
L’architecte Umberto Felci a le coup de crayon fluide et la performance sous voiles chevillée au corps. Pas étonnant donc que depuis deux décennies lui et Dufour aient associé leurs noms pour signer une gamme allant de 30 à 60 pieds, dans laquelle ce tout nouveau 530 s’intègre parfaitement, tout en développant de nouveaux atouts. Il se décline en trois versions : Easy orientée location charter proposant jusqu’à 6 cabines, Ocean, celle que nous avons essayée, plus tournée vers les propriétaires privés et la grande croisière, et enfin la version Performance pour les afficionados de la régate.
La très grande largeur au tableau arrière
Au premier coup d’oeil, le franc-bord paraît raisonnable, tout comme la hauteur du roof, l’ensemble donnant de belles proportions élancées. Sur le pont, le pavois rigide est rassurant et le travail du teck d’une esthétique remarquable. Mais c’est dans son tiers arrière que le 530 concentre de nombreux signes d’appartenance à la gamme Dufour, le tout agrémenté de quelques très belles idées. En premier lieu, il faut noter la très grande facilité de circulation entre cockpit et passavants, grâce à l’espace et à la marche prévus entre postes de barre et banquettes. La marche bâbord intègre d’ailleurs la prise de quai et même son câble en navigation. Les rangements sont nombreux, y compris dans le coffre central arrière, une excellente idée initiée sur les plus grands modèles de la marque. Pratique pour ranger donc, mais aussi se caler, car même si des calepieds relevables ont été prévus pour le barreur, la très grande largeur au tableau arrière, pourrait être impressionnante à la gîte. Enfin, elle se prolonge dans la jupe par une véritable cuisine d’extérieur, un autre marqueur devenu incontournable sur un Dufour, et qui ravira certainement les adeptes de la pêche avec sa plancha et son évier. Pour préserver l’esthétique sans oublier le pratique, les bossoirs se font télescopiques et disparaissent intégralement lorsqu’ils ne soutiennent pas l’annexe.
Un plan de voilure optimisé pour l'IRC
Soleil, 15 noeuds de vent d’ouest-nord-ouest, mer belle à peu agitée, les conditions sont idéales pour cet essai dans le Pertuis Rochelais. Nous ne sommes que deux à bord mais cela ne nous inquiètera pas longtemps. Propulseurs avant et arrière, safran dans l’axe de l’hélice, les manoeuvres de port se révèleront être une formalité. Quant au plan de voilure, il se manie intégralement depuis le cockpit, qui plus est, le plus souvent à l’abri de la très grande capote de roof. Certes le triangle avant n’est pas immense, mais dans le petit temps il ne sera pas compliqué d’établir un Code 0 beaucoup plus performant qu’un génois. Le solent quant à lui sera utilisé jusqu’à plus de vingt noeuds, sans l’enrouler, et donc dans les meilleures conditions possibles. Un choix très cohérent que viendra idéalement compléter un spi ou un gennaker pour les allures portantes. Un plan de voilure optimisé pour l’IRC et des appendices fignolés par Umberto Felci donnent le sourire au barreur. Installé derrière l’une des deux barres à roue composite, il faut avouer que l’on se régale des sensations directes renvoyées par le seul et unique safran. S’il est moins stable qu’un bi-safran, il est plus « parlant » et moins pénalisant dans le petit temps. Il faut dire qu’à seulement 30 degrés du vent apparent le fier voilier file déjà 7,5 noeuds sans plus d’attention aux réglages que ne le ferait un plaisancier en balade.
Dans la version trois cabines, la cabine avant est la pièce maîtresse
À l’intérieur, le chêne blond (Moabi en standard) renvoie avec chaleur la lumière qui entre à flot par les très nombreux hublots. Entre la largeur de près de 5 mètres et une hauteur sous barrot qui ne descend sous les 2 mètres que dans les cabines arrière, le volume disponible est visible dès le pied posé sur la première marche de la descente. La trame d’aménagement respecte le schéma défendu par Dufour et qui ne manque pas d’arguments avec une cuisine toute largeur positionnée assez en avant, presque au pied du mât. Elle bénéfi cie ainsi de dimensions généreuses et deux détails ont retenu notre attention. Pratique : les réfrigérateurs positionnés dans l’axe ne souffriront pas d’une ouverture même par forte gîte. Classieux : le rangement pivotant pour la cafetière qui disparaît dans son équipet en navigation. L’ensemble carré-salon-table à cartes occupe ainsi la partie la plus large. Le travail d’ébénisterie de la table est remarquable dans son déploiement, les supports inox siglés Dufour, tout comme les interrupteurs. Ils illustrent le soin apporté à de nombreux détails de finition qui positionnent assez haut sur le marché cette unité. Dans la version trois cabines qui nous est présentée, la cabine avant est bien sûr la pièce maîtresse. Seule une navigation au moteur face à un clapot court pourrait la rendre inconfortable, les sections relativement planes de la carène tapant à intervalles réguliers. Mais quel volume ! Située en arrière de la soute à voile (potentiellement transformable en cabine skipper), elle est dotée d’un lit dont la tête au capitonnage cossu mesure 140 cm, le matelas 180 cm au plus large sur 195 cm de long. Et quelle luminosité ! Le hublot frontal en L est devenu indissociable de tout Dufour et c’est une très bonne nouvelle.

Dufour Yachts désormais adossé au groupe Fountaine-Pajot, est plus que jamais en capacité de développer sa gamme de bateaux à la fois marins, élégants et performants. Nul doute que le Dufour 530 ferait la fierté de Michel Dufour, lui qui avec le Sylphe fut le pionnier des voiliers polyesters. Véritable petit yacht, le Dufour 530 ne renie rien des fondamentaux de la marque, mais en propose au contraire une version contemporaine très séduisante. De quoi lui donner de nouvelles ambitions à l’export qui représente déjà 60% des ventes de la marque. Alors pour faire encore mieux, c’est dans la conquête de l’Amérique que le Dufour 530 ambitionne d’être le fer de lance.
Notre avis
Une réussite à la fois esthétique et vélique. Le Dufour 530 en offre énormément pour sa taille. Chantier et architecte ont réussi à lui donner une personnalité moderne dans la continuité des traditions maison, visibles au travers de multiples détails de finition, d’ergonomie ou d’aménagement.

Les +
- Un voilier sachant s’adapter à de nombreux programmes
- Il sait allonger la foulée avec élégance
- Un ensemble cockpit-jupe très bien pensé
Les -
- Des bailles à bout dans la descente seraient les bienvenues
- Quelques détails de finition seront revus sur les voiliers de série
- Une longue liste d’options qui demande un accompagnement éclairé

Fiche technique
Longueur hors-tout : 16,35 m
Maître bau : 4,99 m
Déplacement lège : 16 193 kg
Tirant d'eau : 2,80 m
Réservoir carburant : 440 l
Réservoir eau : 740 l
Motorisation : 75 ch
Génois : 59,50 m2
Grand-voile : 65,50 m2
Constructeur : Dufour (France)
PRIX
à partir de 300 700 € HT
version essayée : 526 464 € HT
Quelques options :
- Propulseur étrave rétractable 12 900 € HT
- Propulseur AR rétractable 12 900 € HT
- Pack électronique Cruising 15 500 € HT
- Passavants teck 16 040 € HT
Retrouvez cet essai et de nombreux autres dans notre hors-série Yachting 2020 à lire et relire en ligne !