éternellement le même corps adulte, mais d’accepter de le démanteler pour recommencer. C’est cette plasticité, plus que le mot immortalité, qui défie réellement la science.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.