L’épopée du sextant : l’instrument qui a ouvert les routes du large

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Symbole de la navigation astronomique, le sextant a permis aux marins de déterminer leur position en mer avec une précision inédite. De son invention au XVIIIe siècle à son rôle stratégique dans les grandes explorations, les conflits mondiaux et la formation des marins modernes, retour sur l’épopée d’un instrument qui a profondément transformé la navigation maritime.

Symbole de la navigation astronomique, le sextant a permis aux marins de déterminer leur position en mer avec une précision inédite. De son invention au XVIIIe siècle à son rôle stratégique dans les grandes explorations, les conflits mondiaux et la formation des marins modernes, retour sur l’épopée d’un instrument qui a profondément transformé la navigation maritime.
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Dans l’histoire maritime, peu d’objets ont autant changé la manière de parcourir les océans que le sextant. Discret, compact, presque austère dans sa conception, il a pourtant permis aux navigateurs de s’affranchir d’une part d’incertitude qui, pendant des siècles, a coûté des navires, des cargaisons et des vies. Avant les satellites et l’électronique embarquée, la position en mer dépendait d’un dialogue patient entre l’œil humain, le métal poli des miroirs et la mécanique céleste. Le sextant n’est pas seulement un outil : il marque le moment où la navigation devient véritablement scientifique.

 

Une révolution née du siècle des Lumières

Au début du XVIIIe siècle, la navigation océanique repose encore sur des méthodes imparfaites. La latitude peut être estimée en mesurant la hauteur du Soleil à midi ou celle de l’étoile Polaire la nuit, mais les instruments disponibles, comme l’astrolabe nautique ou le quadrant, manquent de stabilité et de précision, surtout par mer formée. Les erreurs d’angle, parfois minimes, peuvent entraîner des écarts de plusieurs milles.
En 1731, l’Anglais John Hadley présente à la Royal Society un nouvel instrument à réflexion capable de mesurer des angles avec une exactitude remarquable pour l’époque. Presque simultanément, l’Américain Thomas Godfrey met au point un appareil similaire. Le principe repose sur un système de double réflexion grâce à deux miroirs : l’un fixe, l’autre mobile. L’image d’un astre est réfléchie puis superposée à celle de l’horizon visible à travers la lunette. Le sextant doit son nom à l’arc gradué qui couvre 60 degrés, soit un sixième de cercle. Grâce au jeu des miroirs, il peut en réalité mesurer des angles allant jusqu’à 120 degrés. Cette précision transforme la pratique nautique : pour la première fois, un instrument portable permet des mesures fiables même sur un pont instable.

 

Lire le ciel pour trouver sa position

Le fonctionnement du sextant repose sur une idée simple en apparence : mesurer l’angle entre un astre et l’horizon. En pratique, l’opération demande méthode et rigueur. Le navigateur tient l’instrument à la verticale, ajuste le miroir mobile jusqu’à ce que le Soleil ou l’étoile choisie “touche” visuellement la ligne d’horizon, puis lit l’angle sur l’arc gradué à l’aide d’un vernier d’une grande finesse. Cette mesure, corrigée de plusieurs paramètres, hauteur de l’œil au-dessus de la mer, réfraction atmosphérique, demi-diamètre du Soleil, permet de déterminer la latitude avec une précision qui, au XIXe siècle, peut descendre à moins d’un mille nautique. Les tables astronomiques, notamment le Nautical Almanac publié à partir de 1767 en Grande-Bretagne, deviennent alors des ouvrages indispensables à bord.
La longitude reste longtemps le véritable défi. Elle dépend d’une comparaison entre l’heure locale, déterminée par la position du Soleil et l’heure d’un méridien de référence. Les chronomètres marins conçus par John Harrison au XVIIIe siècle apportent enfin une solution fiable. La combinaison chronomètre-sextant devient le cœur de la navigation hauturière moderne. À partir de là, les océans cessent d’être des espaces approximatifs : ils deviennent mesurables.

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L’instrument des grandes expéditions

Au XIXe siècle, le sextant accompagne les grandes campagnes hydrographiques. Les services cartographiques européens l’utilisent pour lever des côtes encore mal connues en Afrique, en Océanie ou en Amérique du Sud. Chaque point relevé au sextant contribue à améliorer la précision des cartes marines, réduisant les risques d’échouement et facilitant l’ouverture de nouvelles routes commerciales. Les expéditions polaires, confrontées à des conditions extrêmes, s’appuient également sur la navigation astronomique dès que le ciel se dégage. Dans ces latitudes élevées, où le compas magnétique peut devenir peu fiable, la lecture des astres offre une référence stable, indépendante des perturbations terrestres.
Au XXe siècle, malgré l’essor de la radiogoniométrie puis du radar, le sextant conserve un rôle stratégique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il reste un instrument de secours incontournable à bord des navires militaires et des avions de reconnaissance maritime. En cas de panne électrique ou de brouillage radio, la navigation astronomique constitue une solution autonome. Même les missions spatiales s’en inspirent : les modules du programme Apollo intègrent des dispositifs de visée astronomique permettant de recalculer une trajectoire à partir d’étoiles repères. Le principe fondamental demeure celui du sextant : mesurer un angle pour se situer dans l’espace.

 

Un savoir exigeant

Maîtriser le sextant ne se limite pas à savoir lire un angle. Il faut comprendre les principes d’astronomie nautique, manipuler des tables, effectuer des calculs parfois complexes à la main. La navigation astronomique exige discipline et concentration. Une erreur d’interprétation, une lecture imprécise ou un mauvais réglage peuvent entraîner des écarts significatifs. Cette exigence explique aussi la dimension presque initiatique attachée à l’instrument. Dans de nombreuses marines, savoir “faire un point au sextant” reste un marqueur de compétence. Il ne s’agit pas seulement d’une technique ancienne, mais d’une démonstration d’autonomie et de compréhension globale de la navigation.

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Le crépuscule annoncé… et le retour discret

L’apparition du GPS à la fin du XXe siècle bouleverse les pratiques. En quelques secondes, la position exacte d’un navire apparaît sur un écran, avec une précision métrique. La navigation devient intuitive, continue, quasiment automatique. Pour beaucoup, le sextant semble alors relégué au rang d’objet patrimonial. Pourtant, il ne disparaît pas. Dans les écoles navales, son enseignement se maintient. Certains marins au long cours continuent d’en embarquer un, par prudence. Les vulnérabilités potentielles des systèmes satellitaires, brouillage, cyberattaques, défaillances techniques, rappellent que la dépendance exclusive à l’électronique comporte des risques. Dans ce contexte, la navigation astronomique retrouve un intérêt stratégique. Elle représente une compétence résiliente, indépendante de toute infrastructure extérieure.

 

Plus qu’un instrument, une culture maritime

Le sextant incarne une époque où naviguer signifiait observer, calculer, attendre le bon moment. Il impose un rythme différent, en phase avec la course du Soleil et des étoiles. Chaque mesure est un dialogue entre le navigateur et le ciel. Son épopée raconte la rencontre entre la science des Lumières et l’immensité des océans. Grâce à lui, les marins ont appris à transformer les astres en coordonnées et la voûte céleste en carte invisible. Il a sécurisé les grandes routes commerciales, soutenu les explorations scientifiques et accompagné les conflits mondiaux. Aujourd’hui encore, dans la pénombre d’une cabine, lorsque l’on trace un point astronomique sur une carte papier, le sextant rappelle que la mer peut se lire autrement que sur un écran. Et dans l’histoire maritime, rares sont les instruments qui auront à ce point redéfini la manière de se situer dans l’immensité du large.

 

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.