Terre de feu : l’estancia Harberton, dans les pas des pionniers

Jeudi 6 février 2014 à 10h42

Dans une anse du Canal de Beagle, les descendants de Thomas Bridges continuent d'entretenir et de gérer la première estancia de l'histoire de la Terre de Feu. Une escale éblouissante sur les traces de Darwin et de Chatwin.


Crédit photo : Sandrine Pierrefeu

Quand Thomas Bridges et sa femme Mary posèrent le pied dans la baie d'Ushuaia, en 1871, pas un européen ne s'était installé dans cette baie boisée, au pied de sommets et de glaciers qu'avait admirés Darwin quarante ans auparavant. Seuls vivaient, dans ces archipels de grands vents et de froids mordants, les indiens Yamanas. Nomades se déplaçant en canaux d'écorce où ils conservaient des feux ardents – qui donnèrent son nom à la « Terre des Feux » - ils chassaient et pêchaient depuis cinq mille ans dans ces immenses espaces.
Thomas Bridges avait appris la langue Yamana auprès d'indiens durant son enfance aux Malouines. Devenu Pasteur, il travaillait à une grammaire, un dictionnaire et une bible dans cette langue et décida de fonder une mission au Sud du Sud du monde, parmi ce peuple qu'il aimait et respectait.

 

L’ancien paradis des indiens Yamanas


Murs de chaux et toits rouges. Après deux bonnes heures de route parmi les paysages démesurés de la Terre de Feu, la route débouche sur l'Estancia qu'il créa, quinze ans après son arrivée dans ce qui est devenu Ushuaia. Chercheurs d'or et aventuriers ayant afflué dans ce nouvel eldorado, les indiens, incompris, chassés et décimés par les maladies du vieux continent s'éteignaient. Thomas Bridges quitta la mission en 1886 pour continuer ailleurs son travail sur la langue Yamana et son combat pour la protection et la survie du peuple aux canots d'écorce.

 

C'est ici qu'il s'installa, sur les rives du canal de Beagle, à quelques kilomètres de l'Océan. Il baptisa, Harberton, du nom du village natal de sa femme Anglaise, cette terre-mer parsemée d'îles, qui allait devenir son refuge. Dans le calme de son domaine d'eaux et de forêts, ancien paradis des indiens, rien ne semble avoir changé depuis le début des temps.
L'arrière-arrière petit fils du pasteur, Tommy, cultive toujours les rives silencieuses où son aïeul écrivait entre deux chevauchées. Depuis que sa mère, Clarita Goodall - qui accueillit Bruce Chatwin durant son voyage en Patagonie - n'est plus, il veille avec son épouse Natalie, sur ce territoire de 20.000 hectares dominé par les montagnes et entouré d'un dédale de lagunes et d'îlots.

 

Ensemble, ils ont réédité le dictionnaire Yamana de Thomas Bridges et les mémoires de son fils Lucas. Natalie collecte et étudie les restes d'oiseaux et de mammifères marins des mers australes. Son musée, sa collection et son laboratoire, établis au sein de l'Estancia, attirent des étudiants et des chercheurs du monde entier. Tandis que montent et descendent les marées du Beagle, des visiteurs s'attardent dans le hameau classé monument historique et désormais ouvert au public.

 

On peut y venir passer quelques jours, hors du temps, et certains plaisanciers qui connaissent ce secret bien gardé, mouillent autour de la péninsule dont un versant, quelque soit le vent, demeure protégé.

 

Pratique : www.EstanciaHarberton.com
Musée Acatushun oiseaux et mammifères marins australs : www.acatushun.org


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