
Figaro Nautisme : Comment vous est venue l’idée de créer un chantier de construction de catamarans ?
Gautier Kauffmann : Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours navigué. La mer fait partie de mon histoire familiale. Mon père est un véritable passionné et, à seulement 20 ans, il avait déjà traversé l’Atlantique en bateau stop. J’ai grandi avec cette culture du large. Enfant, je passais mes vacances sur l’île de Ré, dans la maison de mes grands-parents, et nous étions constamment sur l’eau, entre sorties en mer et école de voile. Chez nous, le bateau a toujours été une évidence.
Mon père est aussi un entrepreneur dans l’âme. Il a développé plusieurs entreprises dans l’univers de la grande distribution et du nautisme, comme Cabesto ou Orange Marine, et a également travaillé avec Decathlon. En 2016, il a décidé de réaliser son rêve de tour du monde à la voile en embarquant toute la famille. Nous recherchions alors un bateau confortable pour la vie à bord, facile à manœuvrer en équipage familial, mais aussi capable d’offrir de vraies sensations à la barre et de bonnes performances, notamment pour des raisons de sécurité.
Comme nous ne trouvions pas ce bateau sur le marché, nous avons fait appel aux architectes navals Christophe Barreau et Frédéric Neuman pour dessiner un catamaran unique, que nous voulions construire en « one off ». Très vite, ma sœur, mon père et moi nous sommes pris au jeu de la conception. L’envie d’entreprendre ensemble, en famille, s’est imposée naturellement et c’est ainsi que nous avons lancé Windelo en 2018.
Figaro Nautisme : Quelles sont les spécificités des catamarans Windelo ?
Gautier Kauffmann : Dès le départ, notre idée directrice était de concevoir un vrai bateau marin, offrant de belles sensations sous voile, agréable et simple à naviguer, tout en proposant des espaces de vie généreux à bord. Le choix du catamaran s’est imposé assez logiquement pour répondre à ces attentes. Nous avons laissé une grande liberté à Christophe Barreau et Frédéric Neuman pour imaginer et développer toutes les innovations nécessaires tout en respectant notre cahier des charges.
L’une des idées fortes est le cockpit avant, qui regroupe l’ensemble des manœuvres. C’est à la fois confortable, pratique et sécurisant. Le reste de la nacelle est pensé comme un grand espace de vie modulable, qui exploite en permanence tout le volume disponible. Le résultat est une sensation d’espace assez unique sur des unités de cette taille. On ne se sent pas enfermé à bord, on reste très connecté à l’environnement extérieur.
Nous avons également beaucoup travaillé sur la hauteur sous barrot et la luminosité, notamment dans les coques. Les cabines disposent de très grands hublots, de plus de 2 mètres de long, qui offrent une vue exceptionnelle sur le mouillage et renforcent cette impression d’ouverture.
Un autre point essentiel pour nous est la réduction de l’impact environnemental de nos bateaux. Lors de son tour de l’Atlantique en bateau stop, mon père avait été profondément marqué par la quantité de plastiques présente sur les plages de Mindelo, au Cap Vert. Cela a été un véritable déclencheur. Nous avons alors collaboré avec le laboratoire de recherche de l’École des Mines d’Alès pour développer des solutions à la fois écologiquement et économiquement viables. Après 2 années de recherche et développement, nous avons mis en place l’utilisation de mousses PET à la place du PVC et de fibres de basalte en remplacement de la fibre de verre dans nos composites. Ces choix permettent de réduire de 47 % l’empreinte carbone de la structure de nos catamarans.
Pour aller plus loin encore, nous avons fait le choix de ne proposer nos bateaux qu’avec une motorisation électrique. Les sources d’énergie sont multiples, entre panneaux solaires, hydrogénération et, pour des raisons de sécurité, un groupe électrogène.
Un catamaran Windelo reste avant tout un bateau de croisière familiale performant. La vitesse de croisière se situe généralement entre 8 et 14 nœuds selon les conditions. Dès 7 à 8 nœuds de vent, avec une grand-voile haute et un code 0, en créant un peu de vent apparent, on navigue plus vite que la vitesse du vent. C’est à la fois efficace et très plaisant à la barre.
Figaro Nautisme : Quelle est l’actualité du chantier Windelo ?
Gautier Kauffmann : En 2025, nous avons annoncé l’élargissement de notre gamme avec les déclinaisons Sport des Windelo 50 et 54, respectivement en 51 et 55 pieds. En 2026, le tout premier 55 Sport sera mis à l’eau au début de l’été et sera présenté au salon nautique de Cannes en septembre. Plusieurs unités des 51 et 55 Sport suivront ensuite.
Nous allons également doubler la surface de production de notre usine située au Canet en Roussillon. En parallèle, nous lançons 2 nouveaux modèles, les Windelo 58 et 62, déclinés en versions Adventure et Yachting, toujours dessinés par le duo Barreau / Neuman. La construction du premier catamaran, probablement un 58 Yachting, débutera au dernier trimestre 2026 pour une mise à l’eau prévue en 2027.
Nous poursuivons aussi notre développement à l’export, avec toujours les États Unis comme marché important, même si le contexte y est plus complexe, et nous envisageons de nouveaux développements vers l’Océanie, notamment la Nouvelle Zélande, l’Australie et le Moyen Orient, avec des projets à Dubaï.
Figaro Nautisme : Comment imaginez-vous les bateaux sur lesquels nous naviguerons dans 10 ou 15 ans ?
Gautier Kauffmann : L’enjeu principal sera forcément de proposer des bateaux de moins en moins impactants sur le plan environnemental. Les pouvoirs publics commencent à en prendre pleinement conscience et la multiplication des aires marines protégées nous oblige à concevoir des bateaux toujours plus propres, aussi bien dans leur fabrication que dans leur utilisation.
Le travail que nous avons mené sur les composites de nos catamarans constitue une première étape. D’ici une dizaine d’années, j’espère que nous aurons franchi plusieurs paliers supplémentaires, que ce soit dans la conception ou dans l’usage des bateaux. Cela passera nécessairement par une mobilisation de l’ensemble de la filière nautique.
Un autre axe fort concerne la facilité d’utilisation. Les nouveaux bateaux proposeront des manœuvres de plus en plus simplifiées, voire partiellement autonomes, grâce à l’évolution des gréements et à de nombreuses aides. Cela permettra à davantage de personnes de se lancer dans la navigation, qui reste encore aujourd’hui perçue comme difficile d’accès pour un néophyte. L’intelligence artificielle jouera clairement un rôle majeur dans cette évolution.
Figaro Nautisme : Windelo en chiffres ?
Gautier Kauffmann : Le chantier a été créé en 2018. Fin 2025, nous comptions 110 collaborateurs. Depuis la création de Windelo, 45 catamarans ont été vendus et une trentaine naviguent aujourd’hui à travers le monde. Nous produisons environ 10 catamarans par an et notre carnet de commandes est rempli jusqu’à la fin de l’année 2027. En 2024, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 13,9 millions d’euros.
Figaro Nautisme : Votre dernière navigation et la prochaine ?
Gautier Kauffmann : En dehors des navigations liées au chantier, qu’il s’agisse des mises en main, des essais techniques ou des tests que nous menons sur les innovations, ma dernière navigation personnelle remonte à l’été dernier. Je suis parti de Canet en Roussillon pour rejoindre les Baléares en famille et faire le tour de Minorque.
La prochaine grande navigation que j’aimerais réaliser est une transatlantique. Je suis le seul de la famille à ne pas encore avoir concrétisé ce rêve. J’espère pouvoir traverser l’Atlantique à l’automne prochain, à bord du nouveau Windelo 55 Sport...
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