La 87e édition du Bol d’Or du Léman a offert un scénario dense, tactique et parfois mouvementé. Partie de la Société Nautique de Genève, la grande classique lémanique a réuni 391 concurrents, dont 289 ont bouclé le parcours dans les temps. En temps réel, le TF35 Ylliam XII Comptoir Immobilier de Bertrand Demole a remporté la victoire, tandis que K2, skippé par Alexander de Weck, s’est imposé chez les monocoques.

Une victoire serrée pour Ylliam XII Comptoir Immobilier
Le Bol d’Or du Léman a une nouvelle fois rappelé pourquoi il reste l’un des grands rendez-vous de la voile européenne. Sur un plan d’eau aussi exigeant que changeant, la 87e édition a livré une course indécise jusque dans les derniers kilomètres, avec une flotte de multicoques longtemps regroupée et des choix tactiques décisifs à l’approche de Genève. Dès les premières heures, le TF35 Ylliam XII Comptoir Immobilier, mené par Bertrand Demole, s’est installé aux avant-postes. Mais rien n’a été acquis d’avance. X-Wing, skippé par le franco-italien Marco Favale, a pris les commandes le long du Lavaux et atteint la marque de mi-parcours avec une courte avance, une centaine de mètres seulement, sur son poursuivant direct.
La suite s’est jouée dans un duel tendu entre les 2 leaders, sous la menace permanente d’Ylliam 17 dans l’entrée du petit lac. Dans ce final très tactique, Ylliam XII a fait les meilleurs choix au bon moment pour franchir la ligne en tête après 11 h 48 min 53 s de course. X-Wing termine à 3 min 16 s, tandis qu’Ylliam 17 complète le podium à 6 min 58 s. Derrière les TF35, Okalys a rappelé que les multicoques archimédiens pouvaient encore profiter des zones sans vent pour revenir au contact. Premier Décision 35 du classement, il termine 6e du scratch, à 18 min du vainqueur. Les 10 premiers voiliers ont tous franchi la ligne en moins d’1 h, preuve d’une édition dense malgré un temps de course éloigné des records historiques.
Une arrivée marquée par une controverse
L’arrivée des premiers TF35 a toutefois été suivie d’un épisode plus agité à terre. Ylliam XII Comptoir Immobilier et Ylliam 17 avaient navigué avec 6 équipiers alors que 7 avaient été annoncés. Cette différence, représentant environ 100 kg à bord, a été jugée problématique au regard du règlement de la classe TF35. Dans un premier temps, les 2 bateaux ont été considérés comme non classés, dans l’attente d’une décision du jury international. X-Wing a alors été célébré comme vainqueur provisoire de la course. Mais la situation a finalement basculé après la réunion du jury. La procédure engagée contre les 2 TF35 a été jugée non valable pour des raisons de procédure. Le classement final a donc été confirmé selon l’ordre de passage sur la ligne, offrant la victoire à Ylliam XII Comptoir Immobilier.
Dans le classement des monocoques, K2 a livré une démonstration. Le Luthi 1420 de la famille de Weck, skippé par Alexander de Weck, a remporté le Bol de Vermeil avec 53 min 56 s d’avance sur le prototype croate Stravaganza. En tête durant toute la régate, K2 n’a jamais vraiment laissé ses adversaires espérer un retour. Ce monocoque impressionnant, long de 47 pieds, affiche 200 m² de toile au près, 4 m de tirant d’eau et près de 9 m de largeur. À bord, un équipage de 10 marins a su exploiter tout son potentiel, avec notamment l’apport de Jean-Pascal Chatagny, reconnu comme l’un des meilleurs tacticiens du Léman, et de Michel Vaucher, spécialiste de la performance vélique. Cette victoire a aussi un goût de revanche. En 2025, dans des conditions plus légères, K2 avait été battu par le Libera Carondimonio. Cette fois, le scénario a tourné en faveur du bateau d’Alexander de Weck, solide, rapide et parfaitement maîtrisé. Derrière lui, François Thorens signe une très belle 3e place avec Cellcosmet, son Psaros 40 profondément modifié durant l’hiver.

Sarah Jaccaud s’impose dans une flotte de 101 Surprises
La catégorie Surprise, la plus fournie de cette édition, a elle aussi offert une belle bataille. Pour les 50 ans de cette classe emblématique, 101 équipages étaient réunis sur la ligne de départ. La victoire est revenue à Sarah Jaccaud et à ses équipiers Antoine Costa, Pascal Lehmann et Cédric Jaccaud, à bord de Miss Tick.
La navigatrice du Cercle de la Voile de Lausanne connaît parfaitement cette série. Il s’agit de son 26e Bol d’Or et elle régate depuis 17 ans en Surprise. Déjà victorieuse en 2021 avec le même équipage, elle confirme la régularité d’un groupe rodé, capable de rester concentré jusqu’au bout dans une course longue et nerveuse. La fin de course a été particulièrement disputée. Entre la Pointe à la Bise et la ligne d’arrivée, 5 voiliers étaient encore au contact, avec une fatigue accumulée après une nuit très exigeante et de nombreux bords tirés en direction d’Yvoire. Miss Tick a résisté jusqu’au bout, devant CER1, mené par Johanne Girard, et le bateau de René Mermoud, accompagné d’Isidore Stitelmann, récent vainqueur de la Mini Globe Race.
Un temps de course loin des records, mais solide pour la décennie
Avec 11 h 48 min pour le vainqueur, cette 87e édition peut sembler lente au regard des grands records du Bol d’Or. Le record absolu reste celui de Triga IV, établi en 1994 en 5 h 01 min. Le Ruban Bleu, lui, appartient à Realteam depuis 2023 avec un temps de 3 h 43 min. Mais la comparaison doit être nuancée. Le temps signé par Ylliam XII constitue le 2e meilleur chrono des 5 dernières années et le 4e meilleur de la décennie. Ces dernières éditions ont souvent été marquées par des vents légers, loin des conditions plus musclées observées en 2017, lorsque la Bise avait permis à Ernesto Bertarelli de s’imposer sur le Décision 35 Alinghi en 5 h 11 min.
Le classement au temps compensé a mis en lumière une autre histoire, celle d’un équipage jeune et ambitieux. La victoire revient au Luthi 952 Tarango, skippé par Alexis Pariat. Le jeune régatier, représentant le CNM et le CNC, a réuni autour de lui des amis avec lesquels il naviguait autrefois en Optimist. Aujourd’hui âgés de 16 à 22 ans, ils ont construit ensemble une vraie équipe de régate en monocoque lesté. Cette victoire au Bol d’Or marque une étape importante pour Tarango. L’objectif est désormais de continuer à grandir collectivement, avec l’envie, un jour, de naviguer sur des supports plus ambitieux comme un Psaros 33, un TF35 ou même un TP52. Alexis Pariat mène aussi un parcours en WASZP sous les couleurs de la Suisse. Il espère représenter son pays aux Jeux Olympiques dans la catégorie Switch, un foiler monotype qui pourrait intégrer le programme olympique à l’avenir. Derrière Tarango, l’Esse 850 Poisson Garou 2 de Federico Crova et le Modulo 93 de Lionel Maret complètent le podium du temps compensé.
Les monotypes confirment la richesse de la flotte lémanique
Dans les autres catégories, plusieurs victoires ont confirmé la densité et la diversité de la flotte du Léman. En Grand Surprise, Little Nemo de Bernard Borter s’impose devant Morpho, de Jean-Marie Mechelany, et Manawa, de Nicolas Denervand. Avec 18 unités au départ et une 60e place au classement général, cette victoire confirme encore la régularité impressionnante de Bernard Borter sur l’épreuve. Chez les Psaros 33, Pétrel3, skippé par Cyrus Golchan, signe une très belle performance avec une victoire de classe et une 23e place au classement général. Il devance Carpediem Cube, de Grégoire Bordier, revenu à un excellent niveau après son démâtage de la semaine précédente, et Pétrel, mené par Arnaud Gavairon. En catamaran M2, la victoire revient à DCM Systematic, skippé par Valentin Bovey.
Catherine Chabaud, marraine engagée de cette édition
Cette 87e édition a également été marquée par la présence de Catherine Chabaud, marraine du Bol d’Or du Léman 2026. Ministre déléguée de la Mer et de la Pêche, elle a donné le coup de canon de départ aux côtés de représentants de la Société des Vieux Artilleurs de Genève, avant de suivre les premières heures de la course sur l’eau. Sa présence a apporté une dimension symbolique forte à cette édition, entre tradition sportive, culture maritime et engagement pour la mer. Pour la Société Nautique de Genève et le comité d’organisation, cette participation a constitué l’un des temps forts d’un week-end riche en émotions, sur l’eau comme à terre.
Une édition dense, tactique et disputée jusqu’au bout
Entre la victoire serrée d’Ylliam XII, la controverse de l’arrivée, la revanche de K2, le succès de Sarah Jaccaud en Surprise et la performance de la jeune équipe de Tarango au temps compensé, le Bol d’Or du Léman 2026 a offert une édition complète. Pas une édition de records absolus, mais une régate de stratégie, de patience et de précision, dans laquelle chaque choix a pesé lourd.
Sur le Léman, la vitesse ne suffit jamais. Il faut lire les risées, éviter les pièges, accepter les longues transitions et rester lucide jusqu’à la ligne. C’est précisément ce qui fait la force de cette course mythique : même après 87 éditions, elle reste capable de surprendre.
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