Essai Prestige 690 : l'art du yachting made in France

Yachting
Samedi 11 septembre 2021 à 15h37

C’est en Méditerranée, à Port Fréjus, que nous avons été conviés à découvrir la nouvelle Prestige 690, dernière-née des yachts de luxe Prestige de la gamme F-Line. Ce yacht de 21,45 mètres se positionne sans ambiguïté dans le haut de gamme, tant au niveau des emménagements que de l’ingénierie.

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C’est en Méditerranée, à Port Fréjus, que nous avons été conviés à découvrir la nouvelle Prestige 690, dernière-née des yachts de luxe Prestige de la gamme F-Line. Ce yacht de 21,45 mètres se positionne sans ambiguïté dans le haut de gamme, tant au niveau des emménagements que de l’ingénierie.

Le chantier vendéen situé aux Herbiers a de nouveau confié la brillante réalisation de cette très belle unité au binôme Garroni Design et JP Concepts. La carène est dessinée avec un V prononcé pour permettre un bon passage à la mer, y compris dans une mer formée, et les essais effectués en ce jour de printemps perturbé l’a prouvé. La Prestige 690 est un bateau puissant et sain en navigation.

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Un extérieur digne d'un superyacht

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La plateforme arrière est avant tout une plage de bain hydraulique permettant l’immersion de l’espace, conçue également pour remonter une annexe à bord très simplement. Cette même plage de bain donne accès, par une porte étanche bien intégrée au tableau arrière, à une cabine pouvant accueillir un équipage de deux personnes, disposant à bâbord de deux lits simples et à tribord d’une salle d’eau en vis-à-vis.

On accède au compartiment machines par l’avant de cet espace équipage. Il est important de rappeler en préambule que la qualité de réalisation d’une salle des machines est très souvent révélatrice de l’expertise du chantier. On découvre avec la Prestige 690 une superbe intégration et une ingénierie digne des superyachts. Les espaces sont suffisamment généreux pour disposer d’une bonne circulation afin d’assurer la maintenance et le contrôle de chaque équipement. Les deux moteurs Volvo IPS 1 200 développant 1 000 CV sur la version testée sont parfaitement accessibles. Nous reviendrons, au chapitre motorisation, sur ces impressionnants moteurs. Mais la grande innovation embarquée au niveau équipement concerne le système de stabilisateur gyroscopique Seakeeper qui permet d’une manière édifiante de stabiliser le navire même au mouillage. Nous aborderons cela lors des essais en mer.

L’accès au cockpit se fait sur le côté bâbord du tableau arrière par un large escalier dont la dernière marche abrite une longue passerelle télescopique. Une fois dans le cockpit, on découvre la banquette arrière en L faisant face à une grande table qui se baisse (pied télescopique électrique) pour transformer l’ensemble en un immense bain de soleil arrière. À noter l’astucieux dispositif de toile d’ombrage électrique en mesh qui se descend entre les deux supports verticaux, et qui sert également à occulter la vue lorsque le bateau est à quai.

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L’une des caractéristiques marquantes de la Prestige 690 est l’immense flybridge de 22 m². L’accès se fait du cockpit arrière-bâbord par une échelle très design aux larges marches, ceinturée par deux élégantes mains courantes inox. Une fois rendu sur le fly, on découvre un espace réellement imposant, entièrement recouvert d’un pont en teck. La section arrière se compose d’un large deck pouvant accueillir différentes déclinaisons d’aménagements (banquette, transat, méridienne, table) et offrant une vue panoramique sublime. En avant, le poste de pilotage sur bâbord est équipé de deux grands sièges indépendants et pivotants, avec une excellente visibilité pour la conduite.  Toute la section avant du fly est protégée par un élégant T-top avec toit ouvrant électrique.

À tribord, un coin salon où un carré en U pourra accueillir trois invités aisément, aux côtés du pilote. En arrière de cet espace, la console cuisine intégrant une plancha, un évier et un plan de travail sur la partie supérieure, et au-dessous le frigo, une glacière et des rangements. Au centre du fly, une grande table permet d’accueillir six convives pour déjeuner ou dîner.

En redescendant au niveau du pont principal, on notera sur le pavois arrière les deux cabestans inox électriques, les chaumards et les taquets, de très belle finition. Les passavants sont très bien défendus par un pavois surmonté d’une main courante en inox rendant la circulation aisée. Un accès latéral par une porte à tribord dans le pavois, en avant du cockpit, permet l’embarquement latéral. On accède à la plage avant qui se révèle être une immense plage de bain de soleil pour trois personnes, disposant d’un bimini repliable, et d’une assise canapé orientée vers l’avant, pour admirer la mer en navigation ou au mouillage.

A l'intérieur, espace et qualité

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On accède à l’intérieur du bateau par une baie vitrée, en avant du cockpit, sur le côté tribord. En entrant, la première impression est un sentiment d’espace, de perspective et de vision panoramique rendu par les larges baies vitrées de chaque bord. La couleur chêne grisé apporte une atmosphère de sérénité.

Immédiatement sur la droite un salon en L avec une table en verre, et en vis-à-vis sur la gauche, la cuisine très grande et fonctionnelle, dont l’arrière donne sur un plan de travail avec une baie vitrée qui se descend complétement pour transformer celui-ci en un véritable comptoir ou passe-plat avec le cockpit arrière. Un très bel agencement et une modularité réussie avec cette disposition.

La cuisine dispose de tout l’équipement attendu, soulignons néanmoins la sobriété et la qualité de finition des surfaces, et la réussite de cet espace au sein d’un ensemble luxueux sans dénoter. À l’avant de la cuisine, le carré occupe un large espace, composé à bâbord d’une grande banquette et d’une table en verre, et à tribord d’un sofa double.

Le poste de pilotage intérieur se situe à tribord, en avant du carré. Il est équipé d’un siège trois places avec bolster, le pilote occupant le siège le plus à droite. Ce dernier trouvera les commandes électriques des moteurs ainsi que le joystick, et toutes les indications nécessaires, fournies par les trois écrans Raymarine et l’ensemble des instruments et interrupteurs à portée de main. Le pilotage de cet espace se révèle très agréable, avec une vision très suffisante. Une porte derrière le siège donne un accès au passavant tribord, permettant de sortir ou de mieux entendre si la manœuvre l’exige. À noter que le joystick permet de contrôler les deux moteurs et leurs transmissions IPS avec finesse et ainsi d’appréhender toute manœuvre de port presque comme un jeu vidéo. Le propulseur d’étrave peut être également asservi au joystick, et on agit alors avec une manœuvrabilité surprenante après un peu de prise en main.

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Un aménagement en trois ou quatre cabines

La version essayée dispose de quatre cabines, mais il existe aussi une déclinaison en trois cabines. La descente avant, localisée à bâbord, donne accès par les quatre marches à la cabine propriétaire, dont le volume et la clarté sont très agréables. Ce rendu est réalisé non seulement grâce à une hauteur sous barrot très importante, mais aussi grâce à un véritable puits de lumière créé par les trois grands panneaux de pont, dont l’un s’ouvre, et la profondeur de champ visuel obtenue par les hublots de coque généreux. La couleur chêne grisé des boiseries, et les vaigrages blanc crème apportent une atmosphère de sérénité. Le lit double est sensiblement centré, et sur tribord un coin bureau (ou coiffeuse) jouxte une méridienne. En avant, la salle de bain est immense avec une cabine de douche et une finition très luxueuse. On accède aux trois autres cabines, destinées aux invités, par la descente située à tribord dans le carré. Sur la droite en descendant, se situent les deux cabines doubles jumelles (deux lits simples). La salle d’eau, commune aux deux cabines, est située au bout de la coursive. À gauche de ladite coursive, une cabine invités sublime, qui a peu à envier à celle du propriétaire. Certes les volumes sont moindres, mais tout est de même facture, avec un grand lit central, une finition dans le travail d’ébénisterie et de la sellerie qui confirme le positionnement haut de gamme. Les hublots de coque apportent aussi la luminosité naturelle et une profondeur de champ.

Puissance et manoeuvrabilité avec deux options de motorisation

La Prestige 690 dispose de deux options de motorisation D13 Volvo IPS, une version dite 1 200 développant 900 CV, ou une version 1 350 développant 1 000 CV. C’est cette dernière version que nous avons essayée. Ces moteurs sont des six cylindres en ligne turbocompressés à double étage, disposant d’une très bonne réponse de puissance et silencieux. Les transmissions IPS disposent d’une double hélice contre-rotative orientée vers l’avant apportant une grande manœuvrabilité.

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Essai en mer  :

Lieu : Port Fréjus / Baie de Saint-Raphaël

Conditions de vent : SSE 15 – 18 nœuds

Mer : peu agitée à agitée

La sortie de la place de port s’opère très facilement, et on dispose d’un ensemble de solutions pour évoluer avec aisance, même dans des ports ou des postes à quai étroits. L’utilisation du joystick en zone restreinte s’avère très rapidement intuitive.

À noter que pour certaines manœuvres un coffret dans le cockpit arrière dispose d’un joystick et de la commande du propulseur pour permettre des approches de quai avec une excellente visibilité. Les transmissions IPS associées au joystick apportent des qualités évolutives surprenantes : rayon d’évitage très réduit et déplacement transversal sont devenus des évolutions normales avec ce type d’équipement. À la mer, et dans les conditions agitées rencontrées, le bateau reste sec sur le pont, et les mouvements de tangage sont doux. Au régime de croisière de 2 000 tr/mn le bateau est déjaugé et atteint les 21 nœuds, avec un niveau sonore très confortable. La vitesse maximale approche les 30 nœuds.

Les essais du stabilisateur gyroscopique Seakeeper en mer à l’arrêt, par mer de travers, ont permis de réduire drastiquement le roulis, passant d’une amplitude de 10° à moins de 5°, un équipement qui semble promis à un bel avenir !

Les +

- La plage de bain arrière hydraulique

- L’agencement de la cuisine permettant de desservir le cockpit et le carré

- La qualité des finitions (ébénisterie, sellerie, chaudronnerie et ingénierie)

- La sensation de volume et de lumière dans la cabine propriétaire

- La bonne acoustique et le niveau sonore réduit à la mer

- Le joystick dans le cockpit arrière pour effectuer les manœuvres de l’arrière

Les -

- Le prix du stabilisateur Seakeeper

- Le faible volume des réservoirs d’eau (760 l)

Conclusion

Prestige a fait valoir toute son expertise et son savoir-faire en réalisant ce tout nouveau modèle qui devrait satisfaire les plus exigeants pour des croisières faciles, à bord d’une unité où confort à la mer et au mouillage se confondent. Le chantier entre dans le monde des yachts de luxe avec brio.

Fiche technique

Longueur hors-tout : 21,45 m

Maître bau : 5,30 m

Tirant d’eau : 1,58 m

Déplacement lège : 33 t

Capacité d’eau : 760 litres

Capacité carburant : 3 450 litres

Motorisation : 2 x D13 Volvo IPS 1200 (900 CV) ou 1350 (1000 CV)

Constructeur : Prestige - Les Herbiers (France)

Design : Garroni Design

Prix de base : 2 220 000 € T.T.C.

Prix version essayée : 2 960 783 € T.T.C.

Retrouvez cet essai et plein d'autres dans notre dernier hors-série Yachting 2021 à découvrir ici !

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.