L'enquête Polynésienne - Épisode 8 : et s'y on essayait par l'ouest ?
Pour l’instant en 1642, après que la VOC a capturé Malacca, Abel est chargé de partir dans le Sud pour, venant de l’Est, ouvrir une route maritime australe qui puisse rejoindre et piller les richesses espagnoles du Chili. Et, pourquoi pas, à l’occasion, découvrir cette Terra Australis promesse de richesses minières et de métaux précieux à exploiter.
Abel quitte Batavia le 14 août 1642 avec 110 hommes et ses 2 navires en direction de l’île Maurice. On ne fera pas l’affront de rappeler que cette île doit son beau nom à Maurice de Nassau, les Hollandais s’étant approprié cette escale sur la route de l’Indonésie 44 ans plus tôt. On repart de Mauritius le 14 octobre 1642 en route vers les latitudes peu accueillantes, les quarantièmes et les cinquantièmes sud, plein Est ! Le 24 novembre, ils aperçoivent, droit devant eux, une terre. Abel la baptise : « Terre de Van Diemen », du nom d’un des commanditaires de l’expédition, le gouverneur général des Indes néerlandaises, Anthony van Diemen.
Hélas pour Van Diemen, cet archipel est aujourd’hui nommé du patronyme d’Abel, ce hardi navigateur, cet Abel, c’est Abel Tasman. Ce sera donc la Tasmanie !
Après avoir débarqué dans l’archipel inhabité le 2 décembre, les 2 navires continuent leur exploration vers l’Est le 4 décembre, ils ne le savent pas mais ils vont découvrir par l’Ouest ce monde polynésien objet de notre enquête (WJ).
Onze jours plus tard, le 13 décembre 1642, le journal de bord relève : « vers midi, j’ai vu une grande terre, soulevée en hauteur, au sud-est de nous à environ 15 miles ». L’expédition vient de découvrir l’île du Sud, bien que montagneuse elle se voit décerner le titre de « Nouvelle-Zélande », ce n’est pourtant pas le plat pays... Après avoir fait route au Sud, ils se décident finalement à tourner leurs étraves vers le nord. Le 18 décembre, ils sont proches du passage entre l’île du Nord et celle du Sud, détroit qui ne se découvrit pas à leurs navires. Ils mouillent.
La rencontre avec les autochtones, les Maoris, est telle que Tasman nomme la baie qui les abrite : « Moordenaers Baij », la baie des meurtriers. Ces rudes guerriers ne se laissent pas impressionner par ces solides vaisseaux étrangers, qui viennent faire aiguade et se proposent de leur échanger des babioles, les indigènes tentent de s’emparer des 2 navires. On déplore des morts des 2 bords. Cette baie est rebaptisée de nos jours « Golden Bay ».
L’expédition poursuit sa route vers le Nord et longe la face occidentale de la « Nouvelle-Zélande » durant deux semaines. Le 8 janvier, passé l’île de Motuopao (le cap Maria Van Diemen) qui marque l’extrémité nord-est de l’île du Nord, Tasman pense qu’il est arrivé au nord du tant convoité continent austral, et que, à partir de là, on peut rejoindre l’Amérique du Sud et le cap Horn, il n’a pas tout à fait tort. (WJ)
Quittant Aotearoa et faisant route au NNE, le 21 janvier 1643 les vaisseaux s’ancrent au NW de Tongatapu. L’accueil n’a rien de comparable avec celui des Maoris. Ces gens sont amicaux ! Cook en 1773 baptisera d’ailleurs l’archipel « Friendly Islands ». Durant 3 jours ils échangent de la bibeloterie contre des vivres frais, à la nage certains apportent des noix de coco, Isaac Gilsemans reproduit leur séjour en dessin.
Le 24 janvier les bateaux font halte dans une île un peu plus au nord : Nomuka. Même accueil, on charge en noix de coco, bananes, arbres à pain. On fait aiguade.
L’expédition repart le 1er février, cap au nord-ouest. Elle traverse les Fiji, le Vanuatu, les Salomon et revient à Batavia en juin 1643. Si l’exploit maritime est indéniable, on a frôlé les 50èmes sud, ce n’est pas un succès commercial pour la VOC : pas de continent austral, pas de richesses minières. On l’ignore, mais on a loupé l’Australie et dédaigné la Nouvelle-Zélande. Cependant, pour ce qui nous intéresse, après avoir découvert le point le plus au sud de l’espace polynésien, Tasman en reconnaît l’extrémité occidentale, à savoir l’archipel qui marque la frontière avec le monde mélanésien à l’Est : les Tonga ! et surtout l’angle sud-est du triangle polynésien : Aotearoa, « le pays du long nuage blanc », l’île des Maoris.
A SUIVRE…
(PMR) Posthumus Meyes, R. De REisen van Abel Janszoon Tasman en Franchoys Jacobszoon Viscccher, ter nadere ontdekking van het Zuidland (1919) https://www.atlasofmutualheritage.nl/page/10671/the-expedition-of-abel-tasman-in-search-of-terra-australis
(SA) Sharp, Andrew. The Voyages of Abel Janszoon Tasman Clarendon Press, 1968 - 375 pages Brief references to Aborigines encountered on voyage.
(WJ) Wilson, John. European discovery of New Zealand – Abel Tasman, Te Ara – by John Wilson the Encyclopaedia of New Zealand. Story, published 4 March 2009, updated 1 May 2016.
https://teara.govt.nz/en/european-discovery-of-new-zealand/page-2



