Terre de Feu : l’estancia Harberton, mémoire vivante des confins du monde
Une mission au bout du monde
Avant de s’installer au sud du continent, Thomas Bridges avait grandi aux Îles Malouines, où il apprit très jeune la langue des Yamanas. Devenu pasteur anglican, il consacra sa vie à ce peuple nomade de navigateurs, élaborant une grammaire, un dictionnaire et une traduction de la Bible en langue yamana. Son arrivée dans la région de ce qui deviendrait plus tard Ushuaia coïncida avec une période brutale de bouleversements, marquée par l’arrivée de chercheurs d’or et d’aventuriers européens. Les Yamanas, chassés de leurs territoires et frappés par les maladies importées, virent leur monde s’effondrer en quelques décennies.
Harberton, un refuge face à l’histoire
En 1886, Bridges quitte la mission et s’installe sur les rives du Beagle. Il baptise son domaine Harberton, en hommage au village natal de son épouse anglaise. Le lieu devient un refuge, à la fois terrestre et maritime, fait de forêts australes, de prairies battues par les vents et d’îlots disséminés dans un labyrinthe d’eaux froides. Plus d’un siècle plus tard, l’impression demeure celle d’un territoire figé dans le temps, où la présence humaine s’inscrit avec une extrême discrétion.
Une transmission familiale et scientifique
Aujourd’hui, ce sont les descendants de Thomas Bridges qui perpétuent l’esprit des lieux. Son arrière arrière petit fils, Tommy Bridges, veille sur ce vaste domaine de 20 000 hectares avec son épouse Natalie. Après la disparition de sa mère Clarita Goodall, figure respectée de la région et hôte de Bruce Chatwin lors de son périple patagon, la famille a poursuivi un travail patient de mémoire et de recherche. Le dictionnaire yamana de Thomas Bridges a été réédité, tout comme les écrits de son fils Lucas, tandis que Natalie mène des études sur les oiseaux et mammifères marins des mers australes.
Au cœur de l’estancia, le musée et le laboratoire attirent aujourd’hui étudiants et chercheurs du monde entier. Classé monument historique, le hameau est ouvert aux visiteurs, qui découvrent un lieu où l’histoire humaine, la science et la nature dialoguent sans artifice.
Une escale hors du temps
Harberton se visite, mais se vit surtout. Certains voyageurs choisissent d’y séjourner quelques jours, coupés du rythme moderne, au fil des marées du Beagle et des lumières changeantes de la Terre de Feu. Quelques plaisanciers avertis connaissent également cette escale rare, appréciée pour la protection naturelle qu’offre la péninsule face aux vents dominants.
À l’extrême sud du continent, l’estancia Harberton n’est pas seulement un site historique. Elle reste l’un des derniers lieux où l’on peut encore marcher dans les pas des pionniers, entre les souvenirs de Darwin, les récits de Chatwin et la mémoire silencieuse des peuples disparus.
Plus d'infos : www.estanciaharberton.com
Avant de partir, pensez à consulter les prévisions sur La Chaîne Météo Voyage.



