Un traité historique pour protéger la haute mer entre en vigueur en 2026
Un vide juridique enfin comblé
Jusqu’à présent, la haute mer représentait l’un des angles morts de la gouvernance environnementale mondiale. Ces espaces, qui couvrent près de deux tiers de l’océan mondial et presque la moitié de la surface de la planète, échappaient à toute gestion collective cohérente. Fragmentée entre accords sectoriels et règles partielles, leur protection reposait davantage sur des intentions que sur des obligations contraignantes.
Adopté sous l’égide de l’Organisation des Nations unies, l’accord sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones situées au-delà de la juridiction nationale, connu sous le nom de traité BBNJ, vient combler ce vide. L’atteinte du seuil de 60 ratifications, prévu par le texte, déclenche désormais son entrée en vigueur et marque une étape diplomatique sans précédent.
Ce que prévoit concrètement le traité BBNJ
Le traité introduit plusieurs avancées structurantes pour la protection des océans. Il ouvre d’abord la possibilité de créer des aires marines protégées en haute mer, un outil jusqu’ici inexistant à l’échelle internationale. Il impose également la réalisation d’études d’impact environnemental avant toute activité humaine susceptible d’affecter ces zones, qu’il s’agisse de pêche industrielle, de bioprospection ou d’exploitation minière des grands fonds.
Autre pilier central du texte, le partage équitable des ressources génétiques marines et des données scientifiques vise à réduire les déséquilibres entre pays technologiquement avancés et États disposant de capacités plus limitées. Le traité prévoit enfin des mécanismes de renforcement des capacités et de transfert de technologies, destinés à permettre une participation plus équilibrée de tous les États à la gouvernance de la haute mer.
De l’entrée en vigueur à la mise en œuvre réelle
L’entrée en vigueur du traité, le 17 janvier 2026, ne signifie pas que toutes les structures seront immédiatement opérationnelles. Certaines instances clés, comme le secrétariat permanent ou le mécanisme de partage d’informations, sont encore en cours de mise en place. Pour autant, de nombreuses obligations s’appliqueront dès le premier jour.
Les États parties devront commencer à intégrer les objectifs du traité dans leurs politiques nationales, coopérer sur la recherche scientifique et veiller à ce que les projets envisagés en haute mer respectent les nouveaux standards environnementaux. Cette phase marque un changement profond : la haute mer n’est plus un espace de non-droit, mais un territoire soumis à des règles communes.
La CoP1, moment décisif pour l’avenir du traité
Les prochains mois seront déterminants avec la poursuite des travaux de la Commission préparatoire, chargée de poser les bases institutionnelles du traité. Cette dynamique culminera avec la tenue de la première Conférence des Parties, la CoP1, véritable acte fondateur de la mise en œuvre opérationnelle.
À cette occasion, les États devront adopter les règles de procédure, définir les arrangements financiers, finaliser les structures institutionnelles et arrêter les processus permettant de lancer les premières aires marines protégées en haute mer. Les décisions prises lors de cette conférence conditionneront directement la rapidité et l’efficacité du déploiement du traité.
Vers un réseau mondial d’aires marines protégées en haute mer
Parmi les attentes les plus fortes figure la création d’un réseau global d’aires marines protégées en haute mer. Si les outils institutionnels sont encore en construction, les États peuvent d’ores et déjà préparer des propositions fondées sur les meilleures données scientifiques disponibles et sur des consultations élargies.
Des zones prioritaires ont déjà été identifiées par la High Seas Alliance, notamment les monts sous-marins de l’Emperor, la mer des Sargasses ou encore les dorsales de Salas y Gómez et Nazca. Ces régions concentrent des enjeux majeurs en matière de biodiversité, de résilience climatique et de santé des écosystèmes océaniques.
Un enjeu écologique, mais aussi économique et politique
Au-delà de la protection de la biodiversité, le traité BBNJ porte des implications économiques et géopolitiques significatives. Des analyses récentes montrent que sa ratification peut générer des bénéfices économiques nets, notamment en renforçant la coopération scientifique, la gouvernance des ressources marines et les capacités de surveillance, y compris pour des États ne disposant pas encore d’aires protégées en haute mer.
Ce nouveau cadre incite également les pays à s’impliquer rapidement dans les instances décisionnelles afin de peser sur les orientations futures du traité. Dans un contexte de compétition croissante pour l’accès aux ressources marines, la haute mer devient ainsi un espace stratégique autant qu’écologique.
Un signal fort face aux crises océaniques mondiales
Saluer par de nombreuses ONG et gouvernements, l’entrée en vigueur du traité BBNJ envoie un message politique clair : la protection de la haute mer devient une responsabilité collective. Face à l’accélération des pressions climatiques, à l’érosion de la biodiversité et à l’intensification des usages, ce texte pose les bases d’une gouvernance plus cohérente et plus ambitieuse des océans.
Le défi, désormais, sera de transformer ce cadre juridique inédit en actions concrètes, mesurables et durables. Car si le traité marque une avancée historique, son efficacité dépendra avant tout de la volonté des États à faire de la haute mer un véritable bien commun mondial protégé.