Interview Alain Thébault (1ère partie) – « Papa, dessine-nous un bateau qui vole tout seul »

Bateaux à moteur
Lundi 12 septembre 2022 à 11h30

Celui qui a porté à bout de bras, jusqu’à l’épuisement, le projet Hydroptère, croit plus que jamais aux bateaux volants. Installé en Suisse, le regard tourné vers les marchés émergents, libéré du 1000 feuilles administratif français, Alain Thébault associe visions enfantines aux compétences des meilleurs ingénieurs, pour dessiner un futur plus vertueux à nos déplacements sur l’eau. Figaro Nautisme l’a rencontré à Cannes, voici la première partie de l’entretien passionnant qu’il nous a accordé.

©Photo François Tregouet
Celui qui a porté à bout de bras, jusqu’à l’épuisement, le projet Hydroptère, croit plus que jamais aux bateaux volants. Installé en Suisse, le regard tourné vers les marchés émergents, libéré du 1000 feuilles administratif français, Alain Thébault associe visions enfantines aux compétences des meilleurs ingénieurs, pour dessiner un futur plus vertueux à nos déplacements sur l’eau. Figaro Nautisme l’a rencontré à Cannes, voici la première partie de l’entretien passionnant qu’il nous a accordé.

Bonjour Alain Thébault, qu’est-ce qui vous a amené cette année à passer une journée sur le Cannes Yachting Festival ?

J’ai deux projets en cours. Il y a d’abord The Jet ZeroEmission, qui est quelque part un engin de luxe technologique, comme une Bentley Aquatique, qui intéresse beaucoup les hôtels de luxe, pour remplacer les hélicoptères par des navettes qui ne rejettent que de la vapeur d’eau. Pour les Sea Bubbles, j’étais parti d’un design un peu iconique, parce que j’adore les bandes-dessinées, qui vole sur l’eau, et j’avais ensuite rentré les batteries un peu au chausse-pied. Mais là, mes ingénieurs-associés m’ont tous dit, « Alain il faut faire le contraire. Il faut partir d’un groupe motopopulseur, soit de batteries, soit de piles à combustibles et dessiner le bateau autour. Et c’est ce que nous avons fait pour The Jet ZeroEmission.

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© Image The Jet Zero Emission - DR
Nous avons deux piles à combustible de 100 kW et c’est ce qui nous a donné la masse du bateau, qui est de 5 tonnes au décollage. Ensuite nous avons défini le modèle de vol et on a construit le bateau un peu comme une Tesla où ils ont pris un iPad, un parc de batteries performant, 4 petits moteurs électriques dans les roues et ils ont fait leur voiture. Or je crois beaucoup aux apports extérieurs. Si nous avons battu le double record de vitesse à la voile avec l’Hydroptère à 51 nœuds de moyenne, c’est parce que j’avais une petite dizaine d’ingénieurs d’Airbus et de Dassault aviation avec moi. Ma femme m’a dit « continue à t’entourer de gens meilleurs que toi ». Alors c’est ce que j’ai fait, j’ai trouvé un président, Pascal Armoudom, qui a la charge de bâtir le modèle économique et de la levée de fonds de 15 millions d’euros avec Mazars. Et si The Jet ZeroEmission est en train de décoller, c’est parce qu’en face d’une création, il y a des clients. On a comme Directeur Technique Laurent Perrier, qui travaillait auparavant pour Bolloré Blue Solutions, et a donc créé les bus électriques ex-nihilo. Il est donc « légitime », et j’adore ce mot, moi qui ai été élevé sur les Pen Duick. Les foils par exemple sont dessinés par un ingénieur français qui travaille sur la Coupe de l’America. Et le succès, c’est toujours celui d’une équipe, et j’ai ici un équipage d’une dizaine de personnes extrêmement compétentes dans leurs domaines respectifs. Je suis content de voir que tous les bateaux se mettent à décoller car c’est la spirale moins-moins-moins car quand je décolle j’ai 30 à 40% de freins en moins, donc c‘est moins de consommation.

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© Image E-Nemo Alain Thebault - DR
Et le deuxième projet, pouvez-vous nous en dire plus ?

Et bien après avoir créé Sea Bubbles parce que mes filles m’avaient dit « ce que tu fais dans la vie (NDLR l’Hydroptère) ne sert à rien », mes deux petits garçons de 2 et 5 ans, cet été sur la plage en face de Porquerolles m’ont dit « papa, est-ce que tu saurais faire un petit bateau qui vole sur l’eau sans bruit, sans vague, qui vient nous chercher sur la plage ? ». Comme il faut toujours écouter ce que nous disent les enfants, c’est comme cela qu’est né E-nemo. Un ami qui travaille chez Apple, que j’avais connu à San Francisco, me dit que le bateau devrait voler tout seul, que ce serait plus simple. Et comme mes enfants m’ont aussi dit « Papa, il faut qu’il fonctionne avec un iPhone ». J’ai trouvé une idée que j’ai très vite fait breveter. Car comme pour un planeur, le foil sous l’eau a besoin d’un grand allongement pour chercher l’efficience, un rapport portance / traînée important. Mais sous un bateau les foils dépassent alors du maître-bau donc pour le E-nemo j’ai imaginé un système comme une ampoule à baïonnette. Ça sera un bateau autonome, même si pour l’instant il y a un pilote avec un joystick, c’est comme un Moth à foils, il y a un foil central, des commandes de vol électrique, le contrôle du roulis avec deux flaps en extrémités de foil qui se replient dessous. On tape par exemple "Iles de Lerins" sur l'app pour commander l'E-nemo, qui vient au ponton, on choisit une plage et il n'y a plus qu'à préparer masques et tubas ! Et sur l'eau c'est beaucoup plus facile qu'en voiture où il y a beaucoup plus de paramètres à gérer. Il faut faire évoluer un peu la législation mais techniquement ce n'est pas compliqué d'éviter les obstacles. Le plus compliqué c'est ce qui est juste en surface. Une bille de bois qui flotte entre deux eaux à la même densité que l'eau. Pour les manœuvres de port il y a un petit moteur électrique à l’arrière et le prototype de cet engin va voler cet hiver.

La suite de cet entretien bientôt sur Figaro Nautisme !

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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