Qu’est-ce qu’un vrai bateau de grande croisière aujourd’hui ?

Mark Bernie
Par Mark Bernie

Pour nombre de plaisancier, le « vrai » bateau de grande croisière est associé à une silhouette bien précise : coque massive, cockpit profond, construction jugée rassurante et compromis limités. La réalité d’aujourd’hui est bien différente. Design moderne, charge utile, assurance, réparabilité, ergonomie, météo et réalité de l’équipage ont rebattu les cartes. Le vrai bateau de voyage n’est peut-être plus celui qui impressionne au ponton, mais celui qui permet réellement de partir loin, longtemps, et dans de bonnes conditions.

Le mythe du vrai bateau de voyage ne résiste plus totalement au réel

Les voiliers modernes ont profondément changé le débat. Les carènes sont plus puissantes, les plans de pont sont pensés pour des équipages réduits, les cockpits sont mieux protégés, les volumes ont progressé, l’automatisation de certaines manœuvres a simplifié la vie à bord. En d’autres termes, des bateaux autrefois jugés trop légers, trop ouverts ou trop orientés confort peuvent aujourd’hui avaler des milles sans difficulté, à condition d’être bien préparés et bien menés.

Cela ne signifie pas que tous les bateaux modernes sont devenus de grands voyageurs par miracle. Cela signifie en revanche que l’ancien réflexe qui consistait à opposer le bateau de série au vrai bateau de voyage ne fonctionne plus, tout simplement. Un bateau contemporain bien conçu, bien équipé et exploité dans son programme se révèle plus cohérent qu’une unité ancienne bardée de réputation mais fatiguée, surchargée, peu ergonomique et finalement difficile à manier.

Le sujet est d’autant plus important que la plaisance de voyage s’adresse aujourd’hui à des équipages très variés. On ne part plus forcément à 4 ou 5 avec une solide habitude du large. Beaucoup de programmes sont menés à 2, parfois avec des enfants, parfois avec un équipage vieillissant, parfois avec un niveau technique honnête mais pas exceptionnel. Ce changement de profil a une conséquence directe. Le bateau de grande croisière ne peut plus être seulement un bateau capable de tenir la mer. Il doit aussi être un bateau que l’équipage peut réellement exploiter sans s’épuiser.

En grande croisière, la charge utile ne pardonne pas

C’est sans doute l’un des points les moins spectaculaires et pourtant l’un des plus décisifs. Beaucoup de bateaux très convaincants à vide changent de visage une fois réellement préparés pour partir loin. Eau, carburant, annexe, moteur hors-bord, batteries supplémentaires, panneaux solaires, pièces de rechange, pharmacie, outillage, avitaillement, vêtements, électronique, équipements de sécurité, dessalinisateur, groupe froid, tout cela finit par peser lourd. Très lourd.

La grande croisière commence précisément là, au moment où l’on cesse de regarder un bateau comme un rêve et où on l’envisage comme une maison mobile, un atelier flottant et un outil de navigation. Un bateau peut afficher une très belle fiche technique et perdre une partie de son intérêt dès qu’il navigue à la limite de sa charge maximum. Son assiette change, ses performances baissent, son comportement évolue, ses manœuvres peuvent devenir plus physiques et certains défauts jusque-là secondaires apparaissent au grand jour.

C’est pour cela qu’un vrai bateau de voyage ne se juge pas à vide. Il se juge chargé. Et même chargé pour de vrai, pas pour une visite de salon ou une sortie de week-end. C’est là que certains bateaux anciens gardent un avantage, avec des capacités d’emport parfois généreuses. C’est aussi là que certains modèles modernes bien pensés surprennent agréablement, à condition que la charge utilie calculée par l’architecte soit respectée !

L’ergonomie a remplacé une partie du discours sur la robustesse

Pour un bateau de voyage, la discussion se limitait souvent à parler de sa construction, du poids et de la capacité à encaisser. Cette approche garde évidemment tout son sens. Mais l’ergonomie est devenue un sujet majeur de sécurité et de performance globale. Un cockpit bien organisé, des manœuvres qui y reviennent, des prises de ris faciles, une bonne circulation, une veille protégée, une descente sécurisante, une visibilité correcte sur le plan d’eau, tout cela compte énormément quand les jours s’enchaînent et que la fatigue s’installe. Un bateau n’est pas seulement bon quand il tient dans 35 nœuds. Il est bon quand l’équipage continue à fonctionner proprement au 5e jour, après une nuit courte, sous grain, avec un moral moins flamboyant qu’au départ. Et c’est là que les voiliers modernes ont le plus changé la donne. Ils ont été conçus pour simplifier la vie du bord. Pas toujours avec bonheur, pas dans toutes les gammes, pas sans contreparties, mais ils sont plus faciles ! Le bateau de grande croisière moderne permet à l’équipage de rester lucide, efficace et moins usé.

Le bateau de grande croisière est aussi une affaire de météo et d’équipage

La mer n’a pas changé de nature. En revanche, la façon de la naviguer a beaucoup évolué. Les fichiers météo, le routage, la capacité d’anticipation, la culture de l’évitement et l’accès à l’information ont profondément modifié la manière d’aborder le large. Le bateau de grande croisière n’est plus seulement pensé pour tout encaisser. Il est pensé pour aider à prendre les bonnes décisions au bon moment.

Cela change profondément la hiérarchie des qualités. Autrefois, on valorisait presque héroïquement la capacité d’un bateau à rester dehors dans la mauvaise météo. Aujourd’hui, la vraie compétence consiste souvent à ne pas être au mauvais endroit au mauvais moment ! Dans cette logique, un bateau rapide, manœuvrable, bien équilibré et facile à exploiter peut offrir un avantage stratégique considérable. Il permet de raccourcir une traversée, de viser une meilleure fenêtre, d’adapter plus finement sa route, de réduire la fatigue du bord.

Le rôle de l’équipage est tout aussi central. Un bateau de grande croisière ne vaut que par l’adéquation entre ses ambitions et ceux qui vivent à bord. Un voilier très capable sur le papier mais trop grand, trop physique ou trop technique pour ses utilisateurs finit souvent sous exploité. Inversement, un bateau plus modeste mais parfaitement compris, bien préparé et pleinement assumé emmène loin. Très loin parfois.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.