Vendée Globe : la peur, maudite passagère clandestine

Lundi 31 octobre 2016 à 7h08

Non, les 29 skippers qui prendront le 6 novembre aux Sables-d'Olonne le départ du 8e Vendée Globe ne seront pas seuls à bord... Tapie au fond de chaque bateau, une passagère clandestine les accompagnera autour du monde: la peur.

Non, les 29 skippers qui prendront le 6 novembre aux Sables-d'Olonne le départ du 8e Vendée Globe ne seront pas seuls à bord... Tapie au fond de chaque bateau, une passagère clandestine les accompagnera autour du monde: la peur.

Dans l'exercice des sports extrêmes, et le Vendée Globe en est un, tout le monde éprouve de la peur. Et les circumnavigateurs les plus aguerris ne font pas exception. Pas facile de l'avouer, pourtant.

C'est un sujet un peu tabou, comme le mal de mer dont souffrent même les marins les plus chevronnés quand le mauvais temps les cueille lors des premiers jours de mer. Certains, et non des moindres, en parlent librement, mais ils font plus allusion à la crainte de casser quelque chose qu'à une défaillance psychologique. Pas de peur panique, mais plutôt l'appréhension de ne plus pouvoir contrôler la "bête" lorsqu'elle part à une vitesse folle dans une mer démentielle. D'où la nécessité de bien maîtriser le mode d'emploi de ces "luges" de carbone.

Et puis il y a "l'homme à la mer", le cauchemar de tous les marins, synonyme de mort assurée. "La peur, c'est un phénomène plutôt rare", note Jean-Pierre Dick (St Michel-Virbac), l'un des favoris. "Pourtant, j'ai eu une fois peur sur un bateau. J'ai eu peur pour moi, c'était de la peur physique".

"C'était au cours de mon 2e Vendée Globe (2008), raconte-t-il. Je n'arrivais pas à réduire une voile d'avant et je sentais la tempête qui arrivait. Il fallait que j'aille effectuer une réparation, je prenais des risques. J'étais attaché mais si tu te fais balayer hors de ton bateau, tu es traîné et il faut avoir beaucoup de force pour remonter à bord. C'était très impressionnant".

"J'espère que la peur bleue, je ne vais pas la rencontrer sur le Vendée Globe", confie Jérémie Beyou (Maître Coq), un autre vainqueur potentiel. "Les gens qui participent à cette course sont assez armés pour ne pas se retrouver dans une telle situation car sinon, c'est la fin".

Comme ses adversaires, "Jerem" insiste sur la nécessité, dans des situations difficiles, de respecter des procédures répétées des milliers de fois à l'entraînement. Surtout, ne pas gamberger! "Tu te prépares à certaines manoeuvres. Un exemple: j'ai un empannage à faire dans 35/40 noeuds de vent (75 km/h), comment je fais? J'y réfléchis, j'échange avec mon équipe, j'essaie de répéter les manoeuvres dans ma tête". Il reconnaît toutefois qu'il est difficile de reproduire certaines conditions extrêmes.

"Est-ce que j'ai déjà éprouvé de la peur?", s'interroge Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) "Oui, ou plutôt de l'appréhension. La première fois que tu vois ton bateau avancer à 30/35 noeuds, tu n'en es plus le pilote. Tu es recroquevillé, tu te mets dans une zone de sécurité, dans un coin où tu ne risques pas de prendre quelque chose sur la couenne". "Tu regardes ton speedo et tu te demandes: ça va aller jusqu'où? A ce moment-là, ce n'est pas de la peur panique mais tu ne fais pas le malin parce que, clairement, tu subis".

"Cette notion de peur, elle existe mais on la maîtrise", résume Josse, un autre client sérieux pour la victoire dans cette 8e édition de l'"Everest des mers"."Croiser des situations à risques, oui ça m'est arrivé", reconnaît Vincent Riou (PRB), vainqueur du Vendée Globe en 2004 et bien placé pour récidiver. "Dans ces cas-là, il faut éviter de trop réfléchir. Il faut agir. Et agir, c'est être capable de changer de mode, de passer de la compétition à la sécurité, de prévenir les incidents et se protéger". "Mais ce n'est pas évident, explique-t-il, car ce sentiment de mise en danger amène forcément de l'émotion et il faut la contenir pour aller à l'essentiel et prendre les bonnes décisions".

Le mot de la fin, revient peut-être à Fabrice Amédéo (Newrest-Matmut), qui va participer à son premier Vendée Globe.

"Même quand je suis à fond, affirme-t-il, ma priorité est toujours de naviguer en +bon marin+, c'est mon leitmotiv. Ca veut dire lever le pied de temps en temps, bien décomposer les manoeuvres, anticiper les réductions de voilure quand le vent monte, ne pas attendre le dernier moment".


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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.