Les Pays-Bas aident le monde à garder les pieds au sec

Vendredi 25 décembre 2015 à 7h07

Sans leurs 17.500 kilomètres de digues, dunes et barrages, les Pays-Bas seraient un marais et non la cinquième économie de la zone euro : plus de la moitié de sa population vit sur des terres situées sous le niveau de la mer ou présentant des risques d'inondations.

Sans leurs 17.500 kilomètres de digues, dunes et barrages, les Pays-Bas seraient un marais et non la cinquième économie de la zone euro : plus de la moitié de sa population vit sur des terres situées sous le niveau de la mer ou présentant des risques d'inondations.

Mais après des siècles de lutte contre les mers, ils se targuent d'être le delta "le plus sûr" du monde et exportent leur savoir-faire à l'autre bout du monde, de la Nouvelle-Orléans à l'Australie en passant par le delta du Mékong.

A l'heure où le réchauffement climatique entraîne une montée du niveau de la mer et un nombre croissant de tempêtes dévastatrices, la protection des zones côtières et deltaïques est une nécessité, et les Pays-Bas sont "LE" poids lourd du secteur.

"C'est dû à notre histoire", dit Melanie Schultz van Haegen, ministre des Infrastructures : "Cela fait des siècles que nous luttons contre l'avancée des eaux." En concurrence avec d'autres pays étrangers pour remporter des appels d'offres, les sociétés néerlandaises de dragage réalisent 40% du chiffre d'affaires mondial du secteur. "L'eau n'est pas qu'un danger, c'est aussi une opportunité. On peut construire des ponts entre l'économie et l'écologie", assure Henk Ovink, le représentant spécial des Pays-Bas pour les questions liées à l'eau. Sachant qu'environ 70% du PIB du pays est produit dans les zones à risque néerlandaises, s'armer de la sorte est loin d'être un luxe. L'aéroport de Schiphol, cinquième aéroport d'Europe, est par exemple situé sous le niveau de la mer.


Du traumatisme de 1953 à Katrina

Les Pays-Bas ont connu un véritable tournant dans leur relation à l'eau en 1953, lorsque des inondations ont fait 1.835 morts et 72.000 sans-abris dans le sud-ouest du pays. Traumatisés, les Néerlandais ont alors entrepris de perfectionner leurs défenses.

"Le niveau de protection que les Pays-Bas s'imposent (aujourd'hui) est 100 à 1.000 fois plus élevé que celui que s'imposent beaucoup d'autres pays", remarque Bart Schultz, chercheur à l'Institut de l'Unesco pour l'éducation à l'eau, justement basé à... Delft, dans l'ouest des Pays-Bas et non loin de la mer. Les Néerlandais font en effet bien plus que de simples digues. L'Oosterscheldekering, par exemple, est un dispositif anti-tempête de près de 9 km de long capable de sceller l'entrée d'un estuaire en cas de danger.

La simplicité peut aussi être synonyme d'innovation : un immense banc de sable artificiel, plus grand que 200 terrains de football, a été inauguré en décembre 2011, au sud de La Haye. Il doit être balayé par le vent, les vagues et les courants pour renforcer naturellement les dunes du littoral.

Selon une projection du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (Giec), le niveau des océans a monté de 19 centimètres entre 1901 et 2010. Il devrait encore monter d'entre 26 à 82 centimètres d'ici 2100 par rapport à la fin du XXe siècle. Les zones deltaïques, qui sont des centres économiques riches en ressources environnementales et dans lesquelles vit 10% de la population mondiale, selon l'institut Alliance delta, sont en première ligne.

Quelque 2.500 sociétés néerlandaises sont actives dans le secteur de l'eau, réalisant un chiffre d'affaires annuel de 17 milliards d'euros, selon Lennart Silvis, directeur du Partenariat néerlandais pour l'eau. Entreprises de dragage, instituts de recherche, sociétés de conseil... dans des secteurs comme l'accès à l'eau ou la purification de l'eau.

Après le passage dévastateur en 2005 de l'ouragan Katrina en Louisiane, les Pays-Bas ont ainsi participé à la reconstruction des digues et des barrages de la Nouvelle-Orléans. La collaboration avec les Etats-Unis s'est ensuite intensifiée, notamment après le passage d'un autre ouragan, Sandy, qui avait tué près de 200 personnes en 2012 sur la côte nord-est, dont New York.


Solutions d'urgence et de long terme

"Il y a souvent un intérêt après une catastrophe, mais nous plaidons pour un travail préventif (...) et pour des programmes qui protègent sur le long terme", remarque la ministre des Infrastructures Melanie Schultz van Haegen. Dans le sud-est asiatique, théâtre de nombreuses inondations meurtrières, les Pays-Bas participent à des planifications urbaines à long terme, notamment à Jakarta ou dans le delta du Mékong. "La protection contre l'eau est bien sûr prise en compte, mais il y a aussi d'autres aspects de la planification urbaine tels que la purification et l'accès à l'eau potable ou encore les infrastructures routières", souligne Lennart Silvis.

L'expertise néerlandaise en matière d'eau ne se limite donc pas à la protection contre les inondations, qu'il s'agisse de la restauration de zones humides au Kenya et en Ouganda ou de la construction de plateformes flottantes aux Philippines.

Les Néerlandais mènent aussi des recherches sur l'agriculture à l'eau de mer ou encore la production d'énergie grâce au mélange d'eau de mer et d'eau douce.

Des constructions insolites sont également au programme : les îles en forme de palmier et de carte du monde à Dubaï sont l'oeuvre de la société néerlandaise de dragage Van Oord.

 

 

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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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