
La fin d’un vide juridique en haute mer
Lorsqu’un voilier quitte les zones économiques exclusives, il entre dans un espace qui représente près des deux tiers de la surface des océans. Jusqu’ici, cette haute mer relevait d’un empilement de conventions sectorielles, sans outil global permettant de protéger la biodiversité de façon cohérente. Le traité sur la haute mer, officiellement appelé accord BBNJ, vient combler ce vide. Adopté après plus de quinze ans de négociations, il est entré en vigueur en janvier 2026 après avoir atteint le nombre requis de ratifications.
Ce texte ne vise pas à restreindre la navigation de plaisance, mais à encadrer l’usage durable de l’océan. Il crée un cadre commun pour mieux protéger les écosystèmes marins au large, là où jusqu’à présent aucune autorité ne pouvait décider seule de mesures de conservation à grande échelle.
Entrée en vigueur ne signifie pas changement immédiat
Pour les navigateurs, il est essentiel de comprendre que l’entrée en vigueur du traité marque un point de départ, pas une application instantanée de nouvelles règles partout dans le monde. Le traité met en place des institutions, des mécanismes scientifiques et des procédures de décision. Leur traduction concrète prendra donc du temps…
Dans les mois et les années à venir, des conférences des États parties devront définir où et comment appliquer les outils prévus par le traité. Cela concerne notamment la création de zones de protection en haute mer et les modalités de leur gestion. Pour les plaisanciers, les effets seront donc progressifs, à mesure que ces décisions seront prises et rendues opérationnelles.
Des zones protégées au large, un nouveau paramètre de navigation
L’un des apports majeurs du traité est la possibilité de créer des aires marines protégées en haute mer. Ces zones pourront être assorties de règles spécifiques, variables selon les objectifs de conservation retenus. L’ambition politique affichée est de protéger 30 % de l’océan à l’horizon 2030, mais cela passera par des choix ciblés et concertés.
Pour un skipper, l’impact le plus concret sera la nécessité d’intégrer ces zones dans la préparation de route, comme cela se fait déjà près des côtes avec les parcs marins ou les sanctuaires. À terme, la navigation au large pourrait ainsi s’appuyer sur une cartographie plus riche, intégrant des espaces à éviter ou à traverser avec certaines précautions.
Des effets indirects pour la plaisance hauturière
Le traité renforce également le principe des évaluations d’impact environnemental pour les activités susceptibles d’affecter la biodiversité en haute mer. Cette obligation vise avant tout les projets structurés et les opérations industrielles, mais elle pourrait concerner indirectement certaines activités nautiques organisées.
Courses au large, grandes expéditions, rallyes océaniques ou projets médiatiques très encadrés pourraient être amenés à documenter davantage leurs pratiques. Pour la plaisance individuelle, il n’est pas question de démarches administratives systématiques, mais l’évolution des standards pourrait influencer les bonnes pratiques recommandées aux navigateurs.
Une meilleure circulation de l’information, enjeu clé pour les marins
Le traité prévoit des mécanismes de partage et de centralisation des informations relatives aux zones protégées et aux mesures adoptées. Pour les plaisanciers, cet aspect est déterminant. Une règle n’a de sens que si elle est clairement identifiable et accessible.
À terme, l’enjeu sera de voir apparaître des outils fiables, cartes, bases de données, avis aux navigateurs, permettant d’anticiper les contraintes sans complexifier excessivement la préparation des navigations hauturières. Dans ce domaine, la qualité de la mise en œuvre sera aussi importante que le contenu du traité lui-même.
Ce que le traité ne change pas
Le BBNJ ne remplace pas l’ensemble des cadres existants. La pêche en haute mer reste largement gérée par des organisations régionales, le transport maritime par ses propres conventions, et l’exploitation des grands fonds marins demeure du ressort d’autres instances internationales. Pour les plaisanciers, cela signifie que certaines problématiques du large continueront d’évoluer en dehors du traité.
Il n’y a donc pas de “code unique” de la haute mer, mais une couche supplémentaire de gouvernance, centrée sur la biodiversité, qui vient compléter un paysage déjà complexe.
Une évolution culturelle autant que réglementaire
Le principal changement pour les navigateurs n’est sans doute pas juridique, mais culturel. La haute mer n’est plus considérée comme un espace entièrement libre de toute planification. Comme cela a déjà été le cas en zone côtière, les usages vont progressivement s’inscrire dans un cadre plus structuré.
Pour les plaisanciers engagés dans la grande croisière ou les traversées océaniques, cela implique d’intégrer ce nouveau paramètre dans la préparation des voyages, au même titre que la météo, la sécurité ou la logistique. Anticiper, s’informer et comprendre les règles deviendront des réflexes essentiels.
Un traité politique, des effets très concrets à moyen terme
Le traité BBNJ marque une étape historique dans la gouvernance des océans. Son impact sur la plaisance ne sera ni brutal ni spectaculaire, mais il s’inscrira dans la durée. À mesure que les zones seront définies et que les outils de gestion se mettront en place, la navigation au large gagnera en lisibilité.
Pour les marins, le message est clair. Le grand large reste un espace de liberté, mais une liberté désormais mieux encadrée, au service de la préservation de l’océan. Une évolution qui demande de l’adaptation, mais qui s’inscrit pleinement dans la responsabilité collective de ceux qui vivent, voyagent et naviguent sur la mer.
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