L’éclade de moules : le grand spectacle culinaire des côtes charentaises

Gastronomie
Par Le Figaro Nautisme

Sur les rivages de Charente-Maritime et de l’île d’Oléron, l’éclade de moules n’est pas seulement un plat, c’est un moment. Un geste collectif, presque cérémoniel, où la cuisine se transforme en spectacle. Pas de casserole ni de recette écrite, mais un feu vif, des aiguilles de pin et une planche de bois. Cette méthode de cuisson ancestrale, née dans les cabanes ostréicoles, continue aujourd’hui de faire la fierté du littoral atlantique. Et même sans cuisine équipée, elle reste étonnamment accessible à qui veut la tenter.

Sur les rivages de Charente-Maritime et de l’île d’Oléron, l’éclade de moules n’est pas seulement un plat, c’est un moment. Un geste collectif, presque cérémoniel, où la cuisine se transforme en spectacle. Pas de casserole ni de recette écrite, mais un feu vif, des aiguilles de pin et une planche de bois. Cette méthode de cuisson ancestrale, née dans les cabanes ostréicoles, continue aujourd’hui de faire la fierté du littoral atlantique. Et même sans cuisine équipée, elle reste étonnamment accessible à qui veut la tenter.
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Une tradition née au cœur des parcs à moules

L’éclade, parfois appelée églade selon les villages, est profondément liée à l’histoire des mytiliculteurs de la côte atlantique. Après une journée de travail dans les parcs, il fallait préparer rapidement un repas chaud, sans matériel complexe. Les moules étaient simplement posées sur une planche, recouvertes d’aiguilles de pin, puis enflammées.
La cuisson est brutale, directe, spectaculaire. Les flammes montent rapidement, crépitent, et en quelques minutes seulement, les moules s’ouvrent, fumées, légèrement grillées, imprégnées d’un parfum de résine. C’est cette signature aromatique qui distingue l’éclade de toutes les autres préparations de moules. Aujourd’hui encore, ce mode de cuisson reste un symbole du littoral charentais. Il est régulièrement pratiqué lors de fêtes de village, de rassemblements nautiques ou d’événements estivaux, où il attire autant pour le goût que pour la mise en scène.

 

Une cuisson sans casserole, mais pas sans méthode

L’éclade donne l’impression d’une cuisine improvisée, presque sauvage. En réalité, elle repose sur des gestes précis et sur quelques règles essentielles. La réussite tient moins à une recette qu’à une organisation rigoureuse. La première étape consiste à choisir des moules bien fraîches, idéalement de taille moyenne. Elles doivent être propres et fermées. On les dispose ensuite debout, serrées les unes contre les autres, sur une planche en bois ou une surface métallique. Cette disposition verticale est fondamentale : elle permet de conserver le jus à l’intérieur de chaque coquille pendant la cuisson. Les aiguilles de pin, bien sèches, sont ensuite déposées en une couche épaisse sur les moules. C’est ce combustible naturel qui va assurer la cuisson. On allume le feu par le dessus, et en quelques secondes, une flamme vive enveloppe l’ensemble.
La combustion dure généralement entre 2 et 3 minutes. Lorsque le feu s’éteint naturellement et que les aiguilles sont réduites en cendres, la cuisson est terminée. Il suffit alors d’écarter les résidus brûlés et de servir immédiatement. Ce procédé ne demande ni eau, ni sel, ni matière grasse. Tout repose sur la chaleur intense et sur l’arôme du bois.

 

Un goût fumé unique, impossible à reproduire autrement

Ce qui fait la singularité de l’éclade, ce n’est pas seulement la cuisson, mais le goût qu’elle produit. Les moules ne sont ni bouillies ni grillées au sens classique. Elles sont saisies dans une atmosphère chaude et sèche, chargée de fumée végétale. Le résultat est surprenant. La chair reste tendre, mais développe une légère note grillée, presque boisée. Le jus, concentré, devient plus intense. Cette signature aromatique explique pourquoi les amateurs considèrent l’éclade comme une expérience culinaire à part entière.
C’est aussi une cuisine profondément conviviale. On mange debout, autour de la planche, souvent avec du pain et un verre de vin blanc local. Rien de sophistiqué, mais une authenticité immédiate.

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Où déguster une véritable éclade aujourd'hui

Même si l'éclade reste associée aux fêtes locales et aux repas entre amis, certains établissements la proposent régulièrement, perpétuant cette tradition maritime avec authenticité.
Sur l'île d'Oléron, plusieurs cabanes ostréicoles en font leur spécialité. La Cabane Tétaud Dominique, sur la route des Allards à Dolus-d'Oléron, accueille ses visiteurs au cœur des marais ostréicoles pour partager un moment convivial autour de la traditionnelle églade de moules. Dans le même esprit, Chez Mamelou, au bord du Canal de la Baudissière, est réputé pour son éclade de moules et ses produits de la mer, dans un cadre détendu au bord de l'eau. À Saint-Georges-d'Oléron, La Roue Tourne, nichée dans les marais, cultive les traditions locales avec au menu éclade de moules, mouclade et fruits de mer, dans une ambiance très oléronaise saluée par le Gault & Millau.
Du côté de La Tremblade et du bassin de Marennes-Oléron, les adresses ne manquent pas non plus. À La Bonne Renommée – Huît'Renouleau, sur le port de La Grève, cette aventure familiale d'ostréiculteurs-restaurateurs propose l'éclade accompagnée de vin blanc charentais et de tartines beurrées, dans un cadre authentique ouvert d'avril à septembre. Tout aussi ancré dans le terroir, So What, situé au pied du pont de la Seudre à Ronce-les-Bains, est une cabane créée par Yann, ostréiculteur producteur, où l'éclade est servie avec du pain et du beurre salé, les huîtres tout juste sorties des claires.
Sur l'île de Ré, le restaurant L'Ailes de Ré au Bois-Plage est l'une des rares adresses de l'île à proposer l'éclade, où les moules sont cuites dans la cheminée sur un tapis d'aiguilles de pin, selon la recette des grands-parents du chef, servie exclusivement de mars à mi-décembre.
Ces établissements, souvent tenus par des ostréiculteurs eux-mêmes, garantissent une expérience fidèle à l'origine du plat : des produits locaux, une cuisson spectaculaire, et une convivialité sans chichis.

 

Peut-on réaliser une éclade soi-même ?

Oui, et c’est même l’un des aspects les plus séduisants de cette préparation. L’éclade ne nécessite pas d’équipement sophistiqué. Une planche solide, des moules fraîches, des aiguilles de pin et un espace extérieur suffisent. Il faut cependant respecter quelques conditions de sécurité évidentes : le feu doit être maîtrisé, la surface stable, et la cuisson réalisée en plein air. De nombreux plaisanciers ou campeurs reproduisent aujourd’hui cette méthode lors de rassemblements nautiques ou de soirées au mouillage. Elle offre une solution simple pour cuisiner des moules sans cuisine complète, tout en créant un moment convivial.

 

Une cuisine de côte, spectaculaire et profondément identitaire

L’éclade de moules incarne parfaitement l’esprit des littoraux atlantiques. Une cuisine née du travail, adaptée aux conditions de terrain, et transformée avec le temps en véritable tradition festive. Elle rappelle qu’un plat peut être autant un geste qu’une saveur. Un feu qui s’allume, une planche entourée d’amis, une odeur de pin brûlé dans l’air salin : tout cela fait partie de l’expérience. Plus qu’une recette, l’éclade est une scène. Et sur les côtes charentaises, elle continue d’attirer les regards autant que les appétits.

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.