Plongeurs-scientifiques : quand une simple observation aide la recherche marine

Plongée
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Observer une raie, photographier un requin, signaler un filet abandonné ou dresser l’inventaire des espèces rencontrées : une plongée de loisir peut aujourd’hui produire des informations précieuses pour les scientifiques. Grâce aux programmes de sciences participatives, les amateurs deviennent les yeux de la recherche sous la surface.

Observer une raie, photographier un requin, signaler un filet abandonné ou dresser l’inventaire des espèces rencontrées : une plongée de loisir peut aujourd’hui produire des informations précieuses pour les scientifiques. Grâce aux programmes de sciences participatives, les amateurs deviennent les yeux de la recherche sous la surface.

© AdobeStock - fcmovie

Les océanographes disposent de satellites, de robots sous-marins, de balises et de navires scientifiques toujours plus performants. Pourtant, une grande partie de l’océan demeure rarement observée. Les campagnes de terrain coûtent cher, mobilisent des équipes spécialisées et ne permettent pas de suivre simultanément des milliers de sites répartis dans le monde. Les plongeurs de loisir offrent précisément ce qui manque souvent aux chercheurs : une présence régulière sous l’eau. Chaque année, ils fréquentent les récifs, les herbiers, les épaves et les tombants, parfois toujours aux mêmes endroits. En consignant correctement leurs observations, ils peuvent documenter l’arrivée d’une espèce, la dégradation d’un habitat ou l’évolution apparente d’une population.

 

Requins et raies : photographier pour mieux recenser

Parmi les initiatives les plus visibles figure le Great Shark Snapshot, organisé par l’association britannique Shark Trust. Pendant une période déterminée, plongeurs et pratiquants de snorkeling du monde entier sont invités à signaler tous les requins, raies et pocheteaux rencontrés. Le principe est volontairement simple : identifier l’espèce lorsque cela est possible, indiquer le lieu et la date de l’observation, puis ajouter éventuellement une photographie. Les données sont transmises par l’application ou la base Shark Log. L’édition 2026 s’est déroulée du 18 au 26 juillet, mais les observations peuvent être enregistrées tout au long de l’année.

Une photo floue d’un aileron ne suffit évidemment pas à mesurer l’ensemble d’une population. En revanche, l’accumulation de relevés comparables aide à préciser la répartition des espèces, à repérer certains secteurs régulièrement fréquentés et, avec plusieurs années de recul, à rechercher d’éventuels changements. Les plongeurs peuvent également signaler des requins ou des raies prisonniers de déchets. Le Shark and Ray Entanglement Network cherche notamment à identifier les espèces les plus exposées, les zones où les enchevêtrements sont fréquents et les types de déchets responsables.

 

Adopt the Blue : surveiller les sites que l’on connaît

Avec Adopt the Blue, la fondation PADI AWARE propose aux centres, professionnels et communautés de plongeurs de déclarer des sites qu’ils souhaitent suivre et protéger. L’objectif est de constituer un vaste réseau mondial de lieux sous-marins associés à des actions locales. Adopter un site ne signifie pas en devenir propriétaire ni lui attribuer automatiquement un statut de protection. Il s’agit plutôt de l’inscrire dans une démarche de suivi : observation de la biodiversité, recensement des requins et des raies, collecte d’informations sur les déchets ou mobilisation autour d’un enjeu environnemental particulier.

Le réseau compte désormais plus de 3 700 sites enregistrés, sur lesquels peuvent notamment être menées des enquêtes consacrées à la biodiversité et aux élasmobranches. Les informations recueillies doivent ensuite nourrir des projets de conservation et des démarches auprès des gestionnaires ou des autorités. L’intérêt du dispositif tient à sa dimension locale. Un plongeur qui revient régulièrement sur le même récif remarquera plus facilement la disparition d’une gorgone, l’apparition d’une espèce inhabituelle ou l’accumulation progressive de déchets qu’un observateur de passage.

 

Les déchets deviennent aussi des données

Ramasser une bouteille ou un morceau de filet est utile. Mais noter précisément ce qui a été retiré l’est davantage encore. Le programme Dive Against Debris demande aux plongeurs de trier, compter et déclarer les déchets récupérés sous l’eau.

Ces relevés permettent de distinguer les objets rencontrés, leur quantité, le lieu de collecte et les éventuels animaux retrouvés piégés. À grande échelle, ces informations peuvent révéler des tendances : prédominance des engins de pêche sur un site, accumulation de plastiques près d’une zone touristique ou retour récurrent de certains déchets malgré les nettoyages. Le plongeur ne se contente donc plus de nettoyer ponctuellement un fond marin. Il contribue à documenter l’origine et la nature de la pollution, afin que les données puissent être utilisées dans les politiques de prévention et de réduction des déchets.

 

En France, des carnets de plongée devenus bases scientifiques

Les plongeurs français peuvent notamment participer à BioObs, un outil développé dans l’environnement de la FFESSM. Il permet de créer des relevés d’espèces à partir d’une plongée et d’enrichir progressivement la connaissance de leur distribution géographique.

Le site DORIS sert parallèlement de référence pour identifier la faune et la flore subaquatiques. Les photographies y sont accompagnées d’informations telles que le lieu, la date et la profondeur. Certaines observations transmises par des plongeurs ont déjà contribué à des travaux et à des publications scientifiques, notamment sur la répartition d’espèces marines. Ce type de dispositif est particulièrement intéressant pour détecter des espèces rares, discrètes ou nouvellement installées. Un nudibranche photographié hors de son aire connue, par exemple, peut constituer un indice à vérifier par les spécialistes.

 

Comment rendre son observation vraiment utile ?

La qualité compte davantage que le caractère spectaculaire de la rencontre. Une donnée intéressante comporte au minimum une date, un lieu aussi précis que possible, une profondeur et une identification prudente. Une photographie prise sans toucher ni poursuivre l’animal facilite fortement la validation. Il faut également signaler les absences lorsque le protocole le demande. Ne voir aucun requin au cours d’une plongée consacrée à leur recensement peut être une information aussi importante qu’une rencontre. À l’inverse, il vaut mieux écrire « espèce indéterminée » que choisir au hasard un nom ressemblant.

Participer ne demande donc pas nécessairement d’être biologiste. Il faut surtout respecter le protocole du programme, rester dans les limites de son niveau de plongée et ne jamais modifier son comportement sous l’eau pour obtenir une donnée ou une photographie.

Les amateurs ne remplacent pas les chercheurs. Ils leur offrent quelque chose d’irremplaçable : des milliers d’observations réparties dans le temps et dans l’espace. Correctement collectées et vérifiées, ces petites informations peuvent finir par révéler de grands changements.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.