Sardinia Preliminary Regatta, un premier verdict très attendu avant la 38e America’s Cup
La Sardaigne comme premier grand test avant la Coupe
Il y a des régates qui servent à prendre des repères, et d’autres qui installent déjà un rapport de force. La Sardinia Preliminary Regatta, prévue dans la baie des Anges à Cagliari, appartient clairement à la seconde catégorie. À 1 mois du coup d’envoi, l’attente monte autour de ce premier rendez vous officiel de la Louis Vuitton 38th America’s Cup, tant il concentre d’enjeux sportifs, symboliques et stratégiques.
Jamais, dans l’histoire de l’America’s Cup, les passerelles vers le plus haut niveau n’avaient semblé aussi ouvertes pour les jeunes talents et les navigatrices. Les dispositifs mis en place lors de l’AC37 ont changé la donne et donné une vraie visibilité à cette nouvelle génération. En Sardaigne, cette dynamique va franchir un cap très concret puisque, pour la première fois en course officielle, des équipes Women & Youth évolueront à armes égales face aux équipages seniors. L’intérêt dépasse donc largement le simple cadre d’une régate préliminaire. À Cagliari, il sera autant question de vitesse pure que de crédibilité, de statut et de projection vers la suite du cycle. Les réputations sont déjà en jeu, et certains noms pourraient très vite s’imposer dans le débat autour des futurs titulaires en AC75.
Emirates Team New Zealand, entre continuité et abondance de talents
Du côté d’Emirates Team New Zealand, l’intensité de la préparation ne fait guère de doute. L’équipe néo zélandaise a beaucoup navigué à Auckland, notamment sur son AC75 reconfiguré, Taihoro, tout en poursuivant un important travail sur AC40. Cette montée en puissance nourrit déjà de nombreuses spéculations sur la composition des équipages qui seront alignés en Sardaigne. La tendance la plus crédible pour l’équipe senior mène vers une association entre Nathan Outteridge, skipper expérimenté, et Seb Menzies, dont les prestations à l’entraînement ont visiblement marqué les observateurs. Le jeune Néo Zélandais a montré de très belles choses à la fois sur AC40 et sur AC75, au point de s’installer comme l’un des visages à suivre dans cette première phase de la campagne.
Pour la formation Women & Youth, plusieurs scénarios restent ouverts. Jo Aleh, immense référence du vol et figure respectée de la voile internationale, apparaît comme une option naturelle. Son expérience, renforcée par son rôle de skipper lors de la dernière Women’s America’s Cup pour le camp kiwi, en fait un atout majeur. À ses côtés, Jake Pye possède un profil particulièrement séduisant, lui qui s’est forgé une réputation de marin très rapide avec son titre mondial en International Moth. Mais la richesse néo zélandaise rend tout pronostic fragile. Seb Menzies, qui n’a que 22 ans, pourrait aussi basculer dans l’équipe Youth, ce qui ouvrirait la porte à Chris Draper chez les seniors. Josh Armit, olympien encore éligible chez les jeunes, reste lui aussi une carte sérieuse. À cela s’ajoutent Erica Dawson, Lena Sanderson et Serena Woodall, autant de profils capables de rebattre les cartes. Chez les défenseurs, les options sont nombreuses, et le dernier mot reviendra à Ray Davies, Sam Meech et Kevin Shoebridge.
GB1 veut transformer sa filière Athena en vraie menace sportive
GB1 aborde ce rendez vous avec un cadre un peu plus lisible. Côté senior, Dylan Fletcher et Ben Cornish ont régulièrement tenu la barre, tandis que la confrontation interne avec l’équipe Athena Pathway a permis de mesurer l’écart, ou plutôt l’absence d’écart réel, entre les deux structures. Selon les retours de l’équipe, les duels disputés récemment à Cagliari ont été très serrés, signe que la filière britannique arrive avec de vraies ambitions. Le nom qui revient avec insistance pour accompagner Hannah Mills dans le groupe Women & Youth est celui de Ryan Littlechild. Véritable phénomène en International Moth, il est présenté comme un choix très probable pour prendre un poste de barreur. L’idée a du sens tant son profil colle à l’exigence des AC40, où la finesse de pilotage et la lecture du vol font souvent basculer la performance.
Autour de ce noyau, GB1 dispose d’une réserve de talents qui peut faire très mal. Ellie Aldridge, championne olympique, Hattie Rogers, sacrée chez les Women’s International Moth, mais aussi Finn Dickinson, Finn Morris ou Sam Webb, forment un ensemble dense, varié et prometteur. L’impression générale est celle d’une équipe capable de surprendre fortement. Si la cohésion se met vite en place, Athena Pathway pourrait aller chercher bien plus qu’un simple rôle d’outsider.
Luna Rossa avance à domicile avec une pression immense
S’il y a bien une équipe qui focalise déjà l’attention, c’est Luna Rossa. La formation italienne est celle qui a le plus navigué sur AC40 à l’approche de la régate sarde, et cette accumulation de séances a nourri une concurrence interne particulièrement intense. Les rotations à la barre ont été nombreuses, les comparaisons directes aussi, avec l’envie manifeste de construire la combinaison la plus redoutable possible avant l’échéance. Pour le groupe senior, la perspective d’un duo formé par Peter Burling, triple vainqueur de l’America’s Cup, et Ruggero Tita, double champion olympique, a de quoi impressionner. Sur le papier, l’association mêle science du match racing, sens du très haut niveau et instinct de la vitesse. Dans une régate aussi exposée, cette base offrirait à Luna Rossa une assise considérable.
Mais c’est sans doute du côté du duo Women & Youth que l’attente est la plus forte. Marco Gradoni, 22 ans, semble s’imposer comme le leader naturel du projet. Son nom inspire déjà le respect dans tout l’univers du foil. À ses côtés, Margherita Porro, victorieuse de la Women’s America’s Cup, s’affirme comme l’une des étoiles montantes de cette nouvelle scène. Ensemble, ils incarnent l’une des associations les plus redoutées du plateau. Beaucoup les voient déjà jouer les premiers rôles, voire viser la finale. Cette pression ne semble pas de nature à les freiner, bien au contraire. Gradoni comme Porro ont tout intérêt à marquer les esprits, eux qui regardent aussi vers une possible place future sur l’AC75 à Naples. Pour Luna Rossa, évoluer à Cagliari avec ce niveau d’attente ressemble autant à une opportunité qu’à une obligation de résultat.
Derrière les favoris, plusieurs équipes prêtes à troubler la lecture du plateau
La Roche Posay devrait, sauf surprise, s’appuyer sur Quentin Delapierre et Diego Botín à la barre. Le duo possède le niveau pour signer de gros résultats, mais l’équipe a aussi prévu une marge de manœuvre stratégique. Si la dynamique n’est pas celle espérée, les règles permettent un changement en cours de régate, avec la possibilité de faire appel à Enzo Balanger. Cette souplesse pourrait peser dans une compétition où les ajustements rapides ont parfois autant d’importance que la hiérarchie de départ.
Tudor Team Alinghi avance de son côté avec davantage de mystère, mais certainement pas avec moins d’ambition. Nicolas Rolaz apparaît comme l’un des hommes clés du dispositif. Le reste de l’équipe n’a pas encore été officialisé, mais les rumeurs évoquent la présence d’un champion olympique et ancien champion du monde d’International Moth. Dans un univers où ces profils sont particulièrement précieux, une telle recrue suffirait à transformer le potentiel du groupe. Les entraînements privés menés à Barcelone laissent en tout cas penser que l’équipe suisse travaille intensément à trouver les bonnes combinaisons.
Une régate qui peut déjà redessiner la suite de la campagne
Cagliari n’offrira pas seulement un décor spectaculaire à la première régate préliminaire de la 38e America’s Cup. Le rendez vous s’annonce comme un moment charnière, presque un révélateur. Entre les stars déjà installées et les jeunes marins en quête d’un basculement de carrière, les lignes devraient bouger très vite. C’est toute la force de cette édition. L’America’s Cup ne regarde plus seulement ses têtes d’affiche, elle observe aussi celles et ceux qui frappent à la porte avec une intensité nouvelle. En Sardaigne, il ne sera plus question de promesses ou d’entraînements réussis, mais de manches officielles, de décisions assumées et de résultats visibles par tous.
Les premières unes vont s’écrire là. Les réputations vont être testées sans filet. Et dans la baie des Anges, au milieu des meilleurs marins du moment, les talents de demain auront déjà l’occasion de se faire une place sous les projecteurs.