
Comme le résume le biologiste Culum Brown, chercheur à Macquarie University, les poissons sont « bien plus intelligents que ce que l’on imagine, parfois comparables, voire supérieurs, à de nombreux mammifères terrestres dans certains domaines comme la mémoire ».
Une mémoire bien réelle et des capacités d’apprentissage avancées
Contrairement à l’idée reçue d’une mémoire limitée à quelques secondes, de nombreuses espèces de poissons sont capables de retenir des informations pendant des mois, voire des années. Les carpes et les truites, par exemple, apprennent rapidement à associer un stimulus négatif à une expérience désagréable. Des individus ayant été pêchés puis relâchés évitent ensuite durablement l’appât ou la nourriture responsable de cette mésaventure.
Chez certaines espèces, la reconnaissance va encore plus loin. Des expériences menées sur des poissons-chats nord-américains ont montré qu’ils étaient capables de reconnaître la voix humaine de la personne qui les nourrissait, même après plusieurs années de séparation. Une capacité de discrimination auditive que l’on associait jusque-là surtout aux mammifères.
Jeux, entraide et utilisation d’outils
L’un des poissons les plus fascinants à cet égard est le poisson-éléphant africain. Doté d’un cerveau proportionnellement très développé, il a été observé en aquarium en train de jouer avec des objets, comme une balle, uniquement pour le plaisir de l’interaction. Ce même poisson manifeste aussi des comportements d’entraide envers ses congénères en difficulté.
L’intelligence des poissons se manifeste également dans l’utilisation d’outils. En Méditerranée, des scientifiques ont filmé un labre vert utilisant un rocher pour briser la coquille d’une palourde. Ce type de comportement, longtemps considéré comme un marqueur d’« intelligence supérieure », n’est donc pas réservé aux primates ou aux oiseaux.
Des sociétés organisées et des traditions transmises
Un banc de poissons n’est pas une masse désordonnée. Il s’agit souvent d’une structure sociale hiérarchisée, dans laquelle les individus se reconnaissent et interagissent de manière cohérente. Certaines espèces vivent dans de véritables sociétés, avec des rôles différenciés et des comportements collectifs élaborés.
Plus surprenant encore, certaines populations de poissons semblent transmettre des « traditions » d’une génération à l’autre. Routes migratoires, stratégies alimentaires ou choix de zones de nourrissage peuvent être appris par observation et imitation, un phénomène comparable à la transmission culturelle observée chez les grands singes ou les cétacés.
Les poissons domestiques, des animaux bien plus familiers qu’on ne le croit
Les poissons dits « de compagnie » offrent un autre regard sur ces capacités cognitives. Poissons rouges, carpes koï, combattants (Betta) ou scalaires ont été domestiqués depuis plusieurs siècles, parfois plus d’un millénaire. Cette cohabitation prolongée avec l’homme a favorisé des comportements plus familiers.
De nombreuses études montrent que les poissons rouges, les koï et les combattants reconnaissent clairement la personne qui les nourrit et interagit avec eux, et la distinguent d’autres individus. Ils sont également capables d’associer des couleurs à une récompense alimentaire : une boîte bleue annonçant la nourriture déclenche par exemple une réaction immédiate, là où une boîte d’une autre couleur reste ignorée. Certains poissons, notamment les carpes, vont jusqu’à rechercher le contact physique et se laissent volontiers caresser, un comportement longtemps jugé improbable chez des animaux aquatiques.
Apprendre des tours, comme un chien ou un chat
L’essor des recherches et des observations a même ouvert la voie à l’entraînement des poissons. Grâce au renforcement positif, de nombreuses espèces apprennent rapidement à effectuer des actions précises : passer dans un anneau, déplacer une balle ou suivre un parcours. En laboratoire, certains poissons reproduisent un exercice après une seule démonstration et conservent cette information en mémoire pendant près d’un an, sans entraînement intermédiaire.
Loin d’être des créatures simples et automatiques, les poissons possèdent une intelligence riche et variée, adaptée à leur environnement. Mémoire durable, apprentissage rapide, comportements sociaux complexes et même jeux font partie de leur répertoire. Ces découvertes récentes invitent à repenser notre regard sur le monde sous-marin et à considérer les poissons non plus comme de simples silhouettes silencieuses, mais comme des animaux sensibles, capables et étonnamment intelligents.
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