Réserve naturelle de Strunjan : les règles à connaître avant de naviguer, mouiller ou pêcher
Installé entre Izola et Piran, dans le nord de l’Adriatique, le parc paysager de Strunjan – Krajinski park Strunjan en slovène – protège l’une des portions les plus naturelles du littoral slovène. Son périmètre englobe les falaises de Strunjan, la lagune de Stjuža, les marais salants, mais aussi une importante zone maritime. La réserve naturelle de Strunjan comprend notamment une bande de mer d’environ 200 mètres de largeur longeant les falaises. Ce secteur abrite des habitats rocheux, des zones de reproduction et de croissance pour de nombreuses espèces, ainsi que des fonds sensibles aux ancres et aux passages répétés des bateaux. La réglementation distingue surtout deux espaces maritimes. Le premier correspond au cœur de la réserve, particulièrement protégé. Le second forme une zone périphérique dans laquelle la navigation reste possible, sous réserve de respecter les règles slovènes de sécurité et de protection de l’environnement.
Le secteur le plus sensible s’étend devant la baie de la Sainte-Croix, plus connue sous le nom de baie de la Lune ou Mesečev zaliv, ainsi qu’au large de Ronek. Il constitue le cœur marin de la réserve naturelle. Dans cette zone, la règle est sans ambiguïté : la navigation et le mouillage sont interdits. Il n’est donc pas permis d’y entrer avec un voilier, un bateau à moteur, un semi-rigide ou toute autre embarcation utilisée pour rejoindre la crique depuis la mer. Les limites de ce secteur sont signalées par deux bouées jaunes espacées d’environ 1 300 mètres. Elles ne matérialisent pas seulement une zone dans laquelle il est déconseillé de mouiller : elles délimitent un espace dont les plaisanciers doivent rester à l’extérieur. La baie de la Lune ne doit donc pas être considérée comme un mouillage sauvage accessible par beau temps. Même avec une petite embarcation, une annexe ou un bateau avançant au ralenti, la pénétration dans le cœur de la réserve demeure interdite.
En dehors de ce noyau central, la navigation reste autorisée dans la partie plus large de la réserve marine. Cette possibilité ne dispense toutefois pas les plaisanciers de respecter les distances de sécurité applicables dans les eaux slovènes. Les navires doivent normalement naviguer à au moins 300 mètres du rivage. Cette distance est ramenée à 250 mètres pour les bateaux en planage et à 200 mètres pour les autres embarcations, à l’exception des bateaux à rames. L’approche du rivage n’est possible qu’à vitesse réduite et en suivant une trajectoire aussi perpendiculaire que possible à la côte. Cette règle est particulièrement importante à Strunjan, où les plages naturelles sont très fréquentées en été et où des nageurs peuvent se trouver loin du bord.
Le long des plages naturelles, la baignade est admise dans une bande pouvant atteindre 150 mètres depuis la côte. À proximité d’une zone de baignade officiellement balisée, les bateaux doivent naviguer et mouiller à au moins 50 mètres de la limite extérieure du balisage.
Le mouillage est totalement interdit dans le cœur marin de la réserve, notamment devant la baie de la Lune et dans le secteur de Ronek. Dans les parties périphériques où la navigation reste autorisée, le mouillage n’est pas systématiquement prohibé. Il doit néanmoins être pratiqué avec une grande prudence et suffisamment loin des baigneurs. En période estivale, le gestionnaire du parc demande expressément aux plaisanciers de ne pas jeter l’ancre trop près de la côte.
Le choix du fond est également essentiel. Une ancre ne doit pas être déposée sur une zone végétalisée, un habitat rocheux sensible ou un peuplement marin visible. Avant de mouiller, il est préférable d’identifier une surface nue, sableuse ou vaseuse, puis de contrôler la tenue du bateau sans multiplier les manœuvres. Au moment d’appareiller, il faut avancer jusqu’à l’aplomb de l’ancre avant de la remonter verticalement. Tirer longuement sur la chaîne avec le bateau en mouvement peut labourer le fond et arracher les organismes fixés sur plusieurs mètres. Des interdictions temporaires ou des balisages supplémentaires peuvent par ailleurs être mis en place par l’administration maritime slovène pour protéger les nageurs ou garantir la sécurité de la navigation. Les bouées et panneaux observés sur place restent donc prioritaires sur toute information préparée avant le départ.
La pêche fait l’objet de restrictions particulièrement strictes dans le parc paysager de Strunjan. La pêche sportive ou récréative depuis un bateau est interdite dans l’ensemble des eaux du parc. Cette règle concerne aussi bien la pêche à la traîne que la pêche au lancer, la pêche à soutenir ou toute ligne utilisée depuis une embarcation, même au mouillage. Aucune pêche n’est autorisée dans la partie marine de la réserve naturelle de Strunjan. L’interdiction s’applique également à la réserve naturelle de Stjuža, qui comprend la lagune et les marais salants. La présence d’un permis slovène de pêche en mer ne permet pas de déroger à ces interdictions locales. Le permis autorise une pratique dans les secteurs ouverts à la pêche, mais il ne donne aucun droit à pêcher à l’intérieur d’une réserve ou d’une zone faisant l’objet de mesures plus restrictives.
Dans le parc de Strunjan, la pêche récréative n’est possible que depuis la côte et uniquement dans les secteurs expressément désignés comme ouverts. Il ne suffit donc pas de trouver un rocher accessible ou une portion de rivage située en dehors de la baie de la Lune. Le pêcheur doit consulter la carte réglementaire du parc et vérifier que son emplacement appartient bien à une zone autorisée. La pêche depuis une embarcation est également interdite dans le secteur de la réserve de pêche lié aux installations conchylicoles. La proximité d’une ferme marine ou de bouées d’exploitation doit inciter à s’écarter largement, sans chercher à pêcher le long des filières ou des structures immergées. À ces limitations géographiques s’ajoutent les règles générales slovènes concernant les permis, les engins autorisés, les tailles minimales, les périodes de protection et les espèces dont la capture est interdite.
Dans une réserve naturelle marine, l’interdiction de pêcher ne concerne pas seulement les cannes et les lignes. La capture d’animaux, le ramassage de coquillages, le prélèvement d’organismes marins ou la collecte de végétaux sont incompatibles avec le régime de protection du site. La chasse sous-marine ne doit donc pas être pratiquée dans la partie marine de la réserve. Il en va de même pour la récolte de coquillages, de crustacés, d’éponges, d’algues ou d’animaux fixés sur les rochers. Même un prélèvement présenté comme occasionnel peut être sanctionné. Dans le périmètre protégé, coquilles occupées, pierres, végétaux et organismes vivants doivent rester sur place.
La plongée sous-marine n’est pas présentée comme une activité globalement interdite dans tout le parc. Elle doit néanmoins être pratiquée dans le respect du zonage, des règles slovènes de plongée et des mesures de protection des habitats. Dans les secteurs où les bateaux peuvent circuler, la présence de plongeurs doit être signalée de manière visible à la surface au moyen du pavillon ou du dispositif réglementaire approprié. Les navires sont tenus de passer à au moins 100 mètres de ce signal.
Cette obligation est particulièrement importante autour de Strunjan, où la visibilité d’un plongeur depuis un bateau peut être réduite par le clapot, le soleil rasant ou la fréquentation estivale. Une plongée ne doit jamais servir à contourner les interdictions de navigation ou de prélèvement. Le mouillage du bateau support reste interdit dans le cœur de la réserve, tout comme son entrée dans les secteurs fermés à la navigation. Une sortie organisée depuis une embarcation doit donc être préparée à partir d’un point autorisé et sans déposer d’ancre sur un habitat sensible.
Sous l’eau, il est interdit de capturer, ramasser, déplacer ou endommager les organismes. Les plongeurs doivent également éviter de retourner les pierres, de toucher les parois, de pénétrer dans les anfractuosités ou de poser leur matériel sur le fond. La photographie doit rester non intrusive, sans poursuite des animaux ni éclairage insistant sur les espèces abritées. Avant une plongée autonome, il reste prudent de vérifier les conditions auprès du gestionnaire du parc ou d’un centre de plongée local. Certaines opérations, plongées de groupe, études scientifiques ou interventions techniques peuvent nécessiter un accord particulier.
La faible taille d’une embarcation ne permet pas d’ignorer le zonage de la réserve. Kayaks, paddles, canoës, annexes et bateaux à rames doivent eux aussi rester hors du cœur marin interdit à la navigation. Dans les eaux slovènes, les embarcations à rames, les kayaks, les canoës et les planches à voile peuvent généralement évoluer jusqu’à 1 000 mètres du rivage. À Strunjan, cette règle nationale s’applique uniquement dans les secteurs où la réglementation du parc autorise effectivement la navigation.
Le passage au plus près des falaises est par ailleurs déconseillé. Le flysch est une roche friable et des chutes de pierres peuvent survenir, notamment après de fortes pluies, un épisode venteux ou une période de gel et de dégel. Une distance de sécurité doit être conservée, même lorsque la mer est parfaitement calme.
Dans les eaux slovènes, les véhicules nautiques à moteur ne peuvent normalement évoluer que dans une bande comprise entre 250 et 2 000 mètres du rivage. Cette règle générale ne les autorise évidemment pas à pénétrer dans les parties interdites de la réserve de Strunjan.
La configuration du site, la proximité des baigneurs, l’étroitesse de la bande marine protégée et la sensibilité des habitats rendent de toute façon les évolutions rapides particulièrement inadaptées à proximité du parc. Les accélérations, passages répétés et changements de direction près du rivage augmentent les risques de collision et les nuisances sonores. Dans ce secteur, la navigation doit rester lente, lisible et respectueuse des autres usagers.
La baie de la Lune est accessible à pied et la baignade y est généralement pratiquée. L’interdiction de navigation protège justement ce secteur contre l’arrivée des bateaux et limite les conflits entre nageurs et plaisanciers. Cette ouverture à la baignade ne transforme cependant pas la crique en plage aménagée. La côte reste naturelle, sans toujours disposer d’une surveillance, d’un accès facile ou d’un abri immédiat en cas de changement de temps.
Les visiteurs doivent également respecter les falaises, ne rien prélever et repartir avec leurs déchets. L’accès à terre doit emprunter les itinéraires autorisés : escalader les parois ou créer de nouveaux passages accélère l’érosion et peut exposer à des chutes de pierres.
Les bouées jaunes constituent le principal repère permettant d’identifier le cœur de la réserve naturelle. Elles doivent être considérées comme une frontière réglementaire, et non comme de simples bouées d’avertissement. La difficulté vient du fait que les limites d’une aire protégée sont rarement évidentes depuis le cockpit. Une crique peut paraître accessible alors que l’on se trouve déjà à proximité immédiate d’un secteur interdit.
Il est donc recommandé de consulter la carte officielle du parc avant la navigation, puis de la conserver à bord sous forme numérique ou imprimée. Les cartes électroniques marines peuvent afficher certaines zones protégées, mais leur niveau de détail et leur actualisation ne sont pas toujours suffisants pour remplacer le document réglementaire local.
Le respect du parc est surveillé par les agents chargés de la conservation de la nature, en coopération avec les services maritimes et les autres autorités compétentes. Les infractions peuvent concerner l’entrée dans une zone interdite, le mouillage dans le cœur de la réserve, la pêche depuis un bateau, le prélèvement d’espèces, la dégradation du fond ou le non-respect des distances de sécurité autour des plages et des plongeurs. Le fait de ne pas connaître le zonage ne constitue pas une justification. À Strunjan, la préparation de la navigation doit donc intégrer la réglementation du parc au même titre que la météo, les profondeurs ou les dangers portés sur la carte.
Avant de mettre le cap sur la réserve, il faut identifier clairement la baie de la Lune, le secteur de Ronek et les bouées jaunes délimitant le cœur interdit. Le navigateur doit ensuite préparer une route restant dans la partie ouverte à la circulation. À l’approche du rivage, la vitesse doit être réduite et une veille attentive maintenue en raison de la présence possible de nageurs, de paddles et de kayaks. Si un mouillage est envisagé dans un secteur autorisé, il convient de choisir un fond nu, de rester éloigné des plages et de contrôler précisément l’évitage du bateau. Pour la pêche, la règle la plus simple reste de ne jamais mettre une ligne à l’eau depuis une embarcation à l’intérieur du parc. Depuis la côte, seuls les emplacements officiellement autorisés peuvent être utilisés. Enfin, toute activité subaquatique doit être signalée, pratiquée sans prélèvement et organisée sans faire entrer ni mouiller le bateau support dans le cœur protégé.
Strunjan n’est pas une zone totalement fermée aux activités nautiques. Le site peut être découvert depuis la mer, à condition de comprendre son zonage et d’accepter que certains secteurs demeurent volontairement soustraits à la navigation, au mouillage et à la pêche. C’est précisément cette protection qui fait l’intérêt du lieu. Dans une Adriatique très aménagée, les falaises de Strunjan, la baie de la Lune et les fonds du cap Ronek forment un ensemble rare, où la côte conserve encore une grande part de son fonctionnement naturel.
Pour les plaisanciers, la meilleure manière d’en profiter consiste donc à rester à la bonne distance, à naviguer lentement et à considérer les bouées jaunes comme une limite à respecter absolument. À Strunjan, la beauté du mouillage tient justement au fait que l’on ne peut pas mouiller partout.
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Crédit photo de couverture : Illustration AdobeStock - Dean


