Essai du Wellcraft 355 : un baroudeur, pêcheur, croiseur, dernier cri

Par Norbert Conchin

Le chantier américain, célèbre pour sa gamme de Fisherman, propose de nouveaux horizons avec les Wellcraft 355 et 435 express cruisers. Sous l’égide du leader mondial, ces modèles express-sport cruisers étendent les horizons de la croisière ultra-rapide en haute mer. Nous avons essayé le 355 pour se persuader de la pertinence du nouveau dogme de la marque.

Les deux modèles ont été présentés lors du Yachting Festival de Cannes en septembre dernier, mais il a fallu attendre cet automne pour pouvoir prendre les commande de l’un d’entre eux, le 355. Et c’est un mal pour un bien, car les conditions météo rencontrées en Espagne ont pu mettre en exergue les qualités de passage de cette carène comme nous allons vous l’expliquer. Mais petit rappel : la marque originaire de Floride, spécialisée dans les open très rapides depuis sa création en 1955, et même dans les bateaux de course offshore à partir des années 80-90, possède une grande qualification pour réaliser des carènes ultra-performantes, avec quelques records à la clé. À la fin des années 90, elle se repositionne sur l’open destiné à la pêche et renforce son emprise sur ce marché grâce à son rachat par le Groupe BENETEAU en 2014. Depuis, six modèles open à moteurs hors-bord de 20 à 35 pieds constituent sa gamme de Fisherman. Bien que complète, cette série, à poste de pilotage central, ne peut prétendre emmener ses propriétaires sur des navigations plus ambitieuses, tant en termes de durée, que de conditions de mer. Pourtant, la demande est existante, comme le savent bien les équipes marketing et développement, pour de la pêche aux gros ou des croisières plus exploratrices dans des conditions pouvant être difficiles. Surfant sur le concept du passeur au look de baroudeur bien affirmé, revenu sur les devant de la scène depuis quelques années sous le nom de commuter, les 355 et 435 entendent remplir une palette de fonctions et d’aptitudes très exhaustive pour ravir une clientèle sportive, mais voulant emmener leur famille dans leurs excursions avec tout le confort nécessaire.

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La carène signée Mikael Peters fait des merveilles en passage de mer formée, une belle sécurité.© DR

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La vitesse de croisière peut facilement osciller entre 30 et 40 nds avec une autonomie de 180 miles. De quoi vivre l'aventure.© DR

Une complémentarité de talent

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Le carré timonerie est accueillant et pour sortir sur le passavant, on s'extrait directement derrière le pilote depuis les banquettes.© DR

Bien beau de répertorier toutes les cases, encore faut-il les cocher. Martin Meyer qui s’occupe de ces lignes de produits venant d’outre-Atlantique (incluant Four Winns) nous explique avoir fait appel, non pas à un architecte, mais à un trio de designers collaborant étroitement avec le bureau d’étude du chantier. Pour le côté performance et franchiseur, Michael Peters, architecte qui s’est illustré dans la course offshore, a concocté une carène en V profond, à bouchain vif et deux virures de chaque bord, mais sans step. Une fois les œuvres vives dépassées, c’est Pawel Denert, à qui l’on doit nombre d’ingéniosités sur les Merry Fisher, qui prend le relai pour le plan de pont et les superstructures. Le roof à hublot inversé donnant un air de puissance cohabite habilement avec les passavants asymétriques. Son exercice se marie ensuite avec celui de Camillo Garroni, qui va s’occuper de l’ergonomie des aménagements. Son leitmotiv est de créer de l’espace, là où on pensait ne pas en avoir, et ensemble, ils vont créer une parfaite harmonie de circulation, et de vie, entre l’intérieur et l’extérieur.  Pour la partie visible immédiatement, on peut dire que le dessin est réussi. Le Wellcraft impose son esprit aventurier et puissant. Les trois moteurs hors-bords sur son tableau arrière ne laissent pas d’équivoque quant à la suite du programme et on a hâte d’y être. Pour flirter avec les 50 nœuds ou des mers dures, la fabrication de la coque, selon un procédé mixant l’infusion et l’injection, voit ses varangues doublées et renforcées.

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L'ouverture vers l'arrière sur le cockpit est presque intégrale. On vit dedans ou dehors ou les deux.© DR

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La cabine avant est pourvue d'un lit queen size et à l'entrée un petit fauteuil coiffeuse est bien pratique. La déco est chic voire luxueuse.© DR

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Mention particulière à la salle de bains XXL, surtout la douche. On se croirait en Amérique pour un peu.© Norbert Conchin

Le saute vague

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Le poste de barre est très ergonomique, bien calé dans les fauteuils, debout ou assis, les commandes tombent sous la main, notamment le joystick indispensable pour les manoeuvres avec trois moteurs.© Norbert Conchin

La barre de rouleau qui pointe perpendiculairement à la digue de Port Ginesta est impressionnante, à tel point que le 355 est le dernier bateau à pouvoir affronter une sortie travers à la lame. La manette qui synchronise les trois Mecury Verado qui équipe notre Wellcraft transmet instantanément les plus de mille chevaux et il n’en faut pas moins, avec un coup de volant pour diriger l’étrave face à l’écume et franchir d’un saut la première vague qui avoisine deux mètres. La carène décolle et retombe souplement, déjà le rouleau suivant déferle, et c’est reparti. L’ambiance est là. Un bateau qui passe partout qu’il disait ? Eh bien oui, on confirme. Le vent tempétueux qui souffle a gonflé un très gros clapot de plus de deux mètres. Si celui-ci nous interdit d’aller chercher la vitesse maximale, nous naviguons quand même à 28-30 nœuds en travers ou en descendant la lame, devons juste ralentir la cadence à 10-15 nœuds au moment de revenir de face. Bien caler sur le dossier, la facilité avec laquelle cette carène super motorisée change de direction et virevolte entre et sur les vagues est stupéfiante. De quoi vous faire passer pour un pilote chevronné. Bien sûr, en dehors du barreur, le reste de l’équipage doit se cramponner, mais un bord de 100 milles, en devançant la vague, est tout à fait envisageable tant le bateau ne tape pas. Le skipper qui a convoyé le bateau depuis la Côte d’Azur nous a confirmé avoir suivi une moyenne de 30 nœuds avec une consommation de 130 litres/heures octroyant 180 milles d’autonomie.

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Le petit bar sépare ou rassemble carré et cockpit. Super convivial au moment de l'apéro et du dîner.© Norbert Conchin

Bienvenue à la famille

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Une fois les baies et porte vitré fermé, l'insonorisation est très à l'intérieur et invite à la croisière avec ce pur-sang des mers.© Norbert Conchin

Naviguer à 50 nœuds et sauter les vagues pour aller pêcher au large est souvent la distraction que d’un seul membre de la famille. Mais sur le Wellcraft, celle-ci sera la bienvenue, pour la plus grande joie de l’égoïste éphémère décrit plus haut. Accès à bord facile par des portillons de poupe et de coupée, ouverture quasi complète entre cockpit et carré, confortable passavant tribord pour rejoindre la plage avant, grande porte latérale permettant de sortir du poste barreur et du carré, plage avant sécurisée flanquée de trois méridiennes de soleil, taud d’ombrage et banquette escamotable dans le cockpit, tout est pensé pour passer de super moments en mer ou au mouillage. À l’intérieur, le carré-cuisine devance un poste de pilote très bien équipé et aux fauteuils baquets. En bas de la descente, une très belle cabine est précédée d’une salle de bains aux dimensions sans pareil dans cette catégorie. Les enfants pourront dormir dans le carré transformable en lit double. Le soin apporté aux finitions est très convaincant et une belle liste d’options est disponible pour personnaliser le bateau au programme de son choix.

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Le bain de soleil avant : un salon à trois méridiennes et toile d'ombrage. On s'y voit déjà.© Norbert Conchin

Notre avis

C’est vrai, il passe partout, fait tout, très vite, mais aussi très confortablement avec une petite pointe de luxe en plus. En cela, il apporte une dimension pluridisciplinaire que les purs baroudeurs de la concurrence n’ont pas mise à leur offre pour l’instant. Le plaisir de pouvoir emmener sa petite famille en courte croisière (mais en allant loin) tout en pouvant se préserver des temps d’amusement digne d’un semi-rigide hors normes est réuni dans ce Wellcraft 355. Et si vous avez une grande famille, et bien commander le 435.

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Les trois Mercury Verado offrent une puissance exceptionnelle que cette carène mérite parfaitement. Cela procure des sensations hors normes.© Norbert Conchin

Les +

Capacité de franchissement impressionnante

Vitesse max et croisière facile à tenir

Super agréable à circuler sur le pont comme dedans

Les  –

Une cabine capsule sous le carré serait pratique pour les enfants

Manque de maintien sur la banquette arrière

Tarifs

A partir de (avec 3 Mercury de 350 cv) : 406 000 € HT

Prix version essayée : 476 700 € HT

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La banquette arrière est repliable pour laisser place à la pêche. Mais elle manque de confort. Peut-être qu'une option serait bienvenue pour les seuls croiseurs.© Norbert Conchin

Fiche technique

Longueur hors tout : 10,85 m

Largueur : 3,30 m

Tirant d’eau : 0,84 m

Tirant d’air : 2,53 m

Déplacement lège : 7,3 t               

Capacité carburant : 1 000 l

Capacité eau : 160  l

Cabines : 1

Couchages : 4

Motorisation maximum : 3 x 350 cv

Vitesse max/croisière : 50 / 30 nds

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…